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Trump érige des murs. Le Canada devrait ouvrir ses portes.

Répondre à une taxe américaine par une taxe canadienne n’est pas de la fermeté. C’est choisir de nous appauvrir avec davantage de panache.

Les nouveaux tarifs de Trump au Canada constituent une décision brutale, protectionniste et profondément contraire à l’esprit du libre-échange. Ce texte n’a toutefois pas pour objet de flatter l’ego de Donald Trump, encore moins de justifier sa politique commerciale erratique. Imposer arbitrairement des tarifs douaniers de 50 % à son principal partenaire économique demeure une décision brutale, protectionniste et profondément contraire à l’esprit du libre-échange. Mais reconnaître l’incohérence de Trump ne nous oblige pas à applaudir celle de nos propres dirigeants. Mark Carney et Christine Fréchette sont complètement dans le champ lorsqu’ils proposent, explicitement ou implicitement, de répondre à une erreur américaine par une erreur canadienne.

Donald Trump vient d’annoncer des tarifs de 50 % sur près de 20 milliards de dollars de produits canadiens. Les mesures, qui doivent entrer en vigueur le 19 août, toucheront notamment le vin, le ciment, l’équipement de hockey, les produits laitiers, les meubles et certains vêtements. L’énergie, la potasse, le poisson et plusieurs minéraux critiques seront toutefois épargnés. Pour imposer ces droits, Washington ressuscite l’article 338 du Tariff Act de 1930, une disposition qui n’aurait jamais été utilisée de cette manière en près d’un siècle.

La Maison-Blanche accuse le Canada de discriminer les automobiles, les alcools et les produits laitiers américains. L’ampleur de la riposte est manifestement disproportionnée. Mais il faut tout de même posséder un admirable talent pour l’aveuglement afin de dénoncer le protectionnisme américain tout en déclarant, comme Christine Fréchette, que la gestion de l’offre canadienne demeure « non négociable » et sera défendue « sans compromis ».

Trump a tort de transformer le commerce international en exercice de domination politique. Cela ne signifie pas qu’il invente l’existence de nos propres forteresses protectionnistes.

La riposte qui frappe celui qui la lance

Mark Carney parle de « mesures équivalentes ». Doug Ford réclame une riposte « tarif pour tarif, dollar pour dollar ». Cette réaction procure sans doute quelques secondes de satisfaction patriotique. Elle constitue néanmoins une absurdité économique.

Un tarif canadien sur un produit américain n’est pas une facture envoyée au bureau ovale. C’est une taxe payée à la frontière par un importateur canadien, puis refilée, directement ou indirectement, aux consommateurs et aux entreprises d’ici. Nos détaillants paient davantage. Nos manufacturiers paient leurs intrants plus cher. Nos familles voient encore augmenter le prix des biens courants.

Autrement dit, Trump taxe ses citoyens pour décourager les produits canadiens, puis Ottawa propose de taxer les Canadiens pour décourager les produits américains. Les deux gouvernements appellent cela protéger leurs populations. Il s’agit plutôt de deux videurs qui incendient chacun leur moitié du bar afin d’empêcher l’autre d’y entrer.

Geloso avait proposé mieux

Dès mars 2025, Vincent Geloso exposait pour l’Institut économique de Montréal une solution autrement plus audacieuse : libéraliser unilatéralement les échanges, sans attendre la permission ni la réciprocité de Washington.

Le principe est presque offensivement simple. Le Canada devrait abolir ses tarifs à l’importation et réduire ses barrières non tarifaires pour l’ensemble de ses partenaires. Pas pour faire plaisir à Trump. Pas pour obtenir un trophée diplomatique. Pour rendre les biens, les équipements et les intrants moins coûteux au Canada.

Selon les simulations citées par Geloso, une telle libéralisation pourrait hausser le PIB canadien de 1,67 % et diminuer le niveau général des prix de 1,51 %. Il rappelle également que l’abolition unilatérale des Corn Laws britanniques au XIXe siècle avait permis de faire tomber des barrières qui maintenaient auparavant les prix alimentaires environ 9 % au-dessus des prix mondiaux.

L’idée fondamentale est que la liberté commerciale n’est pas une faveur que nous accordons aux étrangers. C’est une liberté que nous accordons à nos propres citoyens : celle d’acheter, de produire et d’investir sans devoir obtenir la bénédiction d’un cartel, d’un fonctionnaire ou d’un négociateur international.

Pendant ce temps, les autres négocient

L’Europe vient d’accepter d’éliminer ses tarifs douaniers sur la plupart des produits industriels américains, même si plusieurs produits européens demeurent frappés d’un tarif de 15 % aux États-Unis. L’accord est imparfait et asymétrique, mais les Européens ont au moins compris qu’une guerre d’escalade tarifaire ne rendrait pas leurs entreprises plus compétitives.

Le Mexique, de son côté, poursuit des négociations bilatérales avec Washington sur l’avenir de l’ACEUM. Le Canada, en revanche, a été écarté d’une troisième ronde de discussions, pendant que ses dirigeants se drapent dans une rhétorique de résistance et promettent de préserver chaque barrière sacrée du régime canadien.

Le véritable courage ne consisterait pas à taxer davantage le bourbon, les automobiles ou les produits alimentaires américains. Il consisterait à démanteler nos propres barrières : tarifs de représailles, gestion de l’offre, monopoles provinciaux de l’alcool, obstacles interprovinciaux et réglementations qui empêchent les Canadiens de commercer librement entre eux.

Donald Trump veut bâtir une forteresse économique. La pire réponse serait d’en construire une seconde au nord de la frontière.

Le Canada ne peut pas obliger Washington à retrouver la raison. Il peut toutefois refuser de participer à sa folie. Faire cavalier seul, comme le proposait Vincent Geloso, ne signifierait pas capituler devant Trump. Cela signifierait choisir la prospérité des Canadiens plutôt que la mise en scène martiale de leurs politiciens.

Le libre-échange n’a jamais nécessité que tous les gouvernements deviennent simultanément intelligents. Il suffit parfois qu’un seul cesse volontairement d’être stupide.

Voir aussi :

La gestion de l’offre et l’UPA : un système dépassé qui nuit aux consommateurs

Pourquoi le Canada a intérêt à revenir au libre-échange

Tarifs douaniers : une guerre commerciale menace les économies des deux pays

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Samuel Rasmussen
Samuel Rasmussen
Samuel Rasmussen, alias Le Blond Modéré, est membre des Trois Afueras et collaborateur du podcast Ian & Frank. Titulaire d'une formation en relations internationales à l'Université de Sherbrooke, il s'intéresse particulièrement à la géopolitique, aux zones d'influence et aux différentes formes de pouvoir.

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