Je trouve le choix de PSPP assez difficile à comprendre.
On peut penser ce qu’on veut de Donald Trump. On peut trouver son style grotesque, ses méthodes brutales et son imprévisibilité profondément irritante. Mais politiquement, il faut être capable de regarder au-delà du personnage.
En apparence, Trump attaque directement l’image de souveraineté du Canada. Il menace son économie, impose des tarifs et remet régulièrement en question la relation entre les deux pays. Ce n’est pas une opinion : c’est le contexte politique dans lequel le Québec se trouve actuellement.
Et pourtant, le Parti québécois semble avoir décidé que la meilleure réponse était de mettre le projet référendaire sur pause jusqu’à son départ. C’est là que je ne comprends plus.
Parce que si j’étais à la place de PSPP, je ferais exactement l’inverse.
Je profiterais de cette période d’instabilité pour faire une campagne référendaire sur une question beaucoup plus concrète que « aimez-vous le Canada? ». Le sujet de la campagne devrait être : qui est le mieux placé pour défendre les intérêts du Québec dans une Amérique en pleine transformation, Ottawa ou Québec?
Et il n’aurait même pas besoin d’être particulièrement hostile au Canada.
Au contraire.
Je dirais : regardez la situation actuelle. Le gouvernement fédéral négocie avec Washington. Les négociations échouent. Les tarifs augmentent. Les relations se détériorent. Ottawa doit gérer une relation commerciale qui représente une partie fondamentale de notre économie.
Et maintenant, demandez-vous si le Québec pourrait faire mieux.
C’est là que le PQ aurait pu avoir quelque chose de véritablement intéressant à proposer aux électeurs de droite.
Pas : « Trump est notre ami. »
Pas : « Trump a raison. »
Encore moins : « Vive les États-Unis! »
Simplement : « Nous sommes des voisins des Américains. Nous sommes des partenaires commerciaux des Américains. Et peut-être que nous serions meilleurs pour négocier directement avec eux. »
Personnellement, j’irais même beaucoup plus loin.
J’enverrais une délégation d’entrepreneurs québécois à Washington. Pourquoi pas la famille Dutil du Groupe Canam ou d’autres entrepreneurs qui font déjà des affaires avec les États-Unis, pour aller expliquer directement aux Américains que le Québec ne cherche pas la confrontation?
Nous voulons faire des affaires avec vous. Nous sommes vos voisins. Nous sommes déjà intégrés à votre économie. Nous connaissons votre marché. Nous voulons vendre nos produits chez vous et acheter les vôtres. Et surtout, nous ne sommes pas Ottawa.
Imaginez le contraste politique.
Pendant qu’Ottawa se retrouve dans une confrontation permanente avec Washington, le Québec pourrait se présenter comme une juridiction nord-américaine pragmatique, ouverte au commerce et intéressée à maintenir de bonnes relations avec son principal partenaire économique.
Ce serait une façon extraordinairement efficace de démontrer concrètement ce que l’indépendance pourrait signifier. Et c’est précisément ce qui manque parfois au discours souverainiste : la démonstration par les intérêts. Parce qu’un référendum ne se gagnera pas seulement avec de l’histoire, de la culture et de l’identité.
Il faudra convaincre des gens qui se demandent très simplement :
Est-ce que ma famille va être plus riche ou plus pauvre? Est-ce que mon entreprise va pouvoir continuer à exporter? Est-ce que les Américains vont vouloir continuer à faire affaire avec nous? Est-ce que le Québec sera capable de se défendre économiquement?
Et c’est ici que la situation actuelle pouvait devenir une occasion.
Parce que le fédéralisme canadien repose notamment sur l’idée que le Canada nous donne une capacité supérieure à défendre nos intérêts à l’extérieur. Si cette capacité est mise à l’épreuve, pourquoi le PQ ne chercherait-il pas à démontrer que le Québec pourrait faire mieux?
Je comprends parfaitement pourquoi Trump est toxique politiquement au Québec, mais il faut aussi reconnaître une chose : on a contribué à le rendre encore plus toxique qu’il ne l’est naturellement.
Toute tentative d’analyser ce qu’il fait — plutôt que ce qu’on pense de lui — est rapidement interprétée comme une sympathie envers Trump.
C’est une erreur.
On peut trouver Trump détestable et néanmoins analyser rationnellement ses décisions. Son comportement est souvent impulsif. Ça ne signifie pas nécessairement qu’il est irrationnel. Il faut regarder ce qu’il fait, les rapports de force qu’il crée et les intérêts qu’il cherche à défendre. C’est exactement ce qu’un mouvement politique sérieux devrait faire.
Il ne faut pas aimer son adversaire pour profiter de ses erreurs. Et c’est probablement là que se trouve, à mes yeux, l’occasion ratée de PSPP.
C’est romantique et chevaleresque de vouloir gagner avec noblesse, mais la politique, tout comme les combats médiévaux, n’est pas romantique.
La politique est sale. Je l’ai appris assez rapidement en faisant de la politique municipale.
Et surtout, il faudrait être naïf pour croire qu’un pays du G7 va simplement laisser le Québec faire une campagne référendaire sécessionniste.
Ottawa va se battre. Les milieux financiers vont se battre. Les nationalistes canadiens vont se battre. Les entreprises canadiennes vont se battre. Et ils vont utiliser tous les arguments à leur disposition.
C’est normal.
Même avec un référendum gagné démocratiquement, une sécession ne se fera pas non plus sans se salir les mains. Les négociations ne seront pas nécessairement de bonne foi ou à l’amiable.
Alors pourquoi le PQ semble-t-il parfois vouloir être le seul joueur à ne pas vouloir jouer la partie?
C’est précisément ce qui rend certains électeurs de droite réticents. Pas parce qu’ils sont nécessairement fédéralistes.
Mais parce qu’ils se demandent si PSPP est réellement prêt à faire ce qu’il faut pour gagner. Parce qu’à force de vouloir gagner selon les règles, le PQ finit peut-être par perdre contre des gens qui, eux, n’ont aucune intention de jouer selon les mêmes règles.
Et c’est dommage, parce que l’occasion était là.
Un gouvernement fédéral affaibli dans sa relation avec Washington. Une guerre commerciale. Une dépendance économique devenue évidente. Un président américain qui cherche ouvertement à déstabiliser le statu quo canadien.
Il ne fallait pas devenir trumpiste.
Il fallait simplement être assez pragmatique pour se dire :
« Bon. Voilà la situation. Comment est-ce qu’on s’en sert? »
C’est ça, faire de la politique.
Autres articles sur Pilule Rouge
Trump taxe, Carney riposte, Fréchette s’entête : bienvenue dans la guerre commerciale — Samuel Rasmussen — Sur la confrontation commerciale qui constitue précisément la toile de fond de l’article de Francis.
PSPP découvre à son tour les vertus du bouc émissaire Trump — Samuel Rasmussen — Directement lié à la décision de PSPP de repousser le référendum tant que Trump demeure à la Maison-Blanche.
Avant le prochain référendum, montrez-nous le pays — Le Volontariste — Sur ce que le camp souverainiste devrait concrètement présenter aux Québécois avant une nouvelle consultation.
Le paradoxe de la droite fédéraliste québécoise — Stéphan Lemieux — Très pertinent avec le passage de Francis sur les électeurs de droite et la question de l’autonomie politique du Québec.
Canada–États-Unis : le problème n’a pas commencé avec Trump. L’escalade, oui. — Samuel Chabot — Replace la crise actuelle dans l’histoire plus longue des différends commerciaux entre Ottawa et Washington.

