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PSPP découvre à son tour les vertus du bouc émissaire Trump

PSPP et Donald Trump forment désormais un drôle de tandem politique. Paul St-Pierre Plamondon vient de trouver une façon élégante de repousser le problème qui empoisonne sa campagne sans avoir l’air de renier sa promesse : ce sera la faute au président américain.

Mardi matin, le chef péquiste a annoncé qu’un gouvernement du Parti Québécois ne tiendrait pas de référendum sur l’indépendance tant que Trump sera à la Maison-Blanche, donc pas avant le 20 janvier 2029. PSPP maintient néanmoins sa promesse d’une consultation dans un premier mandat. Son explication : un débat aussi fondamental devrait se dérouler dans des conditions « éclairées et sereines », loin des soubresauts de Washington.

C’est habile. Mais c’est surtout politiquement très commode.

Il y a six mois à peine, PSPP soutenait encore qu’il existait une « fenêtre » pour tenir un référendum malgré Trump. Il affirmait même qu’il ne fallait pas attendre les « conditions parfaites » et présentait l’indépendance comme d’autant plus nécessaire dans un monde devenu instable. Aujourd’hui, la même instabilité devient précisément la raison d’attendre.

Ce n’est pas un détail. C’est un renversement de cadrage. PSPP et Donald Trump se retrouvent ainsi au centre d’un curieux paradoxe : celui qui devait rendre l’indépendance plus urgente devient maintenant la raison invoquée pour en retarder le référendum.

PSPP et Donald Trump : le bouc émissaire parfait

Soyons clairs : la menace américaine n’est pas imaginaire. Washington impose et menace d’imposer des tarifs lourds au Canada, et l’administration Trump a multiplié les provocations sur la souveraineté canadienne. Encore cette semaine, Ottawa négociait pour éviter de nouveaux tarifs américains pouvant atteindre 50 % sur environ 20 milliards de dollars d’exportations canadiennes.

Mais une menace réelle peut aussi devenir un outil politique très réel.

Mark Carney en a fait la démonstration magistrale en 2025. Les libéraux semblaient condamnés quelques mois avant l’élection. Puis Trump a parlé de tarifs, de souveraineté et de « 51e État ». Carney s’est présenté comme le rempart. En campagne au Québec, il disait essentiellement aux électeurs : si vous voulez quelqu’un capable de protéger le Québec et de tenir tête à Trump, votez pour moi. Les libéraux ont alors effectué un spectaculaire retour.

Ce n’est même plus seulement une impression de commentateur. Une étude publiée en 2026 dans Social Science Quarterly conclut que la saillance de Donald Trump a bel et bien été associée au choix électoral lors de l’élection canadienne de 2025, et davantage au Canada qu’en Australie.

En science politique, le mécanisme porte un nom : le rally around the flag. Lorsqu’une menace extérieure devient suffisamment visible, une partie de l’électorat tend à se resserrer autour du dirigeant ou du groupe présenté comme le défenseur du « nous ». La littérature récente montre aussi que l’effet augmente lorsque le message politique et médiatique rend constamment la menace saillante.

Autrement dit, l’ennemi extérieur simplifie merveilleusement une campagne. Le cas PSPP et Donald Trump illustre surtout à quel point une menace extérieure peut devenir utile dans une campagne intérieure.

Fréchette avait compris la recette

Christine Fréchette joue déjà sur un registre voisin. Depuis son arrivée à la tête du gouvernement, elle se présente comme protectrice de l’économie, de l’identité et des intérêts québécois dans une période de guerre commerciale. Elle reproche à Ottawa de ne pas en faire assez contre les effets des tarifs américains, insiste sur les secteurs québécois menacés et oppose sa stabilité gouvernementale à « l’instabilité » référendaire du PQ.

C’est politiquement logique. La CAQ a besoin d’un adversaire extérieur pour justifier sa posture de gouvernement protecteur, tout comme elle a besoin d’un risque intérieur — le référendum — pour rappeler aux électeurs pourquoi ils devraient rester dans l’autobus.

PSPP se retrouve donc devant une mécanique déjà éprouvée des deux côtés : Carney a utilisé Trump pour souder le Canada; Fréchette utilise l’incertitude économique et constitutionnelle pour vendre la stabilité; et voilà maintenant le chef péquiste qui utilise Trump pour retirer de sa campagne l’élément le plus susceptible d’effrayer les électeurs hésitants.

Le bouc émissaire parfait n’a même pas besoin d’être innocent

C’est là toute la beauté de Donald Trump comme personnage politique canadien : il n’a pas besoin d’être un faux coupable pour devenir un bouc émissaire utile.

Il suffit qu’il soit imprévisible, bruyant et suffisamment menaçant pour qu’on puisse suspendre autour de lui toutes les inquiétudes : les tarifs, l’économie, le référendum, l’instabilité, l’unité nationale.

PSPP dira qu’il protège la qualité du débat. Ses adversaires diront qu’il recule. Les deux lectures ne sont pas incompatibles. Même Philippe Léger décrit l’annonce comme un exercice de funambule visant à conserver l’image d’un chef de conviction tout en rassurant l’électorat, et souligne la dimension stratégique du moment choisi pour l’annonce.

Mais à quelques semaines du déclenchement de la campagne, une chose saute aux yeux : le chef qui promettait de ne pas attendre les conditions parfaites vient de fixer lui-même une condition extérieure au calendrier de son projet historique.

L’indépendance, mais seulement quand il fait beau ?

À un moment donné, il faut savoir ce que signifie réellement vouloir être autonome — et, à plus forte raison, indépendant. On ne peut pas se comporter comme un jeune adulte qui se proclame enfin prêt à quitter le domicile familial, à prendre son appartement et à assumer sa vie, mais qui remet soudainement son déménagement parce qu’il pleut dehors. Si la moindre intempérie suffit à nous convaincre de rester à la maison, peut-être que le problème n’est pas la météo.

Sommes-nous véritablement prêts à prendre notre place dans le concert des nations si la principale tête d’affiche du mouvement indépendantiste estime qu’il faut remettre l’exercice de notre autodétermination aux calendes grecques dès qu’un voisin devient turbulent? Le Québec était-il davantage prêt en 1980? L’était-il en 1995, au milieu des incertitudes économiques, constitutionnelles et internationales de l’époque? Et voilà qu’en 2026, parce qu’un président américain imprévisible occupe la Maison-Blanche, le référendum devient soudainement une patate chaude dont il faudrait se débarrasser jusqu’à ce que le ciel se dégage.

Un pays ne choisit pourtant ni ses voisins ni ses présidents. Il ne demande pas à l’Histoire de suspendre les crises pendant qu’il achève sa construction nationale. S’il faut attendre que Washington soit rassurant, que les marchés soient tranquilles, que l’économie soit florissante et que la géopolitique mondiale soit clémente avant d’oser devenir un État, alors nous trouverons toujours une excellente raison d’attendre encore quatre ans.

Et c’est peut-être là que se situe le véritable malaise. Ce n’est pas nécessairement le peuple québécois qui manque de maturité politique. C’est peut-être plutôt le Parti Québécois qui, après avoir pourtant été porté par des hommes de la stature de René Lévesque et de Jacques Parizeau, demeure incapable de traiter l’indépendance autrement que comme un projet qu’on ressort lorsque les circonstances semblent favorables et qu’on remet au congélateur dès que le vent tourne.

Sinon, il faudrait en tirer une conclusion autrement plus dérangeante : après des décennies passées à reconduire les mêmes vieux partis, les mêmes réflexes et les mêmes erreurs, le peuple québécois ne serait toujours ni assez mûr ni assez prêt pour assumer pleinement le statut de nation indépendante. Et si c’est vraiment ce qu’on croit, alors le problème dépasse largement Donald Trump.

L’indépendance qui exige le beau temps n’est pas encore l’indépendance. C’est une permission conditionnelle accordée par les circonstances.

Avec PSPP et Donald Trump, le PQ découvre donc lui aussi les vertus électorales d’un adversaire extérieur bien commode.

Parce qu’au Canada comme au Québec, lorsque la politique intérieure devient inconfortable, il est toujours pratique d’avoir un grand méchant juste de l’autre côté de la frontière.

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Samuel Rasmussen
Samuel Rasmussen
Samuel Rasmussen, alias Le Blond Modéré, est membre des Trois Afueras et collaborateur du podcast Ian & Frank. Titulaire d'une formation en relations internationales à l'Université de Sherbrooke, il s'intéresse particulièrement à la géopolitique, aux zones d'influence et aux différentes formes de pouvoir.

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