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Donald Trump est un Péquiste

Donald Trump est un péquiste

Non, Donald Trump n’est pas Paul St-Pierre Plamondon.

Non, le Parti québécois n’est pas le Parti républicain.

Et non, le souverainisme québécois n’est pas une copie conforme du trumpisme.

Mais retirons un instant les cheveux orange, les arénas bondés, les slogans hurlés et le style bulldozer de Donald Trump. Une question dérangeante apparaît : combien d’idées qu’on condamne chez lui deviendraient soudainement respectables si elles étaient prononcées en français, avec le ton posé d’un chef souverainiste québécois?

Trump dit : « America First. »

Le Parti québécois répond, en substance : « Québec d’abord. »

L’un veut reprendre le contrôle des frontières, limiter l’immigration, défendre les travailleurs américains, protéger la langue commune et refuser les ingérences extérieures. L’autre veut réduire l’immigration temporaire, défendre le français, créer un pays, rapatrier tous les pouvoirs d’Ottawa et donner au Québec les pleins leviers de son destin national.

À Washington, on appelle ça du populisme nationaliste. À Québec, on appelle ça du souverainisme. C’est là que le malaise commence.

Même réflexe, autre drapeau

Quand Trump parle de frontières, on crie à la xénophobie. Quand PSPP parle de capacité d’accueil, on parle de responsabilité. Quand Trump défend l’anglais comme langue officielle, on y voit une attaque contre les minorités.

Quand le Québec défend le français par la loi 101, on y voit un acte de survie nationale.

Quand Trump veut protéger son économie, on parle de protectionnisme.

Quand le PQ veut reprendre les leviers économiques du Québec, on parle d’émancipation.

Pourtant, dans les deux cas, le moteur idéologique se ressemble : une nation devrait pouvoir décider pour elle-même, protéger sa culture, contrôler son immigration, défendre ses travailleurs et refuser d’être soumise à un pouvoir qui ne partage pas ses intérêts.

Alors, la vraie question est simple : jugeons-nous vraiment les idées nationalistes pour ce qu’elles sont, ou les jugeons-nous selon le visage qui les porte, le drapeau derrière elles et l’accent avec lequel elles sont prononcées?

Le style Trump existe aussi chez nous

Le même phénomène existe dans le style politique.

On reproche constamment à Donald Trump son mépris des médias, ses attaques personnelles, ses insultes et son incapacité apparente à respecter ses adversaires. Et souvent, avec raison. Trump a fait de l’injure politique une stratégie de communication. Il ridiculise, il rabaisse, il donne des surnoms, il attaque les journalistes, il accuse les médias d’être malhonnêtes et transforme chaque critique en preuve d’un complot contre lui.

Mais soyons honnêtes : ce style n’est pas exclusivement américain.

Au Québec, Régis Labeaume a longtemps été célébré pour des comportements que l’on condamne aujourd’hui chez Trump : son franc-parler brutal, ses sorties cassantes, ses attaques contre ses adversaires, ses conflits avec les médias, son mépris affiché pour ceux qui lui résistaient.

Quand Labeaume écrasait verbalement un opposant, on disait qu’il avait du caractère.

Quand il envoyait promener des journalistes, on appelait ça de l’authenticité.

Quand il gouvernait avec une autorité écrasante, on parlait d’efficacité.

Chez Trump, le même réflexe devient une menace pour la démocratie.

La différence, encore une fois, n’est pas seulement dans le comportement. Elle est dans le personnage, dans le décor, dans le camp idéologique et dans la permission morale que les médias choisissent — ou non — d’accorder à celui qui parle.

Le double standard du « parler vrai »

Régis Labeaume pouvait être dur, méprisant, cassant, arrogant, parfois carrément insultant. Pourtant, il n’a jamais été traité comme un monstre politique par l’écosystème médiatique québécois. Au contraire, son style a souvent été emballé dans des mots sympathiques : coloré, direct, baveux, efficace, assumé.

Ce qui aurait été présenté comme du trumpisme si c’était venu d’un politicien américain de droite devenait, chez nous, du « parler vrai ».

Et c’est exactement là que le double standard apparaît.

Nous ne condamnons pas toujours l’arrogance.

Nous condamnons surtout l’arrogance de ceux que nous avons déjà décidé de détester.

Faites le test sans regarder l’étiquette

Faisons un exercice simple.

Un chef politique propose de réduire fortement l’immigration temporaire, de fixer des seuils plus bas d’immigration permanente, d’exiger une meilleure intégration à la langue nationale, de reprendre le contrôle des leviers politiques, économiques et diplomatiques de sa nation, et de refuser qu’un gouvernement supérieur décide à sa place de son avenir collectif.

Réflexe immédiat : on croit entendre Donald Trump.

Pourtant, on parle ici du Parti québécois de Paul St-Pierre Plamondon.

Maintenant, prenons l’inverse.

Un chef politique affirme que son pays doit prioriser ses propres travailleurs, protéger son économie contre la concurrence étrangère, défendre sa langue commune, limiter l’immigration, rapatrier le pouvoir vers la nation et refuser les ingérences extérieures qui affaiblissent sa souveraineté.

Réflexe immédiat : on pourrait croire entendre un souverainiste québécois.

Pourtant, on parle ici de Donald Trump.

C’est précisément ce renversement qui dérange. Les mots changent, les drapeaux changent, les accents changent, mais la mécanique politique reste étonnamment semblable : reprendre le contrôle, protéger la nation, défendre la culture commune, limiter la dépendance envers un pouvoir extérieur et remettre l’intérêt national au sommet de la hiérarchie politique.

Quand ces idées viennent de Trump, elles sont souvent présentées comme un danger populiste. Quand elles viennent du Parti québécois, elles sont présentées comme une démarche d’émancipation nationale.

La différence n’est donc pas toujours dans l’idée. Elle est souvent dans l’identité de celui qui la porte.

Le problème, ce n’est pas toujours l’idée. C’est le visage.

Si Donald Trump parlait français, portait un veston sobre, citait René Lévesque plutôt que Ronald Reagan et disait « Québec d’abord » au lieu de « America First », une partie de ceux qui le dénoncent aujourd’hui l’applaudirait peut-être.

Non pas parce que Trump et PSPP sont identiques — ils ne le sont pas —, mais parce que plusieurs idées que l’on condamne chez l’un deviennent soudainement respectables lorsqu’elles sont exprimées avec les bons codes culturels : contrôle de l’immigration, défense de la nation, primauté de la langue, rejet des ingérences extérieures, économie au service du peuple et reprise de contrôle politique.

Au fond, le malaise ne vient pas toujours de l’idée elle-même.

Il vient souvent du visage qui la porte, de l’accent avec lequel elle est prononcée et du drapeau sous lequel elle est défendue.

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