Les défis liés à la productivité, à la démographie, au commerce intérieur, à l’énergie, à la santé et aux finances publiques démontrent que la transition vers un avenir durable ne peut être réalisée simplement par l’arrivée d’un parti à l’Assemblée nationale ou par la personnalité d’un leader. Elle nécessite une remise en question profonde de certaines idées bien ancrées ainsi que la mise en évidence de façons novatrices, convaincantes et politiquement défendables de redéfinir le rôle de l’État et de l’économie.
Bien que le résultat des élections ait donné lieu à un gouvernement minoritaire, une vérité persiste : le travail de transformation des mentalités au Québec ne fait que commencer. Au-delà des manœuvres politiques, le Parti conservateur du Québec (PCQ) devra assumer son rôle unique au sein de l’Assemblée nationale. Voici mon raisonnement.
Une droite politique viable à long terme ne peut dépendre de la popularité d’un chef ou de personnalités médiatiques. Elle doit créer un environnement où ses idées survivent aux chefs et aux élections. Gagner des comtés permet d’ouvrir une fenêtre; changer les mentalités permet de la maintenir ouverte. Le véritable travail consiste à créer chez les citoyens un réflexe de rigueur, de responsabilité et de discipline budgétaire, jusqu’à ce que les élus comprennent que leurs choix ont un coût politique.
La prochaine étape consiste donc à construire cette capacité dans la durée : produire les idées, développer l’expertise, les diffuser dans l’espace public, mobiliser les citoyens et bâtir une organisation politique capable, éventuellement, de les transformer en politiques publiques.
C’est dans cette optique qu’il faut maintenant se pencher sur les prochaines étapes, qui seront décisives pour la suite.
Prochaines étapes
Les politiciens ne décident pas seuls de l’orientation politique d’une société lorsqu’ils se trouvent dans l’arène parlementaire. Ils ne font que refléter l’état actuel du cadre politique, qui a évolué au fil des années et des mois, combiné au comportement des électeurs le jour du vote. Ils répondent aux attentes des électeurs, des institutions et, surtout, aux incitations politiques auxquelles ils font face. Les étiquettes partisanes ne peuvent donc pas garantir un résultat politique précis.
C’est pourquoi une transformation durable de l’action publique doit commencer en amont de l’élection. Une droite qui souhaite modifier durablement les politiques publiques doit produire des idées, les documenter, contester les présupposés dominants, former des personnes capables de les défendre et créer les conditions politiques permettant éventuellement leur adoption.
Autrement dit, il ne suffit pas de gagner des comtés pour obtenir des gains politiques. Il faut avant tout construire l’environnement intellectuel, médiatique, organisationnel et politique qui rend certaines réformes possibles. L’influence politique durable passe donc par la capacité à modifier les idées qui structurent le débat public et, ultimement, l’espace des politiques considérées comme possibles. Cette conception rejoint notamment l’importance accordée par Ayn Rand (1972) au rôle des idées et de la culture dans la transformation politique.
Avoir un repère intellectuel : les think tanks
Les think tanks constituent une infrastructure essentielle à cette stratégie. Ces organisations permettent de mener des recherches approfondies, d’élaborer des projets, de former des spécialistes, d’informer les médias et les décideurs et de maintenir une expertise sur des questions complexes qui transcendent les cycles électoraux. De plus, ils représentent divers courants de pensée et différentes méthodes dans le domaine des politiques publiques (Planells-Artigot et al., 2021).
Les partis politiques, dont l’attention est nécessairement concentrée sur le prochain cycle électoral et sur la gestion politique quotidienne, ne peuvent pas toujours remplir ces fonctions.
Pour modifier durablement les politiques publiques, il faut donc investir dans l’infrastructure intellectuelle qui précède la décision politique.
Au Canada et au Québec, des organisations comme l’Institut économique de Montréal, l’Institut Fraser, le Macdonald-Laurier Institute et Cardus occupent des espaces complémentaires. Elles permettent notamment de travailler sur la liberté économique, la responsabilité individuelle, la propriété, la concurrence, la fiscalité, la réglementation, le rôle de l’État et les institutions de la société civile.
Institut économique de Montréal
L’Institut économique de Montréal (IEDM) constitue une référence particulièrement importante pour les enjeux québécois. Ses travaux portent notamment sur la fiscalité, la réglementation, les marchés, la productivité, les services publics et le rôle de l’État.
L’organisation se présente comme un institut indépendant, non partisan et sans but lucratif qui cherche à enrichir le débat sur les politiques publiques par ses recherches, ses publications et ses interventions médiatiques.
Personnalités à suivre : Daniel Dufort, Michel Kelly-Gagnon, Vincent Geloso, Gabriel Giguère, Renaud Brossard et Emmanuelle B. Faubert.
La composition de l’équipe et les fonctions peuvent évoluer dans le temps; cette liste doit donc être actualisée périodiquement.
Institut Fraser
L’Institut Fraser joue un rôle plus largement pancanadien et international dans la recherche sur la liberté économique et individuelle, la fiscalité, la réglementation, la concurrence, la prospérité et les politiques publiques.
Personnalités à suivre : Yanick Labrie, Jake Fuss, Philip Cross, Elmira Aliakbari, Nadeem Esmail et Mackenzie Moir.
Macdonald-Laurier Institute
Le Macdonald-Laurier Institute (MLI) occupe, pour sa part, un espace principalement national. Ses travaux couvrent notamment la politique économique et fiscale, la réglementation, les ressources naturelles, la défense, la sécurité, les relations Canada–États-Unis, l’immigration, la justice, la politique étrangère et diverses questions sociales.
Le MLI est particulièrement intéressant pour développer une capacité intellectuelle qui dépasse les seuls enjeux économiques. Son travail touche également les questions de sécurité nationale, de politique étrangère, de droit, d’immigration et de politique sociale.
Personnalités à suivre : Brian Lee Crowley, Peter Copeland, Heather Exner-Pirot, Peter Menzies, Philip Cross, Jack Mintz, Trevor Tombe, Jerome Gessaroli, Joe Varner et Richard Shimooka.
Cardus
Cardus occupe un espace complémentaire en travaillant sur les institutions qui structurent la société civile : famille, éducation, travail, communautés et secteur volontaire.
Son approche s’inscrit explicitement dans la tradition de la pensée sociale chrétienne et met notamment l’accent sur la dignité humaine, la liberté, la responsabilité, les institutions intermédiaires ainsi que sur un rôle important, mais limité, de l’État. Cardus se définit également comme un organisme non partisan.
Son développement récent au Québec mérite une attention particulière. Jean-Christophe Jasmin a été nommé directeur pour le Québec en 2025 et Étienne-Alexandre Beauregard a rejoint l’équipe de recherche la même année.
Personnalités à suivre : Étienne-Alexandre Beauregard, Jean-Christophe Jasmin, Rebecca Vachon et d’autres chercheurs associés.
Construire un portefeuille intellectuel
L’objectif n’est pas de dépendre d’une seule institution, mais de développer un portefeuille intellectuel complémentaire.
L’IEDM et Fraser peuvent contribuer particulièrement aux questions économiques et institutionnelles; le MLI apporte une capacité nationale sur les enjeux sociaux, culturels et stratégiques; Cardus travaille davantage sur les institutions civiles, familiales, éducatives et culturelles.
Le financement de ces organisations ne doit donc pas être considéré simplement comme un moyen d’obtenir davantage de publications. Il s’agit de préserver une capacité permanente de recherche, de formation, d’intervention médiatique et de développement des idées.
Les think tanks servent d’intermédiaires entre la recherche, les médias, les décideurs et le public. Leur influence peut ainsi contribuer à modifier les cadres intellectuels dans lesquels les politiques publiques sont discutées.
C’est notamment ce qui rend pertinente la notion de fenêtre d’Overton : avant qu’une réforme devienne politiquement réalisable, elle doit souvent devenir intellectuellement défendable et publiquement discutable.
Le financement ne devrait toutefois pas signifier une intervention dans les conclusions de recherche, puisque ces institutions disposent de mécanismes internes de gouvernance et d’éthique qui leur permettent de demeurer indépendantes.
Groupes de pression
La production d’idées ne suffit pas. Il faut également développer une capacité de représentation, de mobilisation et de pression citoyenne (Grant, 2004).
Des organisations comme la Fédération canadienne des contribuables, dont Nicolas Gagnon est actuellement directeur pour le Québec, montrent comment une organisation spécialisée peut transformer des enjeux liés à la fiscalité et aux dépenses publiques en campagnes, en interventions médiatiques et en représentations auprès des décideurs.
L’objectif serait de développer une capacité comparable en matière de recherche, de mobilisation, de représentation et de suivi des politiques publiques.
Cette capacité devrait également comprendre une expertise en relations gouvernementales et en lobbying, dans le respect des règles applicables, afin d’intervenir auprès des parlementaires, des ministères, des commissions parlementaires et des organismes publics lorsque des projets de loi ou des politiques touchent les enjeux défendus.
La logique est complémentaire :
Les think tanks produisent l’expertise; les médias la diffusent; les groupes de pression la transforment en mobilisation; les organisations politiques cherchent à la traduire en politiques publiques.
Développer le volet communication et médias
La bataille des idées ne se gagne pas uniquement dans les rapports de recherche ou les programmes électoraux. Elle se gagne également dans l’espace médiatique, là où les citoyens découvrent les enjeux et développent leurs intuitions politiques.
Il faut donc développer une présence médiatique suffisamment forte pour que les notions de liberté économique, de responsabilité individuelle, de concurrence, de responsabilité budgétaire et de gouvernement limité ne restent pas confinées aux cercles déjà politisés (Langer & Gruber, 2021; van der Pas et al., 2017).
L’objectif ne devrait toutefois pas être de créer uniquement des médias militants. Il faut aussi être capable de rejoindre les personnes qui ne lisent ni les rapports de think tanks ni les articles des médias traditionnels subventionnés, qui ne suivent pas les débats parlementaires et qui ne s’intéressent pas nécessairement aux débats idéologiques.
Il faut partir des problèmes concrets : coût de la vie, fiscalité, logement, productivité, salaires, services publics, immigration, criminalité, enjeux démographiques, réglementation, bureaucratie et rapport entre les impôts payés et les services reçus.
Le défi consiste à rendre les principes compréhensibles avant de rendre l’idéologie visible.
Une infrastructure médiatique efficace doit traduire les idées abstraites en conséquences concrètes, présenter les données, permettre le débat contradictoire et rendre accessibles des notions comme la concurrence, la liberté économique, la responsabilité budgétaire et la limitation de l’État.
Médias écrits et plateformes d’actualité
Il serait judicieux d’accroître la visibilité en français d’un courant de pensée qui bénéficie déjà d’une bonne représentation dans les médias nationaux canadiens.
Une démarche pourrait être entreprise auprès de la direction éditoriale du National Post afin d’explorer la possibilité d’une présence québécoise francophone plus structurée, adaptée spécifiquement à la société québécoise et alimentée par des chroniqueurs, des chercheurs, des économistes, des universitaires, des journalistes et d’autres intervenants québécois.
Le but serait de créer une plateforme permettant d’aborder régulièrement des sujets québécois, tout en offrant à des analystes locaux la possibilité d’atteindre un public québécois situé à droite sur l’échiquier politique. Il ne s’agirait pas simplement d’une version traduite et rédigée à Toronto.
Parallèlement, il serait pertinent de développer des collaborations et des espaces de débat avec des plateformes québécoises comme QUB.
Cette stratégie ne devrait toutefois pas reposer uniquement sur les médias existants. Il faut également construire notre propre capacité médiatique, notamment avec Pilule Rouge.
Ce média aura besoin d’un soutien durable, y compris financier, pour publier régulièrement, développer son audience, professionnaliser ses opérations et conserver une capacité éditoriale indépendante.
Balados et médias numériques
Les médias numériques permettent de rejoindre des publics qui consomment davantage l’information sous forme de conversations longues, d’entrevues et de balados.
Des plateformes comme Libre Média, Le Bastion ainsi que différents créateurs indépendants associés à cet écosystème peuvent constituer des canaux complémentaires aux médias traditionnels.
L’objectif devrait être de multiplier les points d’entrée plutôt que de dépendre d’une seule plateforme ou d’une seule personnalité.
Radio
Je ne connais pas vraiment d’autres stations reconnues à droite, mis à part certaines personnalités comme Elias Makos à CJAD 800.
La radio demeure également un canal important pour rejoindre le public québécois. Des stations comme Radio X offrent notamment des espaces d’entrevues, de lignes ouvertes et de débats. Leur contenu numérique permet également de prolonger la durée de vie des interventions au-delà de leur diffusion originale.
L’enjeu est donc de transformer chaque intervention médiatique en contenu réutilisable : extrait vidéo, citation, publication, balado, article ou contenu pour les réseaux sociaux.
Parti politique
Besoin de financement
La construction d’une organisation politique crédible exige des ressources financières importantes.
Le financement doit permettre de maintenir une structure professionnelle, de développer des équipes de recherche et de communication, de soutenir les associations locales, de financer les campagnes électorales et de disposer d’une présence numérique efficace.
Une stratégie de financement diversifiée, transparente et conforme aux règles électorales est donc essentielle à l’autonomie et à la pérennité du parti.
Implication dans les associations locales et les conventions
L’influence politique ne se construit pas uniquement au moment des élections. L’implication dans les associations locales permet de développer un réseau de militants, de recruter de nouveaux membres et de faire circuler les idées sur le terrain.
Les conventions constituent également un lieu important pour participer aux débats internes, proposer des résolutions et contribuer à l’orientation idéologique et programmatique du parti.
Organisation
Le principal enjeu est de bâtir une organisation qui dépasse le leadership d’une seule personne.
Cela implique des associations locales actives, une relève militante, des responsables régionaux, des équipes spécialisées et des mécanismes permettant de transformer les idées produites par les chercheurs, les médias et les groupes de pression en propositions politiques cohérentes.
L’objectif n’est donc pas simplement d’avoir un parti capable de présenter des candidats. Il faut construire une infrastructure politique permanente, capable de recruter, de former, de financer, de communiquer et de mobiliser, y compris entre les élections.
Et cela doit être fait avant le déclenchement d’une campagne. Une fois l’élection lancée, il est trop tard pour commencer à bâtir les réseaux, les équipes, les messages et les mécanismes de mobilisation nécessaires.
Formation du personnel politique et planification de la relève
Un parti qui veut se professionnaliser doit également investir dans son capital humain.
Le personnel politique doit être formé aux bonnes pratiques, aux nouvelles méthodes de communication et de mobilisation, à l’analyse des politiques publiques ainsi qu’à la recherche d’opposition en vue de la campagne électorale subséquente.
Il faut savoir identifier les arguments adverses, vérifier les données, comprendre les contre-arguments et préparer des réponses fondées sur des recherches solides.
La formation ne doit toutefois pas se limiter au personnel en place. La planification de la relève doit constituer une fonction permanente du parti.
Éric Duhaime ne sera pas éternellement à la tête de la formation. Le parti doit donc développer dès maintenant les personnes qui pourront éventuellement prendre la relève, porter ses dossiers et assumer des responsabilités de leadership.
Cela implique notamment de donner davantage d’autonomie aux porte-paroles responsables des différents dossiers, de leur permettre de développer leur expertise et leur visibilité publique et de créer progressivement un véritable pipeline de leadership à partir des ressources déjà présentes dans l’organisation.
Le PCQ ne doit pas devenir un one-man show, comme l’ont été l’ADQ ou la CAQ. Une organisation politique durable doit pouvoir survivre à son chef, renouveler ses cadres et disposer de plusieurs personnalités capables de représenter le parti, de défendre ses politiques et, éventuellement, d’assumer des responsabilités gouvernementales.
Conclusion — Gérer le court terme sans perdre le long terme
Les résultats de l’élection du 5 octobre devront être analysés à la lumière d’une stratégie plus large.
Le résultat électoral constitue un indicateur important, mais il ne permet pas, à lui seul, de mesurer la profondeur du changement politique. Le volet politique doit demeurer à l’affût des tactiques de court terme : opinion publique, adversaires, fenêtres parlementaires, rapports de force, calendrier électoral et enjeux susceptibles de modifier rapidement les priorités des électeurs.
Mais la tactique ne doit jamais remplacer la stratégie.
Il faut préparer le prochain cycle électoral tout en continuant de construire une philosophie solide pour les décennies à venir : liberté, responsabilité individuelle, propriété, concurrence, État de droit, responsabilité budgétaire et rôle de l’État.
Ces principes doivent ensuite être transformés en politiques publiques et en arguments clairs pour la population.
La véritable question est donc celle de la capacité à transformer une progression électorale ponctuelle en écosystème durable.
Pour y parvenir, les différents acteurs doivent travailler en synergie : les think tanks produisent les idées et la recherche; les médias les rendent accessibles; les groupes de pression les défendent et mobilisent; les partis politiques les transforment en propositions; les associations locales construisent l’organisation sur le terrain.
Il faut également investir dans les personnes : chercheurs, journalistes, créateurs, militants, candidats, porte-paroles et futurs dirigeants.
Cette stratégie doit être pensée sur plusieurs années plutôt que sur un seul cycle électoral. Une transformation durable ne dépend pas d’un parti, d’un candidat ou d’une campagne, mais d’un réseau capable de produire, de diffuser, de défendre et, éventuellement, de mettre en œuvre des idées.
L’élection peut ouvrir une fenêtre d’opportunité. La tactique permet de l’exploiter; les idées permettent de la maintenir ouverte. C’est le travail réalisé entre les élections qui déterminera si cette fenêtre demeure ouverte.
Pour en savoir plus
Grant, Wyn. « Pressure Politics: The Changing World of Pressure Groups. » Parliamentary Affairs, vol. 57, no 2, avril 2004, p. 408–419. https://doi.org/10.1093/pa/gsh033
Bornfriend, Arnold J. « Political Parties and Pressure Groups. » Proceedings of the Academy of Political Science, vol. 29, no 4, 1969, p. 55–67. https://doi.org/10.2307/1173686
Planells-Artigot, Enrique, Arturo Ortigosa-Blanch et Myriam Martí-Sánchez. « Bridging Fields: A Comparative Study of the Presence of Think Tanks. » Technological Forecasting and Social Change, vol. 162, 2021. https://doi.org/10.1016/j.techfore.2020.120377
Langer, A. I. et J. B. Gruber. « Political Agenda Setting in the Hybrid Media System: Why Legacy Media Still Matter a Great Deal. » The International Journal of Press/Politics, vol. 26, no 2, 2021, p. 313–340. https://doi.org/10.1177/1940161220925023
van der Pas, Daphne J., Wouter van der Brug et Rens Vliegenthart. « Political Parallelism in Media and Political Agenda-Setting. » Political Communication, vol. 34, no 4, 2017, p. 491–510. https://doi.org/10.1080/10584609.2016.1271374
Ayn Rand. « A Nation’s Unity. » Ford Hall Forum, 1972. https://youtu.be/MRWcjQUlNWE?si=3qnZZie2qwIDGHtZ

