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Proportionnelle : que les sièges ressemblent enfin aux votes

Dans mon précédent article, je reconnaissais la légitimité d’un gouvernement péquiste appuyé par moins de 30 % des suffrages. Cela n’interdit aucunement de critiquer les règles qui transforment les bulletins en sièges. Une élection régulière peut produire une représentation profondément disproportionnée.

Hier, dans leur émission du 6 octobre, mes amis Ian & Frank ont contesté la proportionnelle : coalitions difficiles, petits partis indélogeables, réformes compromises. Leur préoccupation pour les contre-pouvoirs rejoint la mienne. Leur condamnation du scrutin proportionnel me convainc beaucoup moins.

PartiPart des voixSièges sur 127Part des sièges
PQ28,02 %5946,46 %
PLQ24,23 %4031,50 %
PCQ20,66 %1914,96 %
QS12,42 %97,09 %
CAQ13,35 %00 %
Proportionnelle : que les sièges ressemblent enfin aux votes

Résultats du dépouillement transmis le 6 octobre; parts des sièges calculées sur 127 députés.

Le PQ bénéficie d’une surreprésentation de 18,44 points. Le PLQ obtient plus du double des sièges du PCQ avec seulement 3,55 points d’avance. La CAQ recueille 571 520 voix, sans député; QS en obtient neuf avec moins de votes. La géographie des appuis transforme considérablement leur poids parlementaire.

La défaite caquiste peut me réjouir. L’effacement de ses électeurs ne devient pas juste pour autant. Une règle démocratique se défend aussi lorsqu’elle bénéficie à nos adversaires.

La proportionnelle mixte compensatoire conserve des députés locaux et ajoute une correction. Dans le modèle néo-zélandais, chacun vote pour un candidat et pour un parti. Le second vote détermine principalement la part totale des sièges; les listes complètent les victoires locales. Dans une assemblée de 100 sièges, un parti ayant droit à 30 sièges et remportant 20 circonscriptions recevrait dix sièges compensatoires.

La simulation évoquée dans le podcast, produite avec une IA, suppose 95 circonscriptions et 32 sièges de liste. Il faudrait préciser le découpage, les seuils et le traitement des sièges locaux excédentaires pour la valider. Un parti pourrait déjà gagner davantage de circonscriptions que sa part proportionnelle ne lui accorde de sièges. La compensation ne se décrète pas en appliquant des pourcentages.

Surtout, changer les règles modifierait les candidatures, le vote stratégique et possiblement la participation. Redistribuer les résultats actuels fournit une illustration, jamais la photographie d’une élection qui n’a pas eu lieu.

L’objection centrale reste cependant politique : comment gouverner sans majorité monopartisane? En construisant une majorité parlementaire. Leur propre scénario attribue 36 sièges au PQ et 31 au PLQ : 67 ensemble. Cela ne présume aucun accord entre eux; cela réfute simplement l’impossibilité arithmétique de gouverner. Une coalition ou une entente de soutien dépend ensuite de concessions explicites.

Même une majorité monopartisane demeure possible : en Nouvelle-Zélande, les travaillistes ont remporté 65 sièges sur 120 en 2020. La proportionnelle rend les majorités artificielles moins faciles; elle n’interdit pas de convaincre suffisamment d’électeurs.

Et les réformes structurelles? Le Danemark, démocratie parlementaire éprouvée, utilise une proportionnelle de listes avec compensation, distincte du modèle mixte néo-zélandais. Parmi les 175 sièges du Danemark proprement dit, 135 sont attribués dans des circonscriptions plurinominales et 40 sont compensatoires; quatre autres représentent le Groenland et les îles Féroé.

Ce Parlement a adopté en 2025, par 81 voix contre 21, le relèvement à 70 ans de l’âge d’accès à la pension publique pour les personnes nées après 1970. Plusieurs partis ont soutenu cette décision. On peut en discuter le contenu; prétendre que la proportionnelle empêche les réformes ne résiste pas à cet exemple.

Le risque de chantage des petits partis existe. Des négociations peuvent échouer, des concessions devenir excessives. Des seuils raisonnables et des accords publics peuvent limiter certains risques. Mais concentrer artificiellement le pouvoir comporte aussi un coût. Ian & Frank le reconnaissent eux-mêmes lorsqu’ils déplorent ce que la CAQ a fait de ses imposantes majorités.

L’idée que les partis deviennent immortels résiste également mal aux faits. En 2020, New Zealand First n’a obtenu aucun siège avec 2,6 % des votes. La proportionnelle n’assure aucun bail perpétuel au Parlement. Surtout, représenter des centaines de milliers d’électeurs caquistes ne serait pas offrir une retraite à leurs dirigeants. Ce serait respecter un choix électoral, aussi déplaisant soit-il.

L’apparition de nouveaux partis élargit aussi le choix. Un seuil d’accès peut contenir l’émiettement sans transformer les formations établies en club réservé.

Quant à l’hypothèse d’une mobilisation libérale accrue, elle mérite une analyse, pas une certitude. On ne peut attribuer d’avance un vote partisan à tous les abstentionnistes. Et je refuse de choisir les règles démocratiques selon la crainte que davantage d’anglophones, de fédéralistes ou de mes adversaires se présentent aux urnes.

Sur la chambre haute, je rejoins Ian. J’appuie son ajout et l’idée d’une représentation démographique attentive aux générations, dont les modalités resteraient à définir. Je voudrais une chambre indépendante de l’exécutif, dotée de véritables pouvoirs de révision. Son mode de sélection devrait garantir sa légitimité et éviter d’en faire un refuge de nominations partisanes. Une réflexion sur les générations peut éclairer la dette et les engagements que nous léguons aux suivantes.

Cette chambre ajouterait un contre-pouvoir. Elle ne corrigerait toutefois pas automatiquement la répartition des sièges dans l’Assemblée qui accorde sa confiance au gouvernement. Les deux réformes peuvent se compléter.

Pour le Québec, je défends des députés locaux, des listes régionales transparentes et une compensation suffisamment large. Maintenir 127 sièges obligerait à revoir les circonscriptions; les conserver toutes exigerait d’ajouter des députés. Les travaux d’Élections Québec sur le projet de loi 39 fournissent déjà une base de discussion.

Comme libéral classique, je veux limiter le pouvoir et mieux représenter les citoyens. Une majorité ne possède pas leurs droits; une minorité ne devrait pas recevoir un blanc-seing fabriqué par la carte électorale. Donnons-nous des contre-pouvoirs et une Assemblée qui ressemble davantage aux votes. La démocratie peut supporter ces deux exigences.

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Samuel Rasmussen
Samuel Rasmussen
Samuel Rasmussen, alias Le Blond Modéré, est membre des Trois Afueras et collaborateur du podcast Ian & Frank. Titulaire d'une formation en relations internationales à l'Université de Sherbrooke, il s'intéresse particulièrement à la géopolitique, aux zones d'influence et aux différentes formes de pouvoir.

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