L’armée mexicaine a tué le 22 février Nemesio Oseguera Cervantes, alias « El Mencho », chef du Cartel de Jalisco Nouvelle Génération (CJNG), considéré comme l’organisation criminelle la plus puissante du pays. La riposte a été immédiate et massive : en quelques heures, le cartel a semé la violence dans 20 des 32 États mexicains, paralysant des régions entières et piégeant des milliers de touristes étrangers dans leurs hôtels. Au moins 62 personnes ont été tuées, dont 25 membres de la Garde nationale mexicaine.
Un chef de cartel parmi les plus recherchés au monde
Le CJNG est depuis plusieurs années l’organisation criminelle la plus redoutée du Mexique, présente dans la majorité des États et reconnue comme principale source d’approvisionnement en fentanyl vers les États-Unis. Son chef, El Mencho, figurait sur la liste des fugitifs les plus recherchés par Washington, qui offrait une récompense de 10 millions de dollars pour sa capture. Son élimination représente la prise la plus importante contre le crime organisé mexicain depuis des décennies.
Un raid ciblé dans les montagnes de Jalisco
Le renseignement militaire mexicain a retracé les mouvements d’une proche d’El Mencho, ce qui a mené à l’identification d’une propriété isolée près de Tapalpa, à environ 140 km au sud-ouest de Guadalajara. Après confirmation de sa présence le 21 février, une opération combinant forces terrestres, appui aérien et unités spécialisées a été planifiée.
Le 22 février au matin, les forces fédérales lancent l’assaut et essuient des tirs d’armes lourdes dans un terrain montagneux. El Mencho a tenté de fuir avec ses gardes du corps, avant d’être retrouvé caché dans les sous-bois et grièvement blessé ; il est décédé lors de son transfert en hélicoptère vers un hôpital. Un hélicoptère militaire a aussi été touché par des tirs et contraint à un atterrissage d’urgence à Sayula.
Bilan annoncé : huit morts du côté du cartel (dont El Mencho) et deux arrestations, ainsi que la saisie de véhicules blindés, d’armes longues, de lance-roquettes et d’autres équipements tactiques.
La riposte du CJNG : incendies et barrages sur les routes
Peu après l’annonce de la mort de leur chef, des membres du CJNG ont déclenché une vague de violence coordonnée dans 20 États mexicains. Des incendies ont visé commerces et infrastructures — dont 69 dépanneurs Oxxo et 18 succursales de la Banco del Bienestar —, mais aussi des autobus, des véhicules et des stations-service. Plus de 250 barrages routiers ont été dressés à l’aide de véhicules incendiés et de dispositifs destinés à crever les pneus.
Les forces de sécurité mexicaines ont été prises pour cible : 25 membres de la Garde nationale ont été tués lors de six attaques distinctes au Jalisco. Environ 30 membres du cartel ont été abattus dans les affrontements au Jalisco et quatre autres au Michoacán. Au total, 70 arrestations ont été effectuées à travers le pays. Une prime de 1 200 dollars par policier ou soldat tué a été annoncée par le cartel.
Guadalajara et Puerto Vallarta figurent parmi les villes les plus touchées, mais la violence s’est aussi étendue au Michoacán, Guanajuato, Colima, Tamaulipas, Aguascalientes, Zacatecas, Nayarit et Sinaloa. Au Guanajuato, plus de 70 attaques ont été signalées dans 23 municipalités, dont 60 incendies criminels.
Des milliers de touristes pris en étau
La crise a eu des répercussions directes dans les zones touristiques, notamment à Puerto Vallarta et Guadalajara. Le Canada, les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Australie et la Nouvelle-Zélande ont émis des alertes demandant à leurs ressortissants de se confiner dans leurs hôtels. Sur les 19 000 Canadiens présents au Mexique, quelque 5 000 se trouvaient dans le seul État de Jalisco. « On est coincés, on ne peut pas sortir. La tension est palpable et on voit la fumée partout », témoignait un Drummondvillois à Puerto Vallarta.
Des hélicoptères militaires de la Marina mexicaine survolent à basse altitude les hôtels et les axes menant à l’aéroport, dans une logique de surveillance des foyers d’incendie, de collecte de renseignement et de présence dissuasive. Les autorités mexicaines ont annoncé le déploiement de 2 500 agents supplémentaires au Jalisco.
Les vols ont été annulés par plusieurs compagnies (Air Canada, WestJet, Porter, Delta, United), les services de taxi et d’Uber ont été suspendus à Puerto Vallarta et l’aéroport a fermé temporairement. Des hôtels ont signalé des tensions d’approvisionnement pour les touristes confinés, tout en annulant les frais de modification et en prolongeant les séjours des clients bloqués.
« Guerre civile » : une comparaison inexacte
Il ne s’agit pas d’une guerre civile au sens strict. L’affrontement oppose l’État mexicain à des organisations criminelles transnationales qui n’ont aucun objectif de renverser le gouvernement ; leur logique est de défendre des territoires et des routes de trafic. L’ampleur des attaques, leur coordination nationale et l’usage d’armes lourdes et de véhicules blindés rappellent néanmoins, par certains aspects, un conflit armé interne.
Après « El Mencho » : fragmentation et enjeux géopolitiques
El Mencho dirigeait le CJNG sans successeur désigné. Son fils, Rubén Oseguera González (« El Menchito »), est emprisonné aux États-Unis. Sans héritier clair, le cartel pourrait se fragmenter en factions rivales se disputant les couloirs de trafic vers les États-Unis. Les cartels concurrents — dont les Carteles Unidos au Michoacán et le Cartel de Santa Rosa de Lima au Guanajuato — pourraient tenter de récupérer des territoires. Une hausse des crimes contre les civils (enlèvements, extorsion, vols) est également anticipée à mesure que les factions cherchent de nouvelles sources de revenus.
À Mexico, la présidente Claudia Sheinbaum a affirmé que 90 % des barrages avaient été levés dès le dimanche soir. Les écoles et administrations restaient néanmoins fermées lundi dans les États les plus touchés (Jalisco, Michoacán, Guanajuato, Colima, Tamaulipas), tandis que Washington indiquait un retour progressif à la normale dans les États de Quintana Roo, Sinaloa et Tamaulipas.
Sur le plan géopolitique, Donald Trump avait menacé d’une intervention militaire directe au Mexique contre les cartels, et la Maison-Blanche a confirmé avoir transmis un dossier de ciblage via une task force interagences spécialisée. Paradoxalement, l’ampleur du chaos déclenché par les représailles du CJNG risque de renforcer l’argument en faveur d’une action américaine directe — précisément ce que Mexico cherchait à éviter.


