Les élections municipales françaises vont avoir lieu les 15 et 22 mars prochain. À Paris, les socialistes sont au pouvoir depuis 2001. Mais, le bilan de la mairesse sortante Anne Hidalgo est très mitigé. Sa gouvernance fut centrée sur l’écologisme et la lutte à l’auto. Elle quitte le pouvoir avec une cote de popularité en baisse. Cela pourrait nuire au PS lors des élections actuelles. Je me suis entretenu avec un observateur de la scène politique française Ghislain Benhessa.
Entretien
Simon Leduc : Est-ce que la mairesse sortante Anne Hidalgo (2014 à 2026) a mis en place une politique socialiste et verte comme son homologue montréalaise Valérie Plante?
Ghislain Benhessa : « Auparavant, Mme Hidalgo était la première adjointe de l’ancien maire de Paris Bertrand Delanoë. Ce dernier était le maire socialiste de la métropole française de 2001 à 2014. Celui-ci avait fait un virage vers la piétonnisation de Paris. Il a mis en place une politique qui s’intitule « la mobilité douce » (comme une ville en 15 minutes). C’est-à-dire la volonté de créer des écoquartiers sans voitures.
Ce dernier voulait que Paris devienne une cité de vélos. Cette métropole est devenue de moins et moins praticable pour les automobilistes. Paris a basculé dans la religion verte ou les normes environnementales notables ont été implantées partout. Anne Hidalgo a poursuivi le mode de gouvernance de son prédécesseur. Paris est une ville excessivement dispendieuse. Depuis des années, le prix des logements a augmenté de façon considérable en sol parisien. Également, cette cité est devenue excessivement piétonne.
De plus, les trottinettes électriques ont fait leur apparition à Paris et elles ont pris une place invraisemblable dans le paysage urbain. C’est très difficile de faire cohabiter les piétons, les cyclistes, les trottinettes et les voitures à l’intérieur de Paris.
Sous la gouverne des socialistes, la saleté fut très présente à Paris. Il y a clairement un déficit en matière d’hygiène publique. Le service de ramassage des ordures laisse à désirer.
Également, l’insécurité s’est considérablement accrue sous le règne de Mme Hidalgo. Les taxes locales ont augmenté durant son mandat, mais les services régaliens de la ville se sont détériorés.
Donc, Mme Hidalgo n’a pas un bon bilan en matière de gestion des services publics municipaux. Sa gouvernance a été similaire que celle de l’ancienne mairesse de Montréal, Valérie Plante.
La cote de popularité de Mme Hidalgo était très basse à la fin de son mandat. Cette dernière fut la candidate socialiste lors des présidentielles de 2022. Elle a obtenu un score catastrophique (1,5 % au premier tour). Alors, son bilan comme mairesse de Paris l’a rendu très impopulaire auprès des Français. »
Il y a une chaude lutte entre le candidat socialiste et la candidate des républicains. Est-ce que la candidate de droite profite du bilan controversé du PS?
Ghislain Benhessa : « Dans le passé, Paris était une ville de droite. L’ancien président de la République Jacques Chirac a été maire de cette ville de 1977 à 1995. À la fin des années 90, Jean Tiberi a succédé à M.Chirac comme magistrat de Paris. Lors des élections de 2001, le socialiste Bertrand Delanoë a mis fin au long règne gaulliste en battant Philippe Séguin.
Le PS règne en maître à Paris depuis maintenant 26 ans. Aujourd’hui, le candidat du PS Emmanuel Grégoire doit défendre le bilan mitigé de Mme Hidalgo et cela pourrait bénéficier à la candidate de droite Rachida Dati. Paris demeure une ville de gauche, mais elle pourrait basculer à droite en mars 2026. M. Dati fait une très bonne campagne sur le terrain. Elle est la ministre de la Culture du gouvernement centriste de Sébastien Lecornu. Elle a été ministre dans tous les gouvernements depuis la dissolution de 2024. Alors, elle est très appréciée par le centre et la droite. Mme Dati s’est toujours identifiée comme une élue de la droite classique française. C’est une modérée qui a tendu la main à la Macronie. Elle peut compter sur le soutien des républicains et du parti du président de la République. C’est pour cela que la bourgeoisie riche est séduite par sa candidature. Elle a aussi une notoriété nationale, car elle est ministre dans le Cabinet Lecornu. Donc, c’est une figure politique nationale, elle est connue dans tout le pays et c’est un atout pour elle.
Emmanuel Grégoire (c’est le dauphin de Mme Hidalgo) obtient de bons scores dans les quartiers pauvres de Paris. Mais, le bilan de Mme Hidalgo pourrait nuire à sa campagne. Si la candidate des LFI Sophia Chirikou passe au deuxième tour, la division au sein de la gauche risquerait de contribuer à la victoire de Rachida Dati au deuxième tour. Il faut savoir que Mme Chirikou est très hostile au Parti socialiste. Alors, la droite classique française a de bonnes chances de mettre fin à 26 ans de règne socialiste.
D’autre part, la sécurité est l’enjeu principal de cette élection municipale et cela serait susceptible de favoriser la candidate des républicains. Certains endroits de la ville ne sont pas sécuritaires et cela préoccupe les Parisiens. »
Y a-t-il une division entre les élites urbaines et les régions sur le plan politique en France?
Ghislain Benhessa : « Il y a un fossé idéologique qui sépare les ruraux et les citadins. À Paris et les environs, le Parti socialiste règne en maître dans les quartiers élitistes de la gauche caviar et écologistes. Tandis que les républicains ont une base électorale dans les secteurs de la riche bourgeoisie. Tandis que le Rassemblement national est très marginal dans la métropole. Le Parti de Marine Le Pen performe très bien dans les zones rurales ou les classes populaires sont majoritaires. Le RN est le premier parti de France au niveau national, mais est un parti fantôme à Paris. De plus, le PS et les républicains sont à l’agonie au niveau national, mais demeurent bien implantés au niveau local. On observe une déchirure entre les élites citadines et le peuple français des régions et ce phénomène ne risque pas de disparaître de sitôt. »

