La hausse du prix des aliments devrait demeurer un enjeu important pour les ménages canadiens au cours de la prochaine année. Selon une analyse récente du Mouvement Desjardins, l’inflation alimentaire devrait rester élevée à court terme. Une accalmie pourrait toutefois se dessiner vers la fin de 2026.
Dans une note économique publiée le 5 mars dernier, l’économiste LJ Valencia de Desjardins, rappelle que la flambée des prix alimentaires observée depuis la crise covidienne s’inscrit dans une tendance exceptionnelle. « Après la pandémie, la croissance des prix des aliments s’est accélérée à un rythme jamais vu depuis le début des années 1980. Et plus récemment, elle est devenue plus importante au Canada qu’au sud de la frontière », dit-il.
Même si l’inflation globale est demeurée relativement stable ces dernières années, oscillant autour de la cible de 2 % de la Banque du Canada, les prix des aliments ont quant à eux continué de grimper à un rythme plus soutenu. Cette tendance s’est même accentuée en 2025, après une brève période de ralentissement.
Dépendance aux importations
Selon le document, plusieurs facteurs contribuent à cette pression persistante sur les prix alimentaires. Les perturbations des chaînes d’approvisionnement mondiales, la hausse du coût des intrants, les pénuries de main-d’œuvre et les événements météorologiques extrêmes figurent parmi les éléments ayant concouru à la hausse des coûts. À cela s’ajoute la forte dépendance du Canada aux importations alimentaires, particulièrement pour les produits frais durant la saison hivernale. Cette dépendance rend donc le pays plus vulnérable aux fluctuations des prix internationaux, aux variations du taux de change ainsi qu’aux perturbations logistiques dans les réseaux de transport et d’approvisionnement. « En tant que petite économie ouverte, le Canada a très peu d’influence sur le prix des biens qu’il importe », précise LJ Valencia.
Changement des habitudes de consommation
Les habitudes de consommation selon le document ont aussi évolué. Les données montrent que les ménages consacrent désormais une part plus importante de leur budget à l’alimentation. En 2025, les aliments représentaient environ 16,9 % du panier de l’indice des prix à la consommation (IPC), un niveau qui n’avait pas été observé depuis plus d’une décennie.
Les Canadiens dépensent également davantage dans les restaurants. Or, les prix des repas au restaurant ont augmenté à un rythme plus rapide que ceux des aliments achetés en magasin, ce qui contribue à maintenir une pression sur l’inflation alimentaire globale. « Ce changement de comportement, marqué par un désengagement pour les repas à la maison au profit des repas au restaurant, explique en partie la pression soutenue sur l’inflation de l’IPC des aliments depuis la pandémie », explique LJ Valencia.
Prévisions
Selon les prévisions de Desjardins, les prix des aliments devraient continuer de croître à court terme, notamment en raison de la hausse des prix à l’importation et des coûts toujours élevés dans la chaîne d’approvisionnement. Les tensions commerciales et certaines politiques fiscales récentes pourraient aussi exercer une pression supplémentaire sur les prix. « Nous prévoyons toutefois que l’inflation alimentaire ralentira pour s’établir autour de 2 % en variation annuelle d’ici le milieu ou la fin de 2026 », déclare LJ Valencia.
Malgré tout, l’inflation alimentaire ne devrait contribuer que modestement à l’inflation globale. Desjardins indique que la hausse des prix des aliments ajoutera environ 0,5 point de pourcentage à l’inflation totale en 2026 et 0,4 point en 2027. D’autres facteurs, notamment les coûts liés au logement, devraient jouer un rôle plus important dans l’évolution générale des prix.
Impact disproportionné et solutions
La hausse du prix des aliments a toutefois un impact disproportionné sur les ménages les plus vulnérables. Les données les plus récentes indiquent qu’environ un ménage sur cinq au Canada vit dans une situation d’insécurité alimentaire modérée ou grave, une proportion en hausse depuis la crise covidienne.
À plus long terme, Desjardins estime que des mesures structurelles seront nécessaires pour l’obtention d’aliments à prix raisonnable. « Les mesures des politiques gouvernementales peuvent aider, mais il faudra plus que des versements directs aux ménages vulnérables pour améliorer l’abordabilité des aliments. Intensifier la concurrence, renforcer la résilience des chaînes d’approvisionnement et améliorer l’autosuffisance du Canada contribueraient grandement à réduire la croissance et la volatilité des coûts alimentaires au pays », conclut LJ Valencia.

