Le premier ministre Mark Carney a annoncé mardi la suspension temporaire de la taxe d’accise fédérale sur les carburants, une mesure d’une valeur estimée à 2,4 milliards de dollars qui entrera en vigueur le 20 avril prochain et prendra fin le premier lundi de septembre 2026.
L’annonce, faite en compagnie de la ministre des Finances et du ministre des Ressources naturelles, survient au lendemain de trois élections partielles remportées par les libéraux fédéraux dans les circonscriptions de Terrebonne, Université— Rosedale et Scarborough—Sud-Ouest, permettant au gouvernement Carney de consolider sa majorité parlementaire.
Ce que la mesure prévoit concrètement
La suspension de la taxe d’accise se traduit par une réduction pouvant atteindre 10 cents le litre à la pompe pour l’essence ordinaire, et 4 cents le litre pour le carburant diesel. La mesure s’étend également aux carburants d’aviation, ce qui touchera directement le prix des vols intérieurs au pays.
Combinée à l’abolition de la taxe sur le carbone annoncée précédemment par le gouvernement libéral, Ottawa affirme que l’ensemble de ses interventions aura réduit le prix de l’essence à la pompe de jusqu’à 28 cents le litre depuis l’entrée en fonctions du gouvernement Carney.
La fenêtre choisie — du 20 avril au premier lundi de septembre — correspond à la haute saison estivale, période durant laquelle les déplacements en voiture et en avion sont nettement plus élevés qu’en hiver. « C’est une période évidente où les Canadiens voyagent un peu plus », a fait valoir le premier ministre en conférence de presse.
La guerre en Iran, justification avancée
Mark Carney a expressément invoqué le conflit militaire opposant l’Iran à des forces extérieures pour expliquer la hausse des prix du carburant à l’échelle mondiale. « Nous savons tous que, en raison de la guerre avec l’Iran, le prix du carburant a augmenté brusquement partout dans le monde, y compris ici même au Canada », a-t-il déclaré.
Le premier ministre a présenté la mesure comme un « pont » destiné à atténuer des pressions à court terme sur le pouvoir d’achat des ménages, dans l’attente que la situation au Moyen-Orient se stabilise et que des réformes structurelles plus larges produisent leurs effets sur l’économie canadienne.
Un coût de 2,4 milliards de dollars assumé
Interrogée sur le coût de la mesure, la ministre des Finances a confirmé en séance qu’il s’élevait à environ 2,4 milliards de dollars. Le premier ministre a précisé que ce montant correspond approximativement aux recettes supplémentaires que le gouvernement fédéral anticipe en raison de la hausse des prix de l’énergie, présentant la suspension comme un « retour aux Canadiens » de revenus fiscaux exceptionnels plutôt que comme une dépense nette.
« Nous ne disons pas simplement : éliminons toutes les taxes sur l’essence et dépensons 9 milliards de dollars comme si nous n’étions pas au gouvernement, a illustré M. Carney. Quand on est au gouvernement, on doit choisir, on doit équilibrer. »
Cette logique de neutralité budgétaire mérite toutefois un regard attentif : l’hypothèse selon laquelle les recettes supplémentaires générées par la hausse des prix compenseront exactement le coût de la suspension repose sur des projections de prix qui demeurent, par définition, incertaines. Si les cours du pétrole devaient reculer avant la fin du mois d’août, l’équation fiscale pourrait ne pas se réaliser comme prévu.
La question de la transmission aux consommateurs
Une journaliste a demandé au premier ministre quelles garanties le gouvernement avait obtenues pour s’assurer que la baisse de taxe se répercute effectivement à la pompe.
La réponse de M. Carney a été explicite : « Nous n’avons aucune garantie. » Il a néanmoins invoqué l’expérience de l’abolition de la taxe sur le carbone, affirmant que « tout l’argent a été transféré aux consommateurs canadiens » à cette occasion, ajoutant que son gouvernement « suivra de près la performance des compagnies ».
Dans un marché où les prix à la pompe sont publics, affichés et comparables d’une station à l’autre, la concurrence entre détaillants constitue le principal mécanisme de transmission d’un allègement fiscal vers le consommateur. C’est d’ailleurs ce que suggère le précédent de la taxe sur le carbone cité par le premier ministre. La transparence des prix demeure, en ce sens, la meilleure protection des automobilistes canadiens.
Ce que la fin de la suspension signifiera pour les Canadiens
À la question de savoir ce qu’il adviendrait si les prix de l’essence demeuraient élevés à l’automne, après l’expiration de la mesure, M. Carney a répondu sans ambiguïté : « Nous ne sommes pas coincés. Nous aurons le temps de faire d’autres choses, d’autres initiatives, pour faire croître et améliorer la situation économique des Canadiens. C’est une mesure absolument temporaire. »
Ce qui est certain, c’est que les contribuables et les automobilistes vivront concrètement, entre le 20 avril et le premier lundi de septembre, avec 10 cents de moins par litre à la pompe. Cette expérience rendra d’autant plus visible le poids réel de la taxe d’accise fédérale dans le prix final de l’essence — un fardeau fiscal qui existait avant la suspension et qui, selon l’échéancier annoncé, existera à nouveau après. Pour les ménages qui dépendent de leur véhicule pour travailler ou se déplacer en région, comme c’est le cas de millions de Québécois et de Canadiens hors des grands centres urbains, cet allègement, même temporaire, représente une économie tangible et mesurable sur le budget familial.
Les provinces ne sont pas visées
Le premier ministre a tenu à clarifier que la mesure ne concerne que la portion fédérale de la taxe d’accise sur les carburants. Les provinces maintiennent leurs propres taxes sur l’essence — dont la moyenne nationale s’établit à environ 13 cents le litre — et il appartient à chacune d’elles de décider si elles souhaitent emboîter le pas à Ottawa. M. Carney n’a formulé aucune pression formelle à leur endroit.
Mise en œuvre législative
Sur le plan parlementaire, la mesure devra passer par une motion de voies et moyens déposée à la Chambre des communes par la ministre des Finances. Le premier ministre a indiqué que c’est la première priorité législative de son gouvernement nouvellement majoritaire. Une mise à jour économique de printemps est également prévue dans les prochaines semaines, qui précisera les contours budgétaires de l’ensemble du plan économique du gouvernement.

