Mercredi, mars 25, 2026

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Masculinité : Entre le ressentiment des « gurus » et la force tranquille du sensei

Ce texte est écrit en collaboration avec mon ami Samuel Rasmussen

Il y a des mots qui apparaissent pour décrire le réel. Et d’autres qui apparaissent pour le déformer. Le « masculinisme » fait un peu les deux. On nous en parle comme si c’était le nouveau mal du siècle, héritage d’une société patriarcale dépassée.

Pourtant, je suis assez vieux pour me rappeler que ce terme sonne le réchauffé : l’attribution d’un nouveau mot à un concept qui n’est pas nouveau.

Lorsque j’étais adolescent au début des années 2000, ils étaient appelés les douchebags et ils étaient à leur apogée dans l’émission Jersey Shore. Ces hommes superficiels aux muscles saillants et à l’application douteuse de crème autobronzante faisaient plutôt office de rigolades généralisées que de gourous des temps modernes.

J’en ai déjà parlé dans un précédent texte sur la solitude. On nous présente la masculinité comme étant naturellement toxique, dans une caricature des plus totales. Alors que, dans les faits, notre société souffre grandement d’un manque de masculinité.

Le masculinisme ou le ressentiment en chest-bras

Le masculinisme n’est pas le retour de l’homme fort. C’est souvent le symptôme bruyant d’un homme affaibli.

Il faut appeler les choses par leur nom. Ce qu’on voit là-dedans, ce n’est pas la virilité classique, stoïque, ce n’est pas la force tranquille, ce n’est pas la maîtrise de soi. C’est bien souvent du ressentiment qui s’est mis à faire des push-ups. Une douleur narcissique mal digérée. Une frustration existentielle à laquelle on a donné des biceps, un micro, un podcast douteux et deux ou trois citations mal comprises sur la hiérarchie naturelle.

Lorsque l’être n’arrive plus à s’élever, il se venge en rabaissant. Il rebaptise sa faiblesse en lucidité, sa rancœur en révolte, son impuissance en discours de domination. Le soi-disant masculiniste n’est donc pas un homme trop viril. C’est souvent un homme qui n’habite plus sa propre force et qui compense par la posture. Il s’enferme dans ce qui s’apparente à une sorte de triangle de Karpman, où il se pose à la fois en victime et en sauveur, tout en construisant une figure d’oppresseur, souvent projetée sur ce qu’ils perçoivent comme la féminité.

Il y a là quelque chose de presque clinique.

Un homme qui est réellement solide n’a pas besoin de rappeler toutes les cinq minutes qu’il est un mâle alpha. Il n’a pas besoin de surjouer sa dureté, ni de s’inventer des ennemis métaphysiques pour donner un sens à sa confusion intérieure. Il n’éprouve pas ce besoin adolescent d’humilier, de contrôler, de tester sans cesse sa puissance sur les plus vulnérables que lui. Ça, ce n’est pas la force. C’est l’angoisse de castration psychique maquillée en doctrine.

Et c’est là toute l’ironie : plusieurs de ceux qui prétendent restaurer la masculinité en sont en fait l’une des formes les plus pathétiques de dégradation.

Car la masculinité authentique ne hurle pas. Elle tient. Elle encaisse. Elle protège. Elle crée de l’ordre en elle-même avant de prétendre en créer autour d’elle. Elle n’a pas besoin de jouer au prédateur de studio pour exister. Elle n’est pas dans l’obsession de dominer, mais dans la capacité de se dominer.

L’homme fort ne cherche pas une femme à soumettre, un faible à écraser ou un public à impressionner. Il cherche une forme de rectitude. Une colonne intérieure. Une discipline qui le rend capable de présence, de courage, de retenue et, lorsque nécessaire, de violence juste — pas de violence théâtrale, pas de violence de bum, mais de cette violence qu’on appelle promptitude qui protège plutôt qu’elle ne compense.

Moins de gourous, plus de sensei

Je crois sincèrement que notre société et nos jeunes hommes — et même nos jeunes femmes — n’ont pas besoin de gourous à la Andrew Tate. Notre société occidentale a besoin de plus de sensei, comme l’ami Pascal Déry.

Un sensei, c’est l’amour viril à son paroxysme. Un bon sensei ne fait pas que t’apprendre une séquence de mouvements que l’on appelle kata.

Non.

Il t’apprend la discipline, la rigueur, la force, mais aussi le contrôle, l’équilibre, le respect, l’amour des choses simples.

Mais pour ce faire, il ne te prendra pas nécessairement par la main. Il va te faire travailler dur. Parfois, il va profiter d’un excès d’ego de l’élève pour lui apprendre l’humilité, dans un combat, en utilisant une erreur commise par celui-ci.

Le bon sensei saura reconnaître lorsque tu es déconcentré par le monde extérieur, discerner le moment opportun pour faire preuve de vulnérabilité, s’ouvrir à son élève, lui transmettre un apprentissage de vie et, finalement, reconnaître un moment où il doit user de violence juste, de tough love ou de promptitude si vous préférez, pour provoquer une réaction chez l’élève.

Le sensei est un spécialiste de la relation d’aide qui ne le sait pas. Il ne t’endoctrine pas, il t’éduque. Là où les gourous cherchent à contrôler, le sensei guide, il ne dirige pas.

La promotion de l’activité physique et la masculinité

Une partie importante de ce que certains appellent la « manosphère » repose sur l’entraînement physique en salle.

Petite anecdote personnelle : lorsque j’étais célibataire, il y a plusieurs années, je devais absolument occulter le fait que je m’entraînais parfois avec un de mes amis pour se motiver mutuellement à dépasser nos limites. Eh oui, je me faisais taxer de masculinité toxique.

Pourtant, la promotion de l’activité physique n’est pas propre à la manosphère.

Il existe une panoplie d’instructeurs, d’influenceurs et de penseurs qui ont fait la promotion de l’activité physique au fil du temps. Les grands philosophes grecs Socrate et Platon considéraient que l’activité physique était indissociable du développement intellectuel. Aristote, de son côté, enseignait en marchant avec ses disciples.

On a ici, au Québec, plusieurs promoteurs de l’activité physique saine qui sont tout sauf des douchebags. On n’a qu’à penser à GSP ou à une figure qui mérite d’être connue : Sensei Pascal, propriétaire et fondateur du gym Kompra Bootcamp à Sainte-Julie (anciennement Spartan Fit).

À son centre, il fait la promotion du développement de soi par la physicalité. L’enseignement technique et l’encadrement des membres sont essentiels à leur motivation et leur saine progression. Il utilise, entre autres, des parcours d’obstacles pour transmettre l’apprentissage.

Parce que le jeu est sain à tout âge.

Il montre qu’on n’a pas besoin d’avoir une musculature digne d’Apollon pour être en forme et être masculin.

Redonnons ses lettres de noblesse à la masculinité

Le drame moderne, c’est qu’on a laissé s’installer une double imposture : d’un côté, on diabolise toute virilité en la réduisant à la brutalité ; de l’autre, on laisse des clowns du ressentiment se présenter comme les derniers défenseurs du masculin. Entre l’homme domestiqué jusqu’à l’effacement et le fanfaron blessé qui confond autorité et crise de nerfs, on oublie la figure la plus importante : l’homme capable.

Capable de se tenir debout sans spectacle.
Capable d’aimer sans ramper.
Capable de transmettre sans écraser.
Capable d’imposer une limite sans perdre son âme.

Bref, un homme qui n’a pas besoin d’être un tyran pour ne pas être un enfant.

Nos fils et nos filles n’ont pas besoin d’hommes parfaits. Ils ont besoin d’hommes présents. D’hommes capables de les laisser prendre des risques, d’exercer leur jugement, de s’aventurer un peu trop loin… tout en sachant qu’il existe, derrière eux, quelque chose de solide. Une présence. Un repère.

Une épaule sur laquelle s’appuyer — non pas pour éviter la chute, mais pour apprendre à se relever après celle-ci.

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Francis Hamelin
Francis Hamelin
Francis Hamelin, #MakeThePLQLiberalAgain, est membre des Trois Afueras et écrivain amateur. Technicien en génie mécanique et industriel, il s'intéresse particulièrement aux politiques publiques, l'économie et à la productivité des entreprises et des individus.

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