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Programme de rachat des armes à feu : Ottawa ne dispose d’aucune analyse sur son effet sur la criminalité

Sécurité publique Canada ne possède aucun document interne démontrant que son programme de rachat et d’interdiction des armes à feu de style arme d’assaut (sic) contribue à réduire la criminalité ou à améliorer la sécurité publique. C’est ce que révèle une demande d’accès à l’information déposée par la Fédération canadienne des contribuables (FCC), dont la réponse officielle a été obtenue et rendue publique le 12 mai 2026.

La FCC avait demandé au ministère de lui fournir « toute analyse produite concernant l’efficacité du programme de compensation des armes à feu de type arme d’assaut et ses effets sur les taux de criminalité et la sécurité publique », en couvrant la période du 1er janvier 2024 au 26 septembre 2025. Le ministère a répondu, après « une recherche approfondie », qu’« aucun document correspondant à votre demande n’existe au sein de Sécurité publique Canada ». Cette absence de documentation soulève une question de fond : le gouvernement fédéral justifie le programme en affirmant qu’il vise à « rendre les Canadiens plus en sécurité », mais aucune analyse interne ne documente cet objectif ni les moyens de l’évaluer.

Des coûts en hausse constante

À ce manque de données s’ajoutent des dépenses considérables. Le budget 2025 prévoit au moins 742 millions de dollars pour la mise en œuvre du programme, mais les frais administratifs avaient déjà atteint 51,6 millions de dollars entre 2021 et 2023, avant même que la moindre arme ne soit collectée — selon une question inscrite au Feuilleton par le député conservateur Larry Brock. Pour la seule année 2025, les crédits ont grimpé à 493,8 millions de dollars après plusieurs augmentations successives. L’Institut Fraser estime que le coût total pour les contribuables pourrait ultimement atteindre 6 milliards de dollars.

La phase commerciale du programme, terminée en avril 2025, illustre concrètement l’ampleur de la facture : environ 12 000 armes à feu ont été collectées auprès d’entreprises pour un coût dépassant 22 millions de dollars, soit plus de 24 000 dollars par arme récupérée, selon une analyse du National Post.

Une résistance généralisée des corps policiers

Malgré les objectifs affichés, des dizaines de services de police canadiens ont refusé de participer au programme, invoquant son inefficacité présumée. Le Service de police d’Ottawa a officialisé son refus en mars 2026, rejoint par la Police provinciale de l’Ontario et plusieurs corps policiers du Nouveau-Brunswick. « Ce programme ne permettra pas d’éliminer les armes de rue utilisées par les criminels », avait déclaré le ministre de la Justice de la Saskatchewan, Tim McLeod. Clayton Campbell, président de la Toronto Police Association, avait formulé un jugement similaire : « Le programme de rachat des armes à feu n’aura essentiellement aucun impact sur la criminalité à Toronto. »

Sur le plan politique, tous les gouvernements provinciaux, à l’exception du Québec et de la Colombie-Britannique, ont refusé de collaborer à la mise en œuvre du programme.

Ce que disent — et ne disent pas — les statistiques

Les données de Statistique Canada révèlent une baisse des crimes commis à l’aide d’une arme à feu en 2024 : les services de police ont déclaré 14 488 incidents violents de ce type, soit près de 200 de moins qu’en 2023, le taux passant de 37,6 à 36,0 affaires pour 100 000 habitants — la plus forte diminution en plus de dix ans. Mais ces chiffres, examinés de plus près, interrogent directement la logique du programme plutôt qu’ils ne la confirment.

En 2024, environ la moitié (49 %) des crimes violents commis avec une arme à feu impliquaient une arme de poing — une catégorie déjà restreinte bien avant l’interdiction de 2020 et dont la possession légale à des fins civiles était très encadrée. Plus révélateur encore, la majorité (80 %) des auteurs présumés d’homicides commis à l’aide d’une arme à feu ne détenaient pas de permis de possession valide pour la classe d’arme utilisée, ce qui indique que l’arme était, dans la plupart des cas, illégale dès le départ.

Le programme de rachat cible pourtant les propriétaires légaux d’armes de style arme d’assaut (sic) — chasseurs et tireurs sportifs — qui ne sont, par définition, pas ceux qui alimentent la criminalité dans les rues. Par ailleurs, si le taux national de crimes commis à l’aide d’une arme à feu a reculé de 4,2 % en 2024, il demeure 44 % plus élevé qu’il y a dix ans, tandis que les saisies d’armes illégales à la frontière sont en hausse depuis 2020-2021, selon l’Agence des services frontaliers du Canada. À Toronto, le taux de crimes violents commis à l’aide d’une arme à feu a même atteint son plus haut niveau en 15 ans en 2024, à 44,8 affaires pour 100 000 habitants.

La FCC réclame l’abandon du programme

Devant ce tableau, la Fédération canadienne des contribuables demande au gouvernement fédéral d’abandonner le programme. « Si le gouvernement est incapable de prouver aux contribuables que ce programme améliorera réellement la sécurité publique, alors les contribuables ne devraient pas avoir à payer la facture », a déclaré Nicolas Gagnon, directeur Québec de la FCC. Le gouvernement Carney n’a pas, à ce jour, annoncé de changement de cap sur ce dossier.

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Maxym Perron-Tellier
Maxym Perron-Tellier
Maxym Perron-Tellier est journaliste pour PiluleRouge.ca. Passionné de politique depuis plus de dix ans, il s'est impliqué à plusieurs reprises sur la scène provinciale. Entrepreneur en informatique, il allie rigueur journalistique et regard critique sur l’actualité. Son approche analytique et son sens de l’humour apportent une perspective unique aux sujets qu’il couvre.

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