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Avant de dépenser davantage, comprenons l’itinérance

Il suffit de suivre l’actualité des trois derniers mois pour avoir l’impression que chaque nouvel article sur l’itinérance s’accompagne de sa propre solution : davantage de logements sociaux, davantage de refuges, davantage de services, davantage de financement.

Je vais être clair : je ne suis pas un expert de l’itinérance. Je ne prétends ni connaître la réalité quotidienne des personnes qui vivent dans la rue ni détenir la solution miracle. Je laisse volontiers aux chercheurs, aux intervenants, aux travailleurs sociaux, aux municipalités et aux organismes spécialisés le soin d’apporter leur expertise.

Mais justement, cette modestie devrait nous conduire à une conclusion simple : méfions-nous de ceux qui prétendent avoir une réponse unique à un problème aussi complexe, comme semblent le faire certains chroniqueurs dans nos médias ces derniers temps.

L’itinérance n’est pas un diagnostic unique

Une personne sans domicile ne se retrouve pas nécessairement dans cette situation pour les mêmes raisons qu’une autre.

Les réalités peuvent varier considérablement d’une ville à l’autre. Les facteurs peuvent inclure le coût et la disponibilité des logements, la pauvreté, l’isolement, les problèmes de santé mentale, les dépendances, les ruptures familiales ou encore les sorties d’institutions.

Alors, pourquoi présumer qu’une politique uniforme produira les mêmes résultats partout?

Avant de multiplier les plans d’action, il faudrait commencer par le commencement : établir le diagnostic.

Quelle est la cause principale de l’itinérance dans cette communauté? Quelle proportion des situations relève principalement d’un problème de logement? Quelle proportion implique une dépendance ou un problème de santé mentale? Combien de personnes se trouvent dans une situation temporaire? Combien vivent une itinérance chronique?

Et surtout : quelle intervention fonctionne pour chacun de ces groupes?

Le logement compte, mais il ne peut pas être la réponse à tout

Il serait absurde de nier l’importance du logement. Un logement abordable, sécuritaire et stable constitue évidemment une composante essentielle de la lutte contre l’itinérance.

Mais cela ne signifie pas que la construction de logements sociaux constitue automatiquement la réponse à toutes les situations.

Une personne qui a perdu son logement à la suite d’une perte de revenu ne présente pas nécessairement les mêmes besoins qu’une personne vivant depuis plusieurs années dans la rue avec de graves problèmes de dépendance ou de santé mentale.

Le bon programme dépend du problème que l’on cherche à résoudre.

C’est précisément pourquoi je suis préoccupé par la multiplication des propositions qui semblent partir de la solution avant même d’avoir établi un diagnostic précis.

L’argent public exige des résultats

L’argent consacré à l’itinérance appartient aux contribuables. Cela ne signifie pas qu’il ne faut pas investir. Cela signifie que chaque investissement devrait avoir un objectif mesurable.

Si nous finançons un programme, quel résultat attendons-nous?

Une sortie durable de la rue? Une stabilité résidentielle? Une réduction des hospitalisations? Une diminution des interventions policières? Une amélioration de la santé? Un retour vers l’autonomie?

Et si les résultats ne sont pas au rendez-vous, sommes-nous prêts à modifier le programme ou à réorienter les ressources?

Mais surtout, nous devons également accepter que certaines personnes puissent être réticentes à recevoir de l’aide.

La compassion ne devrait pas nous dispenser de mesurer les résultats. Elle devrait justement nous obliger à le faire.

Comprendre avant de multiplier les dépenses

Nous pouvons être profondément préoccupés par les personnes vivant dans la rue sans considérer que chaque nouvelle dépense constitue automatiquement une bonne politique publique.

Nous pouvons vouloir davantage de logements tout en nous demandant quelles autres interventions sont nécessaires.

Nous pouvons reconnaître la complexité des problèmes de santé mentale et de dépendance sans prétendre qu’ils expliquent toute l’itinérance.

Et surtout, nous pouvons accepter de dire : « Nous ne savons pas encore. »

Ce n’est pas une faiblesse. C’est le début d’une politique publique sérieuse.

Je ne prétends donc pas avoir la solution. Je demande simplement que nous posions les bonnes questions avant de dépenser davantage.

Avant chaque nouveau programme, établissons le problème. Identifions les causes. Définissons les résultats attendus. Puis, mesurons honnêtement ce qui fonctionne.

L’itinérance mérite de la compassion.

Mais elle mérite aussi quelque chose de trop souvent absent du débat : de la rigueur.

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