Le système de santé québécois coûte de plus en plus cher… sans livrer de meilleurs résultats.
Les délais s’allongent. L’accès demeure difficile. Et malgré tout, on continue d’injecter des milliards.
Chaque fois qu’on en parle, les mêmes réflexes reviennent :
« Vous voulez privatiser! »
« Au moins, ici, c’est gratuit. »
Si on posait plutôt la bonne question :
Et si on pouvait améliorer l’accès, sans renoncer à l’universalité ?
La solution : le bas de laine santé
Le principe est simple : redistribuer une partie du budget de la santé, à parts égales, entre tous les citoyens.
Le budget annuel de la santé au Québec est d’environ 62 milliards de dollars. Admettons que 52 milliards soient redistribués directement à la population et qu’on en laisse 10 au ministère :
52 milliards ÷ 8,9 millions = environ 5 500 $ par personne, par année.
Les montants utilisés servent à illustrer le fonctionnement du modèle et reposent sur les ordres de grandeur actuels du financement du système.
Le 5 500 $ serait déposé dans un compte dédié, accessible uniquement pour des dépenses liées à la santé. Chaque citoyen disposerait ainsi d’un bas de laine santé personnel pour couvrir ses soins de base courants. Besoin d’une consultation? On prend rendez-vous à la clinique de son choix, on paie avec l’argent accumulé dans le bas de laine et c’est réglé.
Tous les soins de base deviennent accessibles de cette façon :
cliniques sans rendez-vous, prises de sang, radiographies et ainsi de suite
La cerise sur le gâteau : l’argent déposé dans le bas de laine fructifie et génère un revenu que le citoyen peut encaisser chaque année, sans impôt.
Accéder aux soins devient simple, rapide et efficace. Le citoyen est ainsi encouragé à consommer de façon responsable, sans compromettre son accès.
On fait quoi avec les maladies graves ?
Un bas de laine ne peut pas couvrir un cancer ou une hospitalisation, c’est tout à fait normal. C’est pourquoi le modèle inclut un Bouclier santé : une assurance obligatoire qui couvre les événements graves. Comme pour l’assurance automobile, chacun contribue pour être protégé contre les situations exceptionnelles.
Les primes sont calibrées selon une approche actuarielle standard (fréquence × coût), à partir de données publiques canadiennes. Résultat : une protection complète, à un coût raisonnable.
On fait quoi si le bas de laine est vide ?
Le système prévoit un filet de sécurité.
D’une part, les 10 milliards restant du budget global de la santé demeure centralisé pour soutenir les situations exceptionnelles. D’autre part, le Fonds Héritage Santé sera alimenté par les soldes non utilisés au décès afin de soutenir le système et les citoyens.
Il se passerait quoi avec les hôpitaux?
Les hôpitaux conservent leur rôle essentiel dans le système de santé. Ce qui change, c’est la façon dont ils sont financés. Aujourd’hui, les établissements reçoivent leur budget directement du gouvernement, peu importe le volume ou la qualité des services offerts. Avec le modèle proposé, le financement suit le patient. Les hôpitaux sont rémunérés en fonction des soins réellement fournis.
Concrètement, le citoyen choisit où se faire traiter, et les établissements — publics ou privés — sont payés pour les services rendus.
Cela crée un incitatif simple : Offrir des soins accessibles, efficaces et de qualité devient une condition pour attirer les patients.
Pourquoi ça fonctionnerait mieux que maintenant ?
1- Les intérêts générés
Le modèle permet aux citoyens de retirer les intérêts générés par leur bas de laine. Plus le solde est élevé, plus les gains sont gros. Chaque dollar économisé devient un bénéfice concret. Il n’y a donc aucun avantage à accepter des coûts gonflés. Au contraire, le citoyen est incité à comparer, à choisir les services les plus efficaces et à consommer les soins de manière éclairée.
Résultat :
- les coûts se contrôlent
- la qualité s’améliore
- les décisions se prennent plus près du citoyen.
2- Le mode de financement
Aujourd’hui, le financement du système de santé est largement déconnecté du choix des patients. Un établissement reçoit son budget, qu’il soit efficace ou non, qu’il attire ou non les citoyens. Avec un bas de laine santé, cette logique change complètement. Chaque citoyen choisit où il se fait soigner et l’argent suit ce choix. Un hôpital ou une clinique qui offre un service rapide, humain et efficace attire naturellement plus de patients… donc plus de financement. À l’inverse, un établissement moins performant voit son volume diminuer. Cette dynamique introduit une forme de compétition saine entre les établissements. Non pas une course au profit, mais une pression réelle pour mieux servir. Pour la première fois, la performance ne serait plus mesurée uniquement à l’interne, mais validée directement par les citoyens eux-mêmes.
Résultat :
- les délais deviennent un enjeu concret
- l’expérience patient devient une priorité
- l’efficacité cesse d’être une option.
Les chiffres parlent
Scénario :
- Dépôt annuel : 5 500 $ (indexé 2 %)
- Dépenses en soins mineurs : 2 000 $/an
- Bouclier santé : 100 $/an
- Franchise : 3 000 $ une fois pour une jambe cassée
- Rendement : 2 %
Résultat :
- Total à 18 ans : 95 264 $
- Intérêts accumulés : 14 606 $
Même avec des dépenses annuelles et une protection complète contre les événements majeurs, le bas de laine permet une accumulation significative. L’argent des intérêts serait complètement libre d’impôts. Pour les 0 à 18 ans, les intérêts sont accumulés dans un REEE.
Conclusion
L’argent n’est pas le problème. Il est déjà là. Chaque année, des dizaines de milliards sont investis en santé. Pourtant, les résultats demeurent mitigés. Ce n’est pas une question de ressources, mais d’organisation.
Ce qui nous manque, ce sont des règles claires, des incitatifs alignés et un système qui responsabilise autant les citoyens que les prestataires.
Le défi n’est pas de dépenser davantage, c’est de structurer intelligemment ce qui existe déjà.

