Pendant que Trump menace de nous imposer des tarifs à 25% sur tout ce qui traverse la frontière, on continue de faire comme si notre sous-sol n’était qu’un vaste terrain de camping. L’industrie minière québécoise, c’est un peu comme le cousin éloigné qu’on invite aux partys de famille par obligation – on sait qu’il est là, mais on préfère ne pas trop en parler.
Pourtant, les chiffres publiés à la fin de l’année dernière par l’Association minière du Québec nous racontent une autre histoire. En 2022, le secteur minier a contribué pour 12 milliards au PIB québécois, générant plus de 51 000 emplois directs et indirects. C’est plus que l’agriculture (2,1% du PIB) et l’industrie forestière réunies. Pendant qu’on s’émerveille devant nos licornes technologiques, nos mineurs continuent de faire rouler l’économie des régions, sans tambour ni trompette.
L’Abitibi-Témiscamingue et la Côte-Nord ne font peut-être pas la une de La Presse tous les jours, mais elles sont le moteur économique qu’on tient pour acquis. Dans ces régions, l’industrie minière représente respectivement 29,4% et 35,4% du PIB régional. C’est comme si le tiers de leur économie fonctionnait sur des roches – et pas n’importe lesquelles.
L’Institut Fraser vient d’ailleurs de placer le Québec au 5e rang mondial et au 2e rang canadien des meilleures juridictions minières. Derrière ce classement se cache une réalité impressionnante: notre expertise est reconnue mondialement, nos normes environnementales sont parmi les plus strictes, et notre potentiel est encore largement inexploité. Moins de 15% de notre sous-sol a été exploré de façon approfondie.
Le plus fascinant dans tout ça? Ce ne sont pas que des mines qui extraient de l’or pour faire des bijoux. L’industrie s’est diversifiée vers les minéraux critiques et stratégiques, ces fameux MCS dont tout le monde parle, mais que personne ne veut voir extraire dans sa cour. Le lithium pour nos batteries, le graphite pour nos technologies vertes, le cuivre pour nos réseaux électriques – tout ça dort encore dans notre sous-sol pendant qu’on importe d’ailleurs.
Les redevances minières versées au gouvernement du Québec sont passées de 121 millions en 2014 à 562 millions en 2022 – imaginez ce qu’on pourrait faire si on développait vraiment notre potentiel. Certes, ce n’est pas le Klondike pour le gouvernement non plus puisque le gros de l’argent est dans la transformation des ressources, mais le point est là. Il y a du gros cash dans le sol, la possibilité d’une grappe sectorielle importante, mais les minières font ce qu’elles peuvent pour exploiter sans se faire écœurer et on perd collectivement toute la valeur ajoutée.
Prenez le cas du Nord québécois. On y trouve certains des plus grands gisements de fer au monde, sans parler des terres rares, du nickel, du cobalt. La Chine contrôle actuellement plus de 80% de la production mondiale de terres rares. Pendant ce temps, nous avons des gisements qui dorment, faute de vision et de courage politique. C’est comme avoir un coffre au trésor dans sa cour et préférer emprunter de l’argent au voisin.
Le Grand Nord est de plus en plus stratégique avec le dégel du passage du Nord-Ouest et la dynamique avec la Russie. Si on n’exploite pas nos ressources au Nord (avouons que ce n’est pas simple techniquement), d’autres seront tentés de le faire. On réagit comment si la Russie s’installe dans l’une des îles de l’archipel nordique du Canada pour exploiter le sol et qu’ils nous disent ‘’Enwoye, empêche moi, tu ne les exploites pas de toute façon’’?
Les fameux emplois payants
La qualité des emplois créés mérite aussi qu’on s’y attarde. Le salaire moyen dans l’industrie est deux fois plus élevé que le revenu d’emploi médian au Québec. Le nombre de femmes a augmenté de 57% depuis 2014, passant de 1 398 à 2 201. L’emploi autochtone a bondi de 77%, avec 456 travailleurs des Premières Nations. Ce sont des carrières qui permettent à des familles entières de s’établir en région, de faire vivre des communautés.
L’innovation ne s’arrête pas là. Le Québec compte 3 847 fournisseurs dans l’industrie minière, dont plusieurs sont devenus des leaders mondiaux dans leurs créneaux. Des entreprises comme Groupe MISA développent des solutions d’automatisation qui sont exportées partout dans le monde. Nos chercheurs travaillent sur des technologies de traitement plus propres, plus efficaces, qui pourraient révolutionner l’industrie.
Bien sûr, on me dira : « Oui, mais l’environnement! » Et on aura raison – jusqu’à un certain point. L’industrie minière de 2024 n’est plus celle des années 1950. Les mines modernes sont des merveilles technologiques qui ressemblent plus à des centres de contrôle high-tech qu’aux tunnels sombres d’autrefois. L’automatisation, la robotisation et l’intelligence artificielle ont transformé le secteur. Des drones surveillent l’impact environnemental en temps réel pendant que des opérateurs contrôlent des équipements à distance dans des salles climatisées.
Les garanties financières exigées pour la restauration des sites sont passées de quelques millions à plusieurs centaines de millions par projet. Le temps des mines abandonnées est révolu. Prenez le projet Mines Gaspé d’Osisko – le gouvernement vient d’annoncer un projet pilote pour maximiser les retombées économiques locales et assurer une meilleure acceptabilité sociale. On est loin du « creuse d’abord, on verra ensuite » d’antan.
Notre place dans le monde
La géopolitique nous rattrape. Les tensions avec la Chine, les menaces de Trump, la transition énergétique – tout pointe vers un besoin crucial de sécuriser nos approvisionnements en minéraux critiques. Le Québec pourrait devenir un fournisseur stratégique pour tout l’Occident, renforçant du même coup notre position internationale.
La filière batterie en est le parfait exemple. Nous avons le lithium, le graphite, le nickel, le cobalt – tous les ingrédients nécessaires. Nous avons l’électricité propre pour les transformer. Nous avons l’expertise technique. Ce qui nous manque? La volonté politique d’aller au bout de nos ambitions. On préfère exporter nos minéraux bruts et importer des batteries finies, comme si on était encore une colonie.
Notre rapport à l’industrie minière souffre d’une forme de schizophrénie collective. On veut des voitures électriques, mais pas de mines de lithium. On souhaite des téléphones intelligents, mais pas d’extraction de terres rares. On rêve d’éoliennes, mais pas d’exploitation de cuivre. Cette contradiction n’est plus tenable.
Pendant qu’on hésite, les États-Unis investissent massivement dans leur chaîne d’approvisionnement via l’Inflation Reduction Act. L’Europe cherche désespérément à diversifier ses sources d’approvisionnement. L’Australie et le Chili développent agressivement leurs ressources. Et nous? On organise des consultations sur des consultations.
Le Québec est littéralement assis sur une mine d’or. Notre sous-sol regorge des minéraux essentiels à l’économie de demain. Avec nos normes environnementales strictes, notre électricité propre et notre expertise, nous pourrions devenir un leader mondial de l’exploitation minière responsable. C’est un projet de société qui mérite mieux que nos hésitations actuelles.
Face aux défis qui nous attendent – dette publique, menaces commerciales, transition énergétique – nos ressources minérales pourraient bien être notre meilleur atout. Encore faut-il avoir le courage de les développer de façon responsable. Notre avenir économique et notre indépendance géopolitique en dépendent. La vraie question n’est plus de savoir si on doit exploiter nos ressources, mais comment le faire de façon profitable pour l’ensemble des Québécois ? C’est un débat qu’on ne peut plus se permettre d’éviter.
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David Chabot, professionnel des relations publiques et de la gestion politique, a d’abord été restaurateur avant de se réorienter vers la politique municipale, sa passion. Aujourd’hui Chef des communications et Directeur du bureau du président d’une grande entreprise immobilière, il collabore avec des décideurs politiques et économiques. Titulaire d’un baccalauréat en science politique, il complète une maîtrise en affaires publiques et un MBA en gestion immobilière à l’Université Laval. Pragmatique et stratège, il excelle en négociation, planification et influence.