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Une Garde nationale québécoise « pour faire son bout » 🔒

Une Garde nationale québécoise « pour faire son bout »

J’ai un bon chum, Laurent, qui habite en région. Vétéran, il est maintenant entrepreneur et gère plusieurs commerces avec brio. Le gars est brillant, courageux et entreprenant. La vie est bonne, malgré les embuches, et il travaille fort pour gagner son ciel. Ceux qui me connaissent vont connecter les points assez vites à propos de qui je parle.

Laurent, ou Larry, c’est aussi un gars qui a besoin que ça bouge. Que ce soit au volant de son bolide ou sur la sled, c’est toujours ‘’en cas de doute, gaz au boutte’’. Ce besoin d’adrénaline provient de son ADN, mais aussi de son expérience dans les Forces. Il a fait un tour en Afghanistan au volant d’un Leopard 2, a sauté sur un IED et a servi avec honneur et courage.

Depuis qu’il est sorti des Forces, l’esprit de corps lui manquait. Être dans le trouble avec des gars et des filles en qui tu peux avoir une confiance presque absolue, en vue d’atteindre une mission précise, c’est un feeling impossible à dupliquer. Ce bout-là de son ancienne vie le chicotait dans sa nouvelle vie de civil.

Depuis quelques années, Larry est pompier volontaire dans sa municipalité. De nuit, de jour, par beau temps ou quand il neige, la pagette sonne et il répond. Combien de fois a-t-il texté notre group chat en plein milieu de la nuit pendant qu’il intervenait sur un accident majeur sur la 20 ou pendant un feu de bâtiment industriel? Pour lui, c’est un trip, une dose d’adrénaline entre bros.

Laurent me fait réfléchir tout le temps, mais ce morceau-là de sa vie connecte particulièrement fort. Je vis à Boischatel, on a un service de pompier permanent et je ne peux pas être volontaire comme lui. Il me semble qu’un volet ‘’service public d’urgence’’ à temps partiel manque à ma vie. Je ne suis surement pas le seul.

L’idée d’une Garde nationale civile me travaille depuis des années. Je ne vous parle pas du modèle américain qui est collé sur l’armée, mais bien d’une force civile qui pourrait se mobiliser durant les catastrophes humaines ou naturelles. Suivez-moi, je vous explique ça.

« Ask not what your country can do for you – ask what you can do for your country. »

« Ne demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, mais bien ce que vous pouvez faire pour votre pays. »

John F. Kennedy

Ce n’est pas ce que le pays fait pour nous, mais ce qu’on fait pour lui. Okay, c’est une citation qui a drôlement vieilli avec la guerre du Vietnam qui a suivi, mais le fondement est bon pareil. Malgré la défragmentation de notre société, il y a un bout de truisme dans notre expérience sur la grosse boule comme humain. Aider les autres et faire la différence quand ça brasse restera toujours valorisant.

Chaque année, y’a quelque chose de majeur qui se passe au Québec et dans le reste du pays. Que ce soit d’immenses feux de forêt, des inondations parfois à des moments totalement aléatoires ou des chasses à l’homme en forêt pour un fuckall qui veut tuer ses deux filles, l’actualité ne manque pas d’opportunité d’agir. Le problème c’est qu’on se fit, comme toujours, aux ressources du gouvernement pour sauver la mise.

C’est logique jusqu’à un certain point. Tu n’envoies pas un commis comptable courir après un potentiel meurtrier, dans le milieu d’une forêt qu’il ne connait pas, en pleine nuit. Le pauvre Thomas en perdrait son fichier Excel à force de peur ou d’angoisse.

Pourtant, dans toutes les situations d’urgence, on retrouve toujours des civils, mal ou pas formés du tout, qui se présentent sur place pour donner un coup de main. N’importe quel coup de main, tant que ça compte.

Pourquoi ne pas canaliser cette énergie dans une force civile organisée qu’on déclencherait en temps de crise?

Pensons-y un peu. On peut commencer par une structure similaire à l’armée, avec des grades et tout ça. La nuance c’est qu’on organiserait la force selon les spécialisations recherchées et le commandement se ferait par les ‘’meilleurs’’ candidats. Le bataillon anti-feu sera géré par un pompier qui fait ça sur son temps personnel. Les inondations? On peut penser à un spécialiste en logistique qui serait commandant du détachement. Vous voyez le genre.

Cette force pourrait compter des dizaines de milliers de membres à travers la province pour géolocaliser l’expertise. On ne dira pas à un gars de La Pocatière comment gérer sa crise du verglas à partir de Montréal. Pour une fois, faisons confiance aux forces locales.

Ces volontaires pourraient s’entrainer en groupe à divers moments de l’année pour se maintenir à jour sur leurs compétences. Avec de petits ou de grands exercices, on développerait une base de capacité d’intervention qui serait là lorsque nécessaire. On peut varier le degré de spécialisation, de remplir des sacs de sable jusqu’aux soins d’urgence en milieu hostile. Le but, c’est de mettre de l’expertise dans la tête de civils québécois.

Les 364 autres jours de l’année, tout le monde a les pieds sur le pouf à écouter les reprises de Virginie.   

Pas une première mondiale

Des fois, faire comme les autres, ça le fait pareil.

En fouillant pour écrire ce texte-là, j’ai appris qu’en France, ils avaient mis en place la Réserve communale de sécurité civile. C’est exactement le même concept que ce que je vous parle, preuve que je ne suis pas idiot à temps plein quand même.  

Dans tous les cas, leur concept c’est de placer la force sous l’autorité du maire de la commune (l’équivalent de nos municipalités) qui les fait intervenir seulement dans les actions de sauvegarde et d’assistance à la population. On mentionne clairement que la Réserve ne doit pas se substituer aux services d’urgences nationaux.

Le Japon a eu son lot de catastrophes aussi avec la Deuxième Guerre mondiale, Fukushima, le tremblement de terre de Kobe (oui, les steaks) et Godzilla. Les pauvres ont l’expertise de la catastrophe et ils ont appris de tout ça.

Ils ont mis en place les jishubo, ou Organisations communautaires d’autodéfense contre les catastrophes pour Pierre-Karl. Dans leur cas de ce que j’en comprends, c’est beaucoup plus informel, une espèce de reconnaissance du devoir social de chaque citoyen envers sa communauté. C’est très cohérent avec leur vision de la vie en général d’ailleurs.

On peut même parler du modèle américain tant qu’à y être. Les 54 Gardes nationales des voisins du Sud sont contrôlées en théorie par le gouverneur de l’État ou du territoire. Les quelque 450 000 membres à l’échelle du pays se partagent un budget d’environ 60G$. C’est vraiment autre chose que ce que je parle, mais un volet de leur intervention est similaire.

Quand on active la Garde d’un État, c’est parfois pour des questions nationales comme une guerre mondiale ou la sécurité de la frontière (quand c’est Trump qui mène, du moins). Cependant, la vraie mission des Gardes nationales américaines, c’est la sécurité intérieure des États. On les active souvent pour lutter contre des catastrophes naturelles ou pour ramener l’ordre durant les débordements civils. Ce n’est jamais chic de voir des tanks et des M4 dans les rues d’une grande ville, mais ça a parfois son charme aussi.

Enfin bref, le modèle des gardes nationales n’est pas si fréquent, mais il existe pour une raison – mobiliser les simples citoyens dans la survie de leur communauté.

Pis au Québec?

Il y a un peu plus d’un an, j’ai été ravi de voir que le gouvernement du Québec, par l’entremise du ministre Bonnardel à la Sécurité publique, proposait quelque chose de semblable à ce que je vous écris. On parlait alors d’une ‘’réserve d’intervention d’urgence’’ en cas de catastrophe naturelle. J’étais enthousiaste, je sentais qu’on tenait quelque chose.

Un an plus tard, il n’y a à ma connaissance rien qui n’a bougé. Quelque chose qui pourrait être relativement simple s’est assurément enfargé dans les dédales administratifs du bon goût cubiculaire. Qui va payer? Comment on syndique les organisateurs? Mais où est donc Carnior?

Je prêche à des convertis en vous disant ça, mais je rêve au jour où on simplifiera ce type d’interventions contrôlées par le gouvernement.

Cela dit, et ce n’est pas un grand scoop, les rivières vont déborder au printemps prochain. Le feu va prendre en Abitibi parce qu’un gigolo a allumé ses tops avec ses botchs qu’il a laissé trainer. On va surement vivre une crise énergétique ou quelque chose de plus funky comme une cyberattaque russe dans les prochaines années.

Qu’est-ce qu’on va faire rendu là? Comme d’habitude, ma p’tite dame. On va attendre que le gouvernement débarque et organise les choses. On va nous parler des coupes budgétaires, d’un manque de ressources internes, d’une crise au sein de la Sécurité publique. On va finir par la gérer, la crise, mais ce sera long, coûteux et chiant.

Les assureurs vont se prononcer, poliment, pour dire que ça coûte cher quand on se questionne sur le sexe des anges pendant qu’on est obligé de laisser brûler Clova. On aurait une solution pour limiter les dommages, réduire les pertes humaines et matérielles, mais ça prendrait un peu d’énergie derrière le formulaire.

Je comprends, les besoins sont infinis, les ressources sont finies. On fait des déficits dans les 11 digits, ça va mal à la shop, ce n’est pas le temps de jouer à Sim Héro pour les bonnes grâces de Saint-Pierre.

Ben justement, c’est une erreur de penser ainsi. Comme un dodu (salut, c’est moi) qui repousse l’échéance du retour au gym ‘’quand il aura plus d’énergie’’, la santé du corps se dégrade lentement. Le jour ou monsieur-le-dodu aura à courir pour sauver sa peau, ben elle va y rester finalement.

C’est mieux de faire comme les Francis (salut, Frank!) qui s’entrainent comme des chèvres en montage pour se garder en shape. Collectivement, on a besoin de se garder en shape sur le plan de la sécurité civile et ça prend juste un peu de gaz. Ce ne sera pas gratuit, mais les milliers de civils le feront par plaisir et conviction. Okay, faudra surement acheter des tentes et 3-4 Coleman, mais ce n’est pas perdu.

En échange, on sauvera peut-être des vies, des milliards ou des quenouilles full rares en milieux inondables.

Quand même pas banal pour un club de Scout pour adulte, hein Pierre?  

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David Chabot
David Chabot
David Chabot, professionnel des relations publiques et de la gestion politique, a d’abord été restaurateur avant de se réorienter vers la politique municipale, sa passion. Aujourd’hui Chef des communications et Directeur du bureau du président d’une grande entreprise immobilière, il collabore avec des décideurs politiques et économiques. Titulaire d’un baccalauréat en science politique, il complète une maîtrise en affaires publiques et un MBA en gestion immobilière à l’Université Laval. Pragmatique et stratège, il excelle en négociation, planification et influence.

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