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CAQ et PQ : nous prennent-ils pour des idiots?

La bureaucratie québécoise semble soudainement être devenue l’ennemie de tout le monde. La campagne électorale n’a même pas une semaine que les conversions miraculeuses commencent déjà. D’un côté, le Parti Québécois découvre soudainement les vertus du ménage dans l’appareil public. De l’autre, la CAQ, après des années à grossir l’appareil de l’État, redécouvre tout à coup le privé en santé. Deux partis qui ont contribué, chacun à leur manière, à nourrir le gigantesque appareil étatique québécois veulent maintenant nous convaincre qu’ils viennent d’inventer l’efficacité gouvernementale.

Ce 31 août, Christine Fréchette a annoncé vouloir ouvrir la discussion sur la pratique mixte des médecins, c’est-à-dire permettre éventuellement à certains médecins de pratiquer à la fois au public et au privé. Elle propose également qu’après neuf mois d’attente, certaines chirurgies puissent être réalisées au privé aux frais de l’État, en plus de financer 100 000 examens d’imagerie supplémentaires par année dans des cliniques privées. Sur le fond, on peut très bien défendre ces mesures. Le problème, c’est qu’on nous les présente comme une soudaine rupture avec le passé alors que la CAQ promettait déjà essentiellement la même chose avant même son arrivée au pouvoir.

En 2018, François Legault promettait déjà de réduire la bureaucratie, le gaspillage et le nombre de postes administratifs dans l’État. La même année, son programme en santé proposait explicitement de « favoriser la pluralité des fournisseurs » en faisant appel au secteur privé, tout en maintenant la gratuité des soins. Huit ans plus tard, voici donc le fameux « vent de fraîcheur » Christine Fréchette : ressortir du chapeau des idées avec lesquelles François Legault est précisément arrivé au pouvoir.

Et si la CAQ souhaite réellement comprendre pourquoi ses grandes ambitions réformatrices se sont perdues quelque part dans les couloirs de l’État, parlez-en donc à Youri Chassin. C’est précisément lui que le gouvernement avait chargé de concrétiser les mini-hôpitaux privés. Après avoir fait l’expérience du gouvernement de l’intérieur, Chassin a quitté le caucus caquiste en septembre 2024, dénonçant une CAQ qui avait selon lui perdu son ambition réformatrice et qui, plutôt que d’alléger les structures, avait continué de multiplier les dépenses et les organismes publics.

Son constat résumait assez bien le paradoxe caquiste : un parti élu en promettant de bousculer la bureaucratie qui finit par devenir l’un de ses principaux gestionnaires. Chassin en était venu à dire que le Québec était allé « au bout du modèle bureaucratique québécois ». Voilà maintenant Christine Fréchette qui tente de nous vendre, comme une nouveauté électorale, une philosophie politique que son propre gouvernement avait déjà promis d’appliquer avant de l’abandonner progressivement une fois installé au pouvoir.

Et pour détourner le regard de huit années de gouvernement caquiste, quoi de mieux qu’un ennemi extérieur? Fréchette a carrément désigné Donald Trump comme son « principal adversaire » dans cette campagne. C’est évidemment commode : Trump n’a jamais administré un hôpital québécois, créé Santé Québec, embauché des fonctionnaires au gouvernement provincial ni adopté un seul budget à Québec, mais il devient soudainement le personnage central d’une campagne électorale québécoise. Après huit années au pouvoir, il est toujours plus facile de combattre Washington que son propre bilan.

Pendant ce temps, l’autre conversion spectaculaire vient du Parti Québécois. Paul St-Pierre Plamondon promet maintenant un « grand ménage dans la bureaucratie », avec une réduction récurrente de 2,5 % des coûts de rémunération du secteur public sur trois ans, soit 1,6 milliard de dollars annuellement à terme. Le PQ qui découvre qu’il y aurait trop de bureaucratie au Québec : il fallait vivre assez longtemps pour voir ça.

Car derrière ce discours de rationalisation demeure une formation profondément interventionniste, historiquement proche du mouvement syndical et toujours très attachée à l’idée d’un État stratège. Le PQ continue de voir dans l’appareil public l’outil privilégié pour réglementer, subventionner, planifier, orienter l’économie et multiplier les interventions dans une foule de secteurs. On nous promet donc de faire le ménage dans la bureaucratie tout en conservant intacte la philosophie politique qui contribue précisément à la produire.

Le problème n’est pas que la CAQ découvre le privé en santé ou que le PQ veuille couper dans la bureaucratie. Ce sont probablement deux des rares bonnes idées qu’ils auront durant cette campagne. Le problème, c’est qu’ils nous les présentent aujourd’hui comme des révélations politiques alors qu’elles contredisent largement leur propre bilan ou la logique générale de leurs programmes.

La CAQ promettait déjà de réduire la bureaucratie et d’utiliser davantage le privé avant son élection de 2018, puis elle a eu huit ans pour le faire. Le PQ promet maintenant de réparer la bureaucratie tout en demeurant l’un des plus fervents défenseurs d’un État toujours plus interventionniste. À force de recycler leurs anciennes promesses, de changer quelques mots et de présenter chaque volte-face comme une révolution, une question devient difficile à éviter : nous prennent-ils vraiment pour des idiots?

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Samuel Rasmussen
Samuel Rasmussen
Samuel Rasmussen, alias Le Blond Modéré, est membre des Trois Afueras et collaborateur du podcast Ian & Frank. Titulaire d'une formation en relations internationales à l'Université de Sherbrooke, il s'intéresse particulièrement à la géopolitique, aux zones d'influence et aux différentes formes de pouvoir.

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