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Le 5 octobre, la plupart des électeurs ne voteront pas pour leurs propres idées

Voter selon ses idées devrait être la base de toute élection. Pourtant, le 5 octobre, des millions de Québécois feront un X sur un bulletin de vote. Mais combien choisiront réellement le parti qui correspond le mieux à leurs convictions?

Probablement beaucoup moins qu’on aime se l’imaginer.

Faites l’exercice autour de vous. Votre cousin entrepreneur général, votre ami du gym ou de balle molle, vos collègues. Ne leur demandez pas d’abord pour quel parti ils voteront. Demandez-leur ce qu’ils pensent des impôts, de la taille de l’État, des syndicats, de l’exploitation des ressources, du privé en santé, de la réglementation, des CPE ou de l’immigration.

Ensuite seulement, demandez-leur leur choix électoral.

Vous risquez parfois d’assister à un spectaculaire accident de la logique.

Acide Blais en a donné une illustration presque parfaite dans sa vidéo Il raconte une discussion au bar avec une amie qui lui affirme qu’elle votera Québec solidaire. Problème : il la connaît depuis des années et, selon lui, pratiquement tout ce qu’elle pense est à l’opposé de QS.

Ils font donc la boussole électorale.

Résultat : conservatrice « dans le tapis », tandis que Québec solidaire se retrouve autour de 5 ou 6 %. Réaction de l’amie? Elle compte quand même voter QS. Pourquoi? Parce qu’elle ne voterait jamais conservateur : Éric Duhaime serait, selon elle, « full homophobe ». Blais lui rappelle alors que Duhaime est lui-même ouvertement homosexuel et en couple avec un homme. Autour de la table, d’autres continuent pourtant de répéter la même accusation.

Cette anecdote vaut presque un mémoire de science politique.

Le vote n’est pas toujours l’aboutissement d’une réflexion sur nos intérêts, nos valeurs ou les politiques publiques. Il peut devenir un marqueur social : « les gens comme moi votent comme ça ». On choisit une couleur avant de comparer les idées, puis on cherche ensuite une justification.

Et ce phénomène ne concerne évidemment pas que QS.

Blais évoque aussi des connaissances qui vivent en pickup, quatre-roues, motoneige et motocross, mais veulent voter PQ alors que plusieurs de leurs positions personnelles cadreraient mal avec certaines politiques qu’ils appuieraient ainsi. À droite, à gauche, chez les souverainistes ou les fédéralistes, le réflexe est le même : le logo précède parfois les idées.

Notre manière de consommer l’information rend le phénomène encore pire.

Nous avons remplacé le texte par le titre, le titre par l’image et l’image par la vidéo de quinze secondes. On ne lit plus une plateforme électorale : on regarde un short. On ne compare plus deux cadres financiers : on retient une publicité niaiseuse avec trois mots, une musique dramatique et quelqu’un en casque de construction.

Puis on scrolle.

Au Québec, 52 % des adultes de 16 à 65 ans se situent sous le niveau 3 de littératie selon les données du PEICA 2022. Cela ne signifie pas qu’ils sont incapables de voter intelligemment. Cela signifie qu’une proportion immense de la population est moins à l’aise lorsqu’il faut traiter des textes longs ou complexes, exactement ce que sont les programmes politiques.

Ajoutez les réseaux sociaux, les shorts, le doom scrolling, les slogans et les guerres de personnalités, et vous obtenez une démocratie où il devient parfaitement possible de voter contre plusieurs de ses propres convictions sans même s’en rendre compte.

Alors faites un exercice avant le 5 octobre.

Écrivez vos cinq priorités. Faites une boussole électorale. Lisez les programmes des deux ou trois partis qui ressortent. Comparez ensuite leurs propositions à ce que vous dites vouloir toute l’année.

Pas à leur publicité. Pas à leur couleur. Pas à ce que votre chum vous a raconté au bar.

Le bulletin de vote ne demande qu’un X.

Le minimum serait encore de savoir pourquoi on le met là.

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Samuel Rasmussen
Samuel Rasmussen
Samuel Rasmussen, alias Le Blond Modéré, est membre des Trois Afueras et collaborateur du podcast Ian & Frank. Titulaire d'une formation en relations internationales à l'Université de Sherbrooke, il s'intéresse particulièrement à la géopolitique, aux zones d'influence et aux différentes formes de pouvoir.

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