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Et si, pour une fois, on faisait confiance aux écoles?

Et si, pour une fois, on faisait confiance à ceux qui sont sur le terrain?

Il m’arrive rarement de lire une plateforme politique en me disant : « Ça, j’aurais pu l’écrire moi-même. » C’est pourtant à peu près la réaction que j’ai eue en lisant la nouvelle plateforme du Parti conservateur du Québec en éducation.

Pas parce que je suis d’accord avec chaque virgule, mais parce que sa philosophie rejoint largement la façon dont je pense qu’on devrait réformer notre système scolaire. Et cette philosophie tient en un mot : subsidiarité.

Une décision devrait être prise au niveau le plus près possible de ceux qui sont concernés, à moins qu’il existe une bonne raison de la prendre à un niveau supérieur. Ça semble banal. Pourtant, notre système fonctionne largement dans la direction inverse.

Québec décide. Les centres de services scolaires appliquent. Les écoles exécutent. Les enseignants composent avec le résultat. Et finalement, l’élève se retrouve au bout de la chaîne.

La plateforme du PCQ cherche essentiellement à inverser cette logique.

L’élève n’est pas une unité de production

Il n’existe pas un seul profil d’élève. Certains excellent en mathématiques. D’autres en français. Certains sont passionnés par les sciences, la mécanique, les arts ou le sport. Certains apprennent rapidement. D’autres ont besoin de plus de temps ou d’un encadrement particulier.

Pourquoi faudrait-il alors que toutes les écoles offrent essentiellement la même chose? C’est ce qui nous a amenés à parler d’« école à trois vitesses » : école régulière, programmes particuliers et école privée.

Mais pourquoi trois vitesses? Pourquoi ne pas en avoir mille?

C’est précisément l’intérêt de la proposition du PCQ. Il ne s’agit pas simplement d’ajouter une nouvelle filière. Il s’agit de donner suffisamment d’autonomie aux écoles pour qu’elles développent leur propre offre en fonction de leurs élèves et de leur milieu.

Une école pourrait miser sur les sciences. Une autre sur les arts. Une autre sur la technologie, le sport ou la formation professionnelle. Une autre pourrait développer une approche adaptée à certains besoins particuliers. Et surtout, elle pourrait expérimenter sans attendre que Québec lui dise comment faire.

On cesse ainsi de demander au ministère de prévoir toutes les situations possibles pour l’ensemble du Québec. On laisse ceux qui connaissent les élèves décider.

La subsidiarité, ce n’est pas « laissez faire »

C’est une nuance importante. Une école autonome ne devrait pas devenir une petite république indépendante.

Québec peut continuer de fixer des objectifs nationaux, des exigences minimales et des mécanismes d’évaluation. Le centre de services peut fournir certains services qui bénéficient réellement d’une organisation commune.

Mais il faut se demander, pour chaque décision : qui est le mieux placé pour la prendre?

Si c’est le ministère, qu’il la prenne. Si c’est le centre de services, qu’il la prenne. Mais si c’est la direction ou l’enseignant, pourquoi est-ce encore Québec qui décide?

C’est ça, la subsidiarité.

Le centre de services devrait être au service de l’école

La plateforme propose justement de donner davantage de pouvoirs aux établissements, notamment en matière de personnel, d’organisation scolaire, de programmes et de budget, tout en réduisant le nombre de centres de services scolaires.

Je trouve l’idée particulièrement intéressante lorsqu’on parle d’argent. On parle constamment de réinvestissement en éducation, mais investir davantage dans un système ne signifie pas automatiquement l’améliorer.

La vraie question devrait être : qui devrait décider de la meilleure utilisation d’un dollar consacré à un élève? Quelqu’un dans une structure administrative qui supervise des dizaines d’écoles ou la direction de l’école qui connaît ses élèves, ses enseignants, ses locaux et ses problèmes?

Évidemment, certains services gagnent à être centralisés. Le transport, les achats ou certaines ressources spécialisées en sont de bons exemples.

Mais justement, la subsidiarité ne signifie pas que tout doit être local. Elle signifie que ce qui peut être décidé localement devrait l’être localement.

Et les parents dans tout ça?

La liberté de choix découle assez naturellement du même principe. Si les élèves sont différents et que les écoles peuvent développer des approches différentes, il faut permettre aux familles d’accéder à cette diversité.

Les parents qui en ont les moyens cherchent déjà à le faire : école privée, programme particulier, déménagement ou choix d’une municipalité en fonction de ses écoles.

Mais le choix dépend aussi de l’information, du temps, de la mobilité et du capital culturel. Et surtout, un choix sans places disponibles n’est pas un choix.

Il faut donc que l’autonomie s’accompagne d’une offre suffisante, d’une information accessible et de mécanismes empêchant que les élèves ayant les besoins les plus lourds soient systématiquement concentrés dans certains établissements.

Autrement dit, je suis favorable au choix, mais pas naïf face à ses effets.

Le privé n’est pas l’ennemi du public

Je trouve également intéressante la volonté du PCQ d’ouvrir davantage la porte aux écoles privées subventionnées.

Le débat québécois présente trop souvent le privé comme une menace pour le public, comme si améliorer un réseau exigeait d’affaiblir l’autre. Une école privée qui répond à une demande des parents fait partie de l’écosystème scolaire. Une école publique qui développe une offre distinctive aussi.

Cela dit, augmenter l’offre ne garantit pas automatiquement davantage de mixité. Les règles d’admission et de financement doivent donc éviter que l’autonomie devienne simplement une nouvelle façon de trier les élèves.

L’autonomie ne signifie pas l’absence de règles. Elle signifie que les règles doivent se limiter à ce qui est nécessaire.

Et les enseignants?

La même logique devrait s’appliquer à ceux qui enseignent. On prétend vouloir faire confiance aux enseignants tout en leur imposant une quantité impressionnante de procédures, de formulaires et de directives.

On leur demande de différencier, d’individualiser et de répondre aux besoins particuliers, tout en leur laissant parfois bien peu de latitude sur la façon d’y parvenir.

On ne peut pas demander aux enseignants d’être des professionnels autonomes tout en traitant leur profession comme une procédure administrative. Si l’école devient plus autonome, les enseignants doivent l’être aussi.

Cela ne signifie pas abolir les exigences professionnelles ou les conventions collectives. Cela signifie simplement remettre le jugement pédagogique le plus près possible de l’élève.

L’égalité n’est pas l’uniformité

C’est probablement la conséquence qui me rejoint le plus. Une véritable égalité des chances ne signifie pas que chaque enfant reçoit exactement la même chose.

Si deux enfants ont des besoins différents, leur donner le même traitement ne produira pas nécessairement le même résultat. L’égalité de traitement n’est pas l’égalité de développement.

Les enseignants le vivent quotidiennement. Ils doivent jongler entre l’égalité de traitement et la différenciation pédagogique.

Notre réflexe est souvent d’ajouter des règles pour gérer cette complexité. Peut-être devrait-on plutôt donner davantage de latitude à ceux qui la vivent.

L’autonomie exige des résultats

Il reste toutefois une condition essentielle : l’autonomie doit venir avec une reddition de comptes.

Une école devrait pouvoir choisir ses moyens, mais elle doit pouvoir démontrer qu’elle atteint les objectifs fondamentaux qu’on lui fixe. Il faut donc évaluer les établissements, suivre la progression des élèves et intervenir lorsque les résultats ne sont pas au rendez-vous.

L’évaluation des établissements pourrait être réalisée par un audit ministériel ou par un organisme externe, sur le même principe qu’une certification : quelqu’un de l’extérieur vérifie les résultats plutôt que de laisser l’école se noter elle-même.

La différence, c’est qu’on ne devrait pas confondre contrôle des moyens et contrôle des résultats.

Je me fiche relativement de savoir si deux écoles organisent leur journée exactement de la même façon. Je veux savoir si les élèves apprennent, progressent et reçoivent les services dont ils ont besoin.

La subsidiarité, ce n’est donc pas « laissez faire ». C’est plutôt : laissez décider ceux qui sont les mieux placés pour décider, puis demandez-leur des comptes sur les résultats.

Finalement, faisons confiance aux gens

C’est probablement ce qui me rejoint le plus dans cette plateforme. Le Québec a développé une impressionnante capacité à centraliser les décisions, à uniformiser les pratiques et à créer des structures pour coordonner les structures qui coordonnent déjà quelque chose.

La subsidiarité propose exactement l’inverse : décentraliser, simplifier, comparer, expérimenter.

Laisser les parents choisir. Laisser les enseignants enseigner. Laisser les écoles innover.

Et surtout, arrêter de demander à l’enfant de s’adapter à notre système pour commencer à demander au système de s’adapter à l’enfant.

Parce qu’au fond, c’est peut-être ça, la véritable réforme que notre système d’éducation attend depuis trop longtemps.

Pas nécessairement plus d’État. Pas nécessairement moins d’État. Un État qui fait ce qu’il est le mieux placé pour faire, qui fixe les balises nécessaires, puis qui laisse les gens faire le reste.

C’est ça, la subsidiarité. Et c’est probablement la raison pour laquelle je me reconnais autant dans cette plateforme.

Le PCQ résume sa vision par une formule : « L’élève au centre des priorités. »

Pour une fois, ce n’est peut-être pas juste un slogan.

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Francis Hamelin
Francis Hamelin
Francis Hamelin, #MakeThePLQLiberalAgain, est membre des Trois Afueras et écrivain amateur. Technicien en génie mécanique et industriel, il s'intéresse particulièrement aux politiques publiques, l'économie et à la productivité des entreprises et des individus.

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