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Le débat économique de Radio-Canada : prisonniers du folklore québécois

Le débat économique animé par Gérald Fillion à Zone économie avait un mérite, forcer les partis à quitter momentanément les slogans pour expliquer comment ils pensent que l’économie fonctionne.

Et c’est précisément là que quelque chose de très québécois apparaissait. Derrière les désaccords sur les tarifs, le logement, les déficits ou Hydro-Québec subsiste une conviction presque commune : l’économie est une mécanique que l’État doit continuellement ajuster.

C’est probablement le véritable débat qui manquait à la table.

Les tarifs : on ne taxe jamais vraiment « l’étranger »

Sur la guerre commerciale, un argument mérite d’être conservé : répondre mécaniquement aux tarifs américains par des contre-tarifs n’annule pas leurs effets. Les tarifs sont payés à l’importation et une partie du coût finit dans les prix, les marges ou les chaînes d’approvisionnement. Les recherches récentes de la Réserve fédérale américaine constatent justement une transmission mesurable des tarifs de 2025 aux prix à la consommation.

Lorsqu’Adrien Pouliot rappelle que « les tarifs, ce n’est pas bon », il touche au cœur du problème : une mauvaise politique économique ne devient pas meilleure simplement parce qu’elle est appliquée en représailles.

Là où le débat devenait plus intéressant encore, c’était sur les barrières interprovinciales. On parle constamment de diversifier vers l’Europe ou l’Asie tout en maintenant chez nous une constellation d’exigences réglementaires et de restrictions professionnelles. Ottawa estime maintenant que leur élimination pourrait éventuellement accroître le PIB canadien d’environ 210 milliards de dollars. L’estimation est évidemment un scénario de long terme, pas un chèque qui apparaîtrait demain matin. Mais l’ordre de grandeur rappelle quelque chose d’élémentaire : le libre-échange commence aussi à la maison.

Québec inc. : socialiser le risque, sélectionner les gagnants

Presque tous les partis proposent ensuite leur version de l’aide aux entreprises : prêts, subventions salariales, fonds économiques, crédits ou réductions fiscales.

Il faut pourtant distinguer deux philosophies.

Réduire généralement l’impôt laisse davantage de capital à toutes les entreprises. Subventionner certaines entreprises signifie que l’État prélève ou emprunte des ressources pour les réallouer selon ses propres critères.

Cela ne signifie pas qu’un investissement public ne peut jamais produire de rendement. Investissement Québec affirme avoir financé 2 100 entreprises pour 4,9 milliards en 2025-2026. Mais la question libérale demeure : pourquoi un fonctionnaire ou un ministre disposerait-il systématiquement d’une meilleure information que les investisseurs pour déterminer où le prochain dollar de capital sera le plus productif?

C’est le vieux modèle Québec inc. : privatiser éventuellement le rendement, mais collectiviser une partie du risque.

Logement : distribuer la pénurie ne crée pas de logements

Sur le coût de la vie, Michel Leblanc mettait le doigt sur une variable fondamentale : l’offre.

On peut subventionner le locataire, plafonner son loyer ou subventionner le constructeur. Aucune de ces mesures ne supprime la contrainte physique : lorsqu’il manque des logements là où les gens veulent habiter, leur rareté demeure.

Le contrôle des loyers illustre parfaitement le problème. Il procure un avantage réel aux locataires déjà en place, mais la SCHL relève aussi des arbitrages : mobilité réduite, pression accrue sur les logements vacants et risque de diminution de l’offre ou de la qualité à long terme.

Autrement dit, contrôler le prix d’une pénurie n’est pas la même chose que supprimer la pénurie.

« Austérité » : notre mot pour éviter de parler d’arbitrage

Le segment le plus révélateur concernait toutefois les finances publiques. Dès qu’on évoque une croissance plus lente des dépenses, le vocabulaire québécois produit presque automatiquement le mot « austérité ».

Mais une dépense publique n’est pas gratuite parce qu’elle est socialement désirable. Elle doit être financée aujourd’hui par l’impôt, demain par la dette ou ailleurs par une dépense abandonnée.

Dire qu’il suffit « d’aller chercher des revenus » ne résout donc pas l’arbitrage : cela choisit simplement l’impôt plutôt que la compression.

Et c’est ici que notre folklore apparaît le plus clairement. Nous discutons énormément de combien l’État devrait dépenser, beaucoup moins de sa productivité, de la concurrence ou des fonctions qu’il pourrait simplement cesser d’exercer.

Même Hydro-Québec n’échappe pas au réflexe

Le débat énergétique répétait la même logique : quelles industries devraient recevoir nos blocs d’électricité? Quels projets l’État devrait-il privilégier?

Pourtant, même Hydro-Québec reconnaît que l’efficacité énergétique coûte environ trois fois moins cher que les nouvelles sources d’approvisionnement et vise 3 500 MW d’économies d’ici 2035.

Quant au gaz naturel, dire qu’il peut remplacer du charbon est défendable : l’AIE estime son empreinte moyenne inférieure. Mais cela ne suffit pas à démontrer la rentabilité d’une filière québécoise de GNL, encore moins après liquéfaction, transport et infrastructures.

Voilà finalement ce que ce débat révélait.

De gauche à droite, nous débattons souvent de la meilleure manière pour l’État québécois de piloter l’économie.

La question véritable reste presque absente : pourquoi faut-il autant la piloter?

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Samuel Rasmussen
Samuel Rasmussen
Samuel Rasmussen, alias Le Blond Modéré, est membre des Trois Afueras et collaborateur du podcast Ian & Frank. Titulaire d'une formation en relations internationales à l'Université de Sherbrooke, il s'intéresse particulièrement à la géopolitique, aux zones d'influence et aux différentes formes de pouvoir.

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