Conversation avec ma fille, qui a écouté les arguments des candidats à l’élection provinciale. Elle me dit qu’elle pense être de droite, mais que ses deux valeurs les plus importantes sont de gauche : l’environnement et le féminisme.
Je lui réponds qu’elle se trompe et qu’il s’agit plutôt de valeurs de droite. Elle me regarde, clairement dubitative.
Je lui explique que la gauche est collectiviste, c’est-à-dire que l’individu est subordonné à la société, et que la droite est libérale, c’est-à-dire que la société est subordonnée à l’individu. Je la mets en garde contre la séduction d’une certaine malhonnêteté intellectuelle que j’expose plus bas dans ce texte.
La liberté étant la pierre angulaire de la droite, il va de soi que les droits des femmes relèvent clairement des libertés individuelles, alors que le collectivisme impose des droits et des valeurs sociales susceptibles d’être contraires aux intérêts des femmes. L’association de la droite au conservatisme dans les médias tend à brouiller cette évidence.
Malheureusement, on associe trop souvent les droits fondamentaux et la protection des libertés individuelles à une forme d’égoïsme, parce qu’on oublie que cet individualisme implique également la responsabilisation de l’individu. C’est cet élément qui assure la protection ultime de la société. La liberté de l’un s’arrête là où celle de l’autre commence. Le libéralisme n’est pas l’anarchie que les collectivistes voudraient nous faire croire.
C’est pourquoi l’environnement constitue davantage une « valeur » de droite. Les désastres comme celui de Tchernobyl sont dus à la déresponsabilisation de l’individu. La Chine, une dictature communiste, est de loin le pays le plus polluant de la planète. On dit que les sociétés occidentales font primer l’avarice et que les riches s’en tirent trop facilement. Encore une fois, on confond libéralisme et corruption, en oubliant que les régimes collectivistes sont bien plus propices à la corruption que les démocraties libérales.
Pourtant, les préjugés quant à l’exclusivité de l’altruisme à gauche sont bien ancrés dans le subconscient collectif, surtout chez les jeunes. Or, les valeurs fondamentales de la droite, comme la liberté d’expression et la responsabilisation des individus, font de la tolérance envers toute forme de censure un anathème. La malhonnêteté intellectuelle est une forme subtile, mais très agressive, de censure. La gauche manie cette malhonnêteté intellectuelle de façon, il faut le dire, magistrale. C’est pourquoi la gauche gagne ce que j’appelle la guerre des mots.
On ne parle plus de suicide assisté, mais d’aide médicale à mourir. La discrimination « positive » est désormais la justice réparatrice. Le délinquant est un « jeune en difficulté ». On ne parle plus de censure, mais de lutte contre la désinformation. On n’annule plus une conférence, on « sécurise un espace ». Le nationalisme devient l’intolérance.
On ne juge plus un acte, on traite un trauma : le coupable redevient une victime, et le punir constitue une seconde violence. On ne demande plus de preuves, on invalide un vécu : le factuel cède au ressenti, et le contester devient la faute. Le piège n’est pas le mot plus doux. C’est le mot qui inverse la charge. Après la substitution, celui qui décrit l’acte n’a plus d’argument.
Ainsi, la droite se cloue elle-même au pilori en acceptant que qualifier d’« austérité » la « lutte contre le gaspillage des fonds publics » ne soit qu’une façon de maquiller la chose, commettant l’erreur fatale de minimiser l’importance capitale de ce « maquillage politique ».
Il est peut-être temps pour la droite de se refaire une beauté…
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