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Le Nouvelliste et le féminisme à bulletin unique

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À deux jours du scrutin, Le Nouvelliste publie une lettre de Jocelyne Richer annonçant l’entrée de l’antiféminisme à l’Assemblée nationale. Les députés conservateurs ne sont pas encore élus que leur procès est terminé. Il ne manque que les robes rouges et le petit marteau. Quelle économie de procédure.

Mme Richer transforme des propos controversés, des désaccords sur la parité et des choix budgétaires en annonce d’un recul des droits. Cette confusion relève selon moi de la mauvaise foi intellectuelle. Entre les pièces déposées et le verdict, il manque des marches. La peur les remplace avantageusement.

Fouiller les anciennes sorties d’un animateur polémiste ne suffit pas à évaluer un chef de parti. Un travail rigoureux confronte ces archives à son programme de 2026, l’interroge sur ses positions et recueille aussi le témoignage de femmes ayant travaillé avec lui. Où est cette mise en perspective? Le recyclage d’archives dispense-t-il désormais d’examiner le présent?

Sur l’avortement, la position du PCQ est explicite. Dans son communiqué du 11 février 2026, le parti affirme son appui au droit à l’avortement et à l’accès réel aux services. Mme Richer évoque pourtant l’interruption de grossesse parmi les dossiers menacés sans présenter cette position. Si l’on prétend informer le lecteur sur un risque politique, on lui fournit aussi les éléments qui compliquent son scénario. Sinon, on rédige la bande-annonce d’un film d’horreur.

Précisons également les compétences : le droit criminel relève du fédéral, tandis que l’organisation et le financement des soins relèvent principalement des provinces. Pour démontrer une menace sur l’accès, il faut donc désigner une mesure concrète et en expliquer les effets. Une étiquette politique ne remplace pas cette démonstration.

Même problème avec les services de garde. Le plan présenté le 3 septembre prévoit de maintenir le financement du réseau public, de bonifier le crédit d’impôt pour les places non subventionnées et d’offrir, sous conditions, une allocation aux parents qui gardent leur enfant à domicile. Le PCQ abandonnerait toutefois le programme de conversion de places privées en places subventionnées. Voilà un véritable débat sur les moyens et leurs effets.

Une politique offrant plusieurs options de garde ne devient pas une entreprise antiféministe par simple décret éditorial. Les parents peuvent comparer des solutions sans demander une permission idéologique. Respecter leur choix implique aussi d’accepter qu’ils préfèrent une formule différente de celle que recommande la chroniqueuse.

Et puis on évoque le pourcentage de candidates. Mme Richer avance 27 %. Mais ce chiffre mesure la composition des candidatures; il ne démontre pas un projet de retrait des droits. Refuser un objectif numérique et refuser aux femmes l’accès aux fonctions politiques sont deux positions différentes. Les confondre épargne une argumentation, pas une erreur.

La liberté individuelle ne se mesure ni en ratios ni en quotas. L’égalité devant la loi garantit des droits à chaque personne; elle n’impose pas une répartition mathématique de tous les rôles sociaux. Une femme ne devient pas plus libre parce qu’un parti a mieux rempli son tableau Excel.

D’ailleurs, les candidates conservatrices ont-elles une pensée propre? Peuvent-elles préférer des baisses d’impôt, soutenir une réforme de l’État et rejeter les quotas sans devenir les figurantes d’une entreprise hostile aux femmes? Leur liberté politique comprend aussi celle de déplaire aux personnes qui prétendent parler en leur nom. Les femmes ne constituent pas un syndicat d’opinions identiques. Leur autonomie suppose qu’elles choisissent leurs priorités, même lorsque ce choix scandalise les surveillantes de l’orthodoxie.

Le plus paternaliste reste cette manière d’alarmer les femmes comme si elles étaient incapables d’anticiper les risques et d’exercer leur jugement. Les femmes, y compris les plus jeunes, choisissent des carrières, créent des entreprises et prennent des décisions politiques. Elles n’ont pas besoin qu’on transforme chaque désaccord en avertissement de catastrophe. Quelle étrange émancipation que celle qui leur accorde le droit de voter, puis leur explique quoi penser.

Sur les structures gouvernementales, le raccourci est tout aussi commode. À lire Mme Richer, les conditions de vie des femmes semblent reposer sur une ministre, un Secrétariat et un Conseil du statut de la femme. Voilà une conception singulièrement étatiste de leur autonomie. Leurs libertés ne sont pas des faveurs administratives, et leur capacité d’agir ne dépend pas du maintien de chaque organigramme.

Un organisme peut avoir une mission utile et une efficacité discutable. Réclamer son évaluation ne suspend aucun droit. Il faut examiner les budgets et les conséquences pour voir les retombées réelles. Le nombre de structures et les sommes dépensées ne constituent pas, à eux seuls, une mesure du progrès. Confondre la défense des femmes avec celle de l’appareil d’État dispense surtout d’évaluer ce dernier.

Le financement de l’activisme et celui des maisons d’hébergement ne sont pas davantage interchangeables. Défendre la neutralité de l’État ne prouve pas qu’on souhaite abandonner les victimes. Il faudrait démontrer quelles mesures compromettraient leur protection. Les refuges méritent mieux que de servir de décor à une accusation dont les conséquences annoncées restent hypothétiques.

Comme libéral classique, je défends l’égalité des droits et l’autonomie individuelle. Aucune organisation ne possède un monopole sur les intérêts des femmes. Elles paient aussi des taxes, travaillent et créent des entreprises. Elles peuvent juger qu’un gouvernement trop coûteux ou inefficace dessert leur liberté. Ce jugement mérite une discussion sérieuse plutôt qu’un diagnostic de trahison.

Ce féminisme de quatrième vague, dans ses expressions les plus identitaires, s’éloigne de l’idéal d’émancipation qui a nourri les luttes féministes. Cet idéal repose sur une conviction humaniste : tous les individus doivent être égaux en droits et devant la loi, comme l’exige tout État de droit démocratique et libéral. Combattre les discriminations ne devrait jamais conduire à réduire une personne à son sexe ni à lui attribuer une culpabilité collective. L’émancipation consiste à élargir les libertés de chacun, pas à remplacer les anciennes tutelles par un nouveau catéchisme idéologique.

Mme Richer peut défendre son féminisme et combattre le PCQ. Elle gagnerait simplement à distinguer ses inquiétudes des faits établis. Une démocratie accepte qu’on dispute les moyens de protéger l’égalité. Et les femmes sont suffisamment adultes pour choisir leur bulletin sans qu’une chroniqueuse leur délivre le certificat de conformité.

Ah oui, et pour reprendre les mots d’un ami économiste et chauve : « Je ne suis pas pour qu’il y ait davantage de femmes en politique… ni davantage d’hommes, d’ailleurs. »

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Samuel Rasmussen
Samuel Rasmussen
Samuel Rasmussen, alias Le Blond Modéré, est membre des Trois Afueras et collaborateur du podcast Ian & Frank. Titulaire d'une formation en relations internationales à l'Université de Sherbrooke, il s'intéresse particulièrement à la géopolitique, aux zones d'influence et aux différentes formes de pouvoir.

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