Mardi, février 24, 2026

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Iran : Pourquoi le changement de régime reste une illusion selon Jean-François Caron

En janvier dernier, une partie de la population iranienne est descendue dans les rues afin de manifester contre le régime des Mollahs. Le président Trump avait dit que son pays allait aider les Iraniens dans leur combat, mais ce ne fut pas le cas. Les islamistes ont écrasé le soulèvement populaire. Maintenant, le fils du Shah demande à Trump d’appuyer le mouvement de manifestations. Le politologue Jean-François Caron estime qu’un changement de régime est peu probable à cause de la division au sein de l’opposition.

Entretien

Simon Leduc : Il y a une dizaine de jours, le fils du Shah a demandé au président Trump de venir en aide aux manifestants qui veulent renverser le régime islamiste iranien. Est-ce que le président américain a répondu à ses doléances?

Jean-François Caron : « Donald Trump n’a pas donné suite aux demandes du dissident iranien. Le leader américain aimerait renverser le régime des Mollahs. Mais, on ne sait pas quel genre de leader prendrait le pouvoir en Iran après un éventuel changement de régime. On pourrait se retrouver avec un mouvement encore plus violent que le précédent. L’Iran risquerait d’être complètement déchiré par une guerre civile. Il y a une diversité de peuples en territoire iranien : les Perses, les Kurdes, les Pachtounes, etc.  Comme lors de l’invasion de l’Irak en 2003, on ne peut pas prévoir la suite des choses après la chute du régime actuel.

Actuellement, les États-Unis connaissent le régime en place. Ils savent comment les dirigeants islamistes vont réagir face à une situation quelconque. Donc, il y a une certitude à maintenir le régime actuel au pouvoir tout en évitant qu’il devienne une puissance nucléaire.

Tandis que si les Américains décident de renverser le régime islamiste, tout peut arriver par la suite. On n’aurait aucune idée si l’Iran deviendrait ou non un régime démocratique. »

Est-ce que tous les opposants et les islamistes seraient unis derrière une cause commune après la chute des Mollahs?

Jean-François Caron : « Tous les opposants au régime détestent les Mollahs. Or, c’est le seul point qu’ils ont en commun. Pour la suite des choses, ils ne s’entendent pas sur la nature du nouveau régime qui serait mis en place. En Iran, l’opposition est divisée et le président Trump le sait très bien. C’est une des raisons qui expliquent la réticence des Américains d’aider les manifestants dans leur combat. »

Le mouvement de contestation iranien a-t-il encore confiance aux États-Unis?

Jean-François Caron : « En janvier dernier, le président Trump a encouragé les Iraniens de manifester contre le régime et a promis que les États-Unis allaient les aider. Les manifestants ont descendu dans la rue, car ils pensaient que l’aviation américaine allait bombarder les Ayatollahs et envoyer des soldats sur le terrain. Or, les États-Unis n’ont pas soutenu le soulèvement populaire. Le régime islamiste a assassiné entre 20 000 à 30 000 personnes à coup des mitraillettes dans les rues des principales villes iraniennes.

En conséquence, la population iranienne se méfie de Donald Trump, car il n’a pas tenu parole en janvier dernier. Je ne pense pas qu’un appel à la mobilisation de Reza Pahlavi ou de Trump va inciter les Iraniens de se soulever contre le régime répressif des Mollahs. »

Est-ce que le fils du Shah est la figure de l’opposition la plus solide pour les opposants au régime en place?

Jean-François Caron : « Je pense que c’est peut-être la figure d’opposition la plus rassembleuse en ce moment. Mais, ce dernier est loin de réunir 80 % de l’opposition. Je connais un collègue qui est spécialiste des questions iraniennes. Celui-ci a des contacts dans ce pays et il s’est déjà rendu en sol iranien. Il estime que le soutien populaire au fils du Shah d’Iran représente entre de 30 % à 40 % des opposants. Alors, ce dernier ne fait pas l’unanimité auprès de l’opposition. Il ne rassemble même pas la moitié de la population.

D’autre part, en Iran, il y a un courant nationaliste fort qui est antisioniste. Or, M. Pahlavi a promis qu’il reconnaitrait l’État d’Israël s’il prenait le pouvoir. Il s’est engagé dans un processus de normalisation de la paix. Les Iraniens sont majoritairement antisionistes et cela va à l’encontre de la prise de position du fils du Shah dans cet épineux dossier. Cela ne contribue pas à faire de lui une figure unificatrice qui aurait réellement le potentiel de pouvoir légitimement s’imposer pour gouverner le pays. De plus, quel genre de régime serait mis en place si le fils du Shah prenait le pouvoir? On ne le sait pas du tout. L’Iran pourrait devenir une monarchie constitutionnelle parlementaire. Mais un tel régime serait voué à l’échec, car ce dernier n’a pas de fils. Il a seulement des filles. Dans l’ancienne constitution iranienne, seul un homme peut succéder sur le trône. C’est le seul garçon survivant de l’ancien Shah d’Iran. Sur le plan dynastique, c’est un régime qui est voué à échouer. À moins qu’il amende l’ancienne constitution pour permettre à une femme d’accéder au trône. Mais, ce n’est pas le cas actuellement.

Pour conclure, l’opposition iranienne est très divisée et cela favorise le maintien au pouvoir du régime islamiste. Je ne pense pas qu’il va y avoir un changement de régime en Iran dans le futur. »

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Simon Leduc
Simon Leduc
Titulaire d'un Baccalauréat en science politique a l'Université de Montréal. Il est chroniqueur et journaliste pour Libre Média, le Podcast Ian et Frank et de Québec Nouvelles. Vous pouvez le suivre sur Facebook.

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