Depuis le lancement de l’Opération Epic Fury ou Roaring Lion par les États-Unis sur l’Iran, les théories de la conspiration vont bon train. Les chroniqueurs ainsi que les « experts » si souvent consultés par les grands médias établis, se donnent à cœur joie de verser dans le conspirationnisme par pur antiaméricanisme. Il importe de se demander ce qui fait en sorte que la théorie soit fausse. Il faut aussi s’interroger sur jusqu’où ces donneurs de leçons et leaders d’opinion sont prêts à aller, quitte à être irrationnel.
Le contexte
En préambule, il faut savoir que le complotisme semble avoir pris de l’ampleur suite à l’attaque d’Israël et des États-Unis sur l’Iran, ayant détruit plusieurs infrastructures et ayant causé la perte de plusieurs hauts dignitaires du régime, dont le Guide suprême de la Révolution Ali Khameinei. Il s’agit de l’Opération Roaring Lion, mieux connue sous le nom d’Opération Epic Fury.
Quelle est la théorie du complot en question ?
Afin de reprocher à quelqu’un d’être conspirationniste, il faut savoir quelle est la théorie en question. Dans le cas de celle qui est la plus répandue dans les principaux médias établis, il s’agit de ce qui suit : Donald Trump veut que l’opinion américaine cesse de se préoccuper des Epstein files, donc il va provoquer une guerre pour faire plaisir à sa base.
Qu’en est-il réellement ?
Il faut se rendre à l’évidence, cette théorie est ridicule. Elle est ridicule, car elle omet deux principaux aspects du mouvement MAGA : les bases électorales et les comportements politiques.
Comme dans tous les systèmes bipartisans, les partis politiques ne sont pas des touts homogènes, mais une coalition d’ensembles d’intérêts divergents. La base MAGA est composée, entre autres, de libertariens, qui souhaitent une intervention moindre du gouvernement dans l’économie, de protectionnistes, du mouvement America First, donc du mouvement isolationniste, ainsi que de personnes voulant la publication des Epstein files.
Cela va de pair avec les comportements politiques. Lorsque des promesses phares sont reniées, à savoir la cession d’interventions militaires des États-Unis, ainsi que la publication des Epstein files, il y a des conséquences. Une de ces conséquences les plus flagrantes est la fissure de la base électorale MAGA. Il est donc difficile de croire que le mouvement America First, ainsi que le mouvement en faveur de la publication des Epstein files, soient enjoués de soutenir davantage le président américain. Ces mouvements risquent donc de le faire payer très chèrement à Donald Trump lors des élections de mi-mandat qui se dérouleront sous peu. Ou bien ils voteront pour le Parti démocrate, ce qui risque d’être moins probable de se produire, soit ils n’iront pas aux urnes.
Des universitaires et des enseignants partisans
Cette théorie a été proposée par Élisabeth Valet de la Chaire Raoul-Dandurand. Lorsqu’elle l’explique aux médias, sur quoi se base-t-elle pour ses affirmations ? Des études ? Des rapports de recherche ? Non ! Elle se base sur un film intitulé Wag the Dog. Ce film aborde qu’un président fait appel à un spin doctor et un producteur d’Hollywood pour créer une fausse guerre afin de faciliter sa réélection. Ainsi, il est légitime de constater ici la solidité implacable de la preuve.
Même le spécialiste des États-Unis de Québecor et ancien enseignant au collégial Luc Laliberté adhère à cette théorie, ce qui remet en question sa crédibilité et sa capacité de lucidité lorsqu’il est question.
Dans tout ce maelstrom d’incompréhension et d’extrémisme et « d’experts » défilant devant les plateaux de télévision et micros d’émissions de radio, seul Rafael Jacob est le plus nuancé. Il le dit de façon claire : Cela n’a rien à voir avec les Epstein files. Cela a plus à voir avec des années de tensions entre les États-Unis/Israël et l’Iran.
Quel message cela en voit de la part des médias dominants?
Le conspirationnisme, du moment qu’il est antiaméricain, semble être largement accepté chez les médias dominants au Canada. Tant qu’il est question des États-Unis, ces experts semblent se donner à cœur joie à aller dans les théories du complot les plus improbables en ce qui concerne Donald Trump. Certaines théories vont prétendre qu’il est contrôlé par le Premier ministre israélien Benyamin Nethanyahu et que ce dernier l’aurait poussé à l’assister dans les bombardements en Iran. Dans ce texte, il aurait été intéressant d’en parler davantage, mais il fut préférable de se focaliser davantage sur la théorie du complot qui était la plus en vogue ces derniers jours.
Ce déferlement de conspirationniste avec le silence des fameux fact-checkers de Radio-Canada n’envoie pas un beau message à la population. Cela permet et laisse croire que tant qu’il est question d’être antiaméricain, il est possible de tout se permettre de dire et de lancer comme théorie conspirationniste. Il est donc possible d’aller dans l’irrationnalité la plus totale sans vérification des faits, n’allant que dans la théorie.
Or, lorsqu’il est question d’informer une population, en tant « qu’expert », il faut avoir une capacité de prendre du recul, ce qui n’est point chose facile. Il faut donc laisser sa partisannerie de côté (en effet, beaucoup d’entre eux le sont). Certains de ces chercheurs, notamment Charles-Philippe David, ont du mal à mettre de côté cette partisanerie quand il est question des États-Unis. De plus, il faut adopter une approche raisonnée et rationnelle.


