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Le Fonds pour un Canada fort sous le feu des critiques : un fonds souverain financé par la dette?

Moins d’une semaine après l’annonce du Fonds pour un Canada fort par le premier ministre Mark Carney, des voix de différents horizons politiques remettent en question la nature même du véhicule financier. Au cœur du débat : les 25 milliards de dollars promis pour lancer le fonds proviendraient de nouvel endettement public — et non de revenus accumulés comme dans un véritable fonds souverain.

Un fonds souverain sans épargne souveraine?

Par définition, un fonds de richesse souverain — comme ceux de la Norvège, de Singapour ou des États du Golfe — est alimenté par des surplus budgétaires ou par des revenus tirés des ressources naturelles. Ce n’est pas un fonds d’emprunt.

Or, lors de la mêlée de presse du 27 avril, M. Carney a décliné de préciser la source des 25 milliards de dollars, renvoyant les journalistes à la mise à jour économique présentée le lendemain par le ministre des Finances François-Philippe Champagne. Celle-ci a confirmé le montant et un échéancier de versement sur trois ans, sans pour autant en détailler l’origine budgétaire. Le gouvernement fait par ailleurs état d’un déficit persistant.

Elizabeth May : « a pig in a poke »

La critique ne vient pas uniquement des banquettes conservatrices. La cheffe du Parti Vert du Canada, Elizabeth May, a pris la parole à la Chambre des communes le 29 avril pour exprimer des réserves de fond — et a voté dans le même sens que l’opposition conservatrice sur la question.

Mme May a rappelé le cas de la Norvège, dont le fonds souverain a été constitué progressivement sur plusieurs décennies à même les revenus pétroliers, soulignant que le Canada avait, selon elle, manqué l’occasion de faire de même avec ses propres ressources naturelles. Elle a aussi pointé le vide opérationnel de l’annonce : la création d’un bureau de transition chargé de définir les paramètres du fonds à une date ultérieure ne lui a pas semblé suffisante. Pour la cheffe verte, annoncer 25 milliards de dollars d’emprunt pour un fonds dont les détails restent à préciser, c’est acheter « a pig in a poke » — soit, en français, « acheter quelque chose les yeux fermés » ou « acheter à l’aveugle ».

Ce que le gouvernement a mis en place concrètement

Les documents de la mise à jour économique du printemps 2026 confirment la création formelle d’un bureau de transition du Fonds pour un Canada fort. Ce bureau de transition est mandaté pour consulter les marchés financiers et les régulateurs, puis définir la gouvernance définitive du fonds, son mandat d’investissement précis et les modalités du produit d’épargne destiné aux particuliers.

Le gouvernement a précisé que le fonds prendra la forme d’une société d’État indépendante, dotée d’un conseil d’administration à distance du pouvoir politique. Il investira principalement en capitaux propres aux côtés d’investisseurs privés dans des projets d’énergie, d’infrastructures, de mines, d’agriculture et de technologies — une structure distincte de la Banque de l’infrastructure du Canada, qui opère principalement par le biais de prêts plutôt que de prises de participation.

Les paramètres du produit d’épargne destiné aux particuliers — seuil d’entrée, liquidité, rendement, protection du capital — demeurent à définir. Ottawa promet des précisions « dans les prochains mois ».

Ce qu’on ignore encore

Plusieurs zones d’ombre persistent. Le gouvernement n’a toujours pas précisé la source budgétaire exacte des 25 milliards de dollars sur trois ans, ni les critères de sélection des projets admissibles, ni les caractéristiques du produit d’épargne destiné aux particuliers, ni les règles encadrant les éventuels conflits d’intérêts dans les décisions d’investissement. Sebastien Betermier, professeur agrégé en finance à la Faculté de gestion Desautels de l’Université McGill, souligne que le fonds devra être soigneusement coordonné avec les instruments existants — comme la Banque de l’infrastructure du Canada et le Fonds de croissance du Canada — pour éviter chevauchements et inefficacités. Il pointe également un risque inhérent au produit destiné aux particuliers : les fonds souverains suivent généralement des stratégies à long terme et peu liquides, ce qui cadre mal avec les attentes d’épargnants individuels.

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Maxym Perron-Tellier
Maxym Perron-Tellier
Maxym Perron-Tellier est journaliste pour PiluleRouge.ca. Passionné de politique depuis plus de dix ans, il s'est impliqué à plusieurs reprises sur la scène provinciale. Entrepreneur en informatique, il allie rigueur journalistique et regard critique sur l’actualité. Son approche analytique et son sens de l’humour apportent une perspective unique aux sujets qu’il couvre.

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