Québec solidaire vient encore de découvrir une solution magique à la crise du logement : punir ceux qui offrent des logements. Génial. Après avoir passé des années à applaudir l’empilement réglementaire, les délais municipaux, les taxes, les permis, les zonages absurdes, les blocages de projets et la suspicion permanente envers l’investissement privé, voilà maintenant qu’on veut « régler » la crise en s’attaquant aux gains en capital des immeubles locatifs.
La proposition est simple : imposer à 100 % les gains en capital réalisés lors de la vente d’immeubles résidentiels locatifs, avec certaines exemptions pour les propriétaires occupants. QS présente ça comme un « bouclier anti-spéculation ». En français normal, ça veut dire : rendre encore moins attrayant l’investissement dans le logement locatif, puis s’étonner que l’offre locative ne suive pas.
Précisons tout de suite une chose : je ne suis pas en train de dire qu’on parle ici d’un taux d’impôt de 100 %. Techniquement, il s’agit plutôt d’une inclusion complète du gain en capital dans le revenu imposable. Aujourd’hui, dans la logique générale du régime canadien, seule une portion du gain est imposable; l’ARC indiquait notamment que le taux d’inclusion était de 50 % pour 2025.
Mais une fois cette nuance faite, ne jouons pas aux eunuques comptables : l’esprit de la mesure est parfaitement clair. Si je prends un risque, si j’immobilise mon capital, si j’achète un immeuble, si je l’entretiens, si j’encaisse les hausses de coûts, les taux d’intérêt, les taxes municipales, les assurances qui explosent, les mauvais payeurs, les réparations imprévues et la paperasse bureaucratique permanente, l’État arrive ensuite, tablier rouge bien noué et louche fiscale à la main, pour me dire : « Merci camarade, ton rendement, maintenant, c’est notre affaire. »
C’est du vieux bolchévisme de comptoir recyclé en communiqué de presse moderne.
Le plus inquiétant, ce n’est même pas seulement QS. QS joue son rôle habituel : celui du département de recherche et développement des mauvaises idées économiques. Le vrai danger, c’est que les autres partis, trop lâches pour défendre franchement l’économie de marché, finissent par reprendre une version édulcorée de cette logique. Aujourd’hui, QS propose la matraque. Demain, un parti supposément « responsable » proposera la même matraque, mais avec une poignée ergonomique, un comité consultatif et un nom plus rassurant.
C’est comme ça que les idées socialistes gagnent : rarement en arrivant en uniforme soviétique; plus souvent en entrant par la porte d’en arrière, parfumées au vocabulaire de la compassion, de l’urgence et de la justice sociale.
Or, la crise du logement n’est pas une crise du capitalisme. C’est largement une crise de l’anti-capitalisme appliqué au sol, à la construction et à l’investissement. On manque de logements parce qu’on a rendu la construction lente, coûteuse, risquée et bureaucratiquement humiliante. La SCHL estime que les mises en chantier au Canada devraient presque doubler, pour atteindre environ 430 000 à 480 000 unités par année jusqu’en 2035 afin de répondre à la demande projetée. Et la même SCHL reconnaît que les règles d’utilisation du sol affectent fortement l’abordabilité et l’offre : plus les règles sont strictes, plus les coûts montent et plus la croissance du nombre de logements ralentit.
Donc que propose la gauche? Libérer le sol? Accélérer les permis? Autoriser la densification? Réduire les coûts réglementaires? Sécuriser l’investissement? Favoriser la concurrence entre propriétaires? Non. Elle propose de taper sur le rendement après coup.
C’est comme si un pompier arrivait devant une maison en flammes avec un bidon d’essence et une conférence de presse sur la justice climatique.
Et qu’on cesse surtout de faire croire que les loyers auraient été abandonnés aux pulsions sauvages du marché. Pendant des années, le mode québécois de fixation des loyers n’a même pas suivi mécaniquement l’IPC général : il reposait sur une vieille mécanique réglementaire, héritée d’une logique des années 1980, avec une série de critères administrés que le gouvernement vient justement de remplacer par une méthode simplifiée. Le règlement actuel remplaçait d’ailleurs un règlement de 1981, ce qui donne une petite idée de la modernité soviétique de l’affaire. Résultat : en 2021, on parlait d’environ 0,8 % pour un logement non chauffé, puis 1,28 % en 2022, et 2,3 % en 2023, alors que l’IPC québécois montait de 3,8 % en 2021, 6,7 % en 2022 et 4,5 % en 2023. Autrement dit, pendant que les assurances, les taxes, les matériaux, les taux d’intérêt et l’entretien explosaient dans la vraie vie, le propriétaire, lui, devait se contenter d’un rattrapage administré au compte-gouttes. Et lorsque le TAL arrive finalement en 2025 avec une hausse moyenne de 5,9 %, qualifiée d’historique et parmi les plus fortes depuis plus de trois décennies, la gauche pousse des cris d’orfraie comme si on venait de privatiser l’oxygène. Ce n’était pas une orgie capitaliste : c’était le réveil brutal d’un système qui avait longtemps demandé aux propriétaires d’absorber l’inflation en silence, puis de sourire pendant qu’on les traitait de spéculateurs.
La vraie solution libérale est pourtant moins sexy pour les collectivistes, parce qu’elle ne donne pas à l’État le rôle de grand prêtre moral. Il faut permettre de construire plus, plus vite et plus haut. Il faut abolir les zonages qui transforment des quartiers entiers en musées de bungalows protégés. Il faut réduire les délais d’approbation. Il faut cesser de traiter chaque promoteur, chaque petit propriétaire et chaque investisseur comme un parasite à abattre. Il faut comprendre qu’un logement locatif n’apparaît pas par génération spontanée entre deux slogans de manif.
Un logement, ça prend du capital. Et le capital, contrairement aux dépliants de l’IRIS, n’est pas une substance magique qui pousse dans les jardins communautaires subventionnés.
Parlant de l’IRIS, on voit déjà venir les pseudo-experts habituels, ces militants à calculatrice qui se donnent des airs d’économistes parce qu’ils savent mettre un graphique en dégradé dans un PDF. Ils vont nous expliquer, très doctement, que décourager l’investissement va miraculeusement augmenter l’offre, que taxer davantage les propriétaires va soulager les locataires, et que la rareté peut être vaincue en punissant ceux qui produisent ou financent ce qui manque. C’est de l’économie de pancarte : beaucoup de posture, peu de mécanismes, zéro humilité devant les incitatifs.
Le propriétaire n’est pas toujours un ange. Il y a des abus, et ils doivent être sanctionnés. Mais bâtir une politique du logement en partant du principe que tout propriétaire est un prédateur, c’est aussi intelligent que bâtir une politique alimentaire en partant du principe que tout restaurateur est un empoisonneur.
Le Québec n’a pas besoin d’un autre impôt punitif. Il a besoin d’air, de concurrence, de construction et de liberté économique. La crise du logement ne sera pas réglée par des sermons rouges sur les « spéculateurs », mais par une augmentation massive de l’offre. Et pour augmenter l’offre, il faut arrêter de traiter le capital privé comme une maladie honteuse.
QS ne propose pas un bouclier. QS propose une camisole fiscale. Et comme toujours, ce sont les locataires qui risquent de finir étranglés avec les lacets.
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Samuel Rasmussen, alias Le Blond Modéré, est membre des Trois Afueras et collaborateur du podcast Ian & Frank. Titulaire d'une formation en relations internationales à l'Université de Sherbrooke, il s'intéresse particulièrement à la géopolitique, aux zones d'influence et aux différentes formes de pouvoir.