DAVID CHABOT | Ceci est un texte impopulaire !
Vous le savez surement, mais on apprenait ce matin par la bouche d’un communiqué de presse de la Compagnie électrique Lion que l’entreprise se voyait retirer le privilège de vendre des bons de souscription sur le NYSE.
C’est quoi un bon de souscription? En gros, c’est un produit financier qui permet de payer un frais aujourd’hui pour acheter le droit d’acquérir les actions dans le futur à un prix déterminé d’avance. Mettons, je paie 2$ par bon de souscription aujourd’hui pour avoir le droit d’acheter une action à 10$ dans deux ans.
Logiquement, si quelqu’un fait ça, c’est qu’il prévoit que l’action prendra de la valeur dans le futur. Dans mon exemple, l’investisseur a payé 12$ par action (2$ de frais et 10$ pour la valeur prospective de l’action). Disons que l’action vaut 15$ au moment de l’exécution, c’est un profit de 3$ pour chacune d’elles.
Si l’investisseur n’atteint pas le prix souhaité au terme de son contrat de bon de souscription, il peut décider de ne pas acheter l’action au prix prédéterminé. Il perd alors son frais initial (2$ dans mon exemple) et continue de vivre sa vie et de rester en vie.
Maintenant que la minute de littéracie financière est faite, précisons que Lion a perdu son privilège parce que le prix des bons de souscription s’est effondré. La Bourse de New York demande un certain niveau de prix pour lister des produits financiers sans quoi ils se font retirer du marché.
En d’autres mots, Lion s’en va dans le mur parce que les investisseurs jugent que la valeur future de ses actions ne mérite même pas une inscription au NYSE.
Juste de la merde
On s’apprivoise tranquillement, amis lecteurs, et vous n’avez pas encore pu lire des tonnes de chroniques émanant de mon humble plume. J’aime critiquer et analyser de façon froide les sujets, mais j’hais aussi la facilité du type ‘’toute est toujours de la marde au Québec’’. Je ne juge pas ceux qui le font, ça le prend, mais j’essaie quand même de balancer les choses.
Dans le cas de Lion, c’était une catastrophe annoncée dès le départ.
Premièrement, parce qu’Alexandre Taillefer y était mêlé et que bien des choses que cet homme touche virent en catastrophe. Je n’aime pas le gars particulièrement depuis qu’il m’a dit sur Twitter en 2015 que je ne méritais pas d’être en affaires (j’avais des restaurants à l’époque) puisque je ne payais pas mes employés 20$ de l’heure comme lui chez Téo. Suck it now, Alex.
Deuxièmement, parce que le modèle d’affaires de l’entreprise était passablement cave, soit de produire la vaste majorité des composantes elle-même et de prendre 100% du risque. Ce n’est pas unique, bien des entreprises faisaient ça dans le passé, notamment Chantier Davie à Lévis. Ils ont fini par s’écœurer d’être producteurs de tout, mais efficaces dans rien, et ils ont changé le modèle. Maintenant, ils ont créé une longue chaine logistique à travers le Québec qui rassemblent les meilleurs experts de tous les domaines.
Enfin bref, Lion est mort sans le savoir et sera probablement rachetée à petit prix sous peu. Le Québec perdra assurément sa chemise, ayant investi des millions à travers diverses rondes de financement. Ce n’est pas sans rappeler les fabuleuses histoires de la C-Series, de la cimenterie de McInnis, Taïga motoneige et la filière batteries à venir.
Okay, pas JUSTE de la merde
Donc là, j’ai chialé.
Maintenant, ce n’est pas vrai que toutes les histoires de financement public sont des catastrophes. La filière des jeux vidéo à Québec est certes soutenue par des crédits d’impôt généreux, mais elle emploie des milliers de travailleurs bien payés et qui génèrent ensuite des dizaines de petits studios indépendants de grande qualité. La grappe aérospatiale de Mirabel et les environs fonctionne bien et embauchent les meilleurs talents. Malgré l’opinion de certains, les médias traditionnels ont leur place importante dans le débat public (bien que oui, parfois ils sont biaisés) et sans un support financier public, ce serait un champ de ruine.
(Je suis disponible pour me faire lancer les tomates prévisibles demain vers 16h, merci.)
Tout est dans la nuance, Pierre
La vérité est un jeu de nuances. Dans certains domaines, les subventions sont inutiles et contreproductives parce qu’on vient simplement tasser la dynamique privée pour choisir les gagnants d’avance. Lion est l’exemple parfait, ayant outrepassée Girardin à Drummondville simplement parce qu’elle avait de meilleurs contacts gouvernementaux. On avait un joueur déjà solide et expert dans son domaine et on a choisi d’en favoriser un autre plus… incertain.
Ça, c’est plate.
Cependant, les secteurs qui sont hautement subventionnés et compétitifs à l’échelle mondiale, notamment en recherche médicale et en haute technologie, sont dans une game à part. Pour attirer les géants, il faut mettre de l’argent sur la table parce qu’ils iront là où ce sera le plus rentable. Est-ce que c’est la bonne chose dans le grand schéma de la vie? Bien sûr que non, mais c’est ça la game dans la game, pour citer un philosophe célèbre.
Ce que je préfère, ce sont les programmes normés pour des initiatives précises. Pensons par exemple au programme ClimatSol+ en immobilier. Le programme permet de subventionner jusqu’à 50% des coûts de décontamination d’un terrain. L’enveloppe n’est pas infinie, mais elle permet de faire la différence dans le cas d’un projet industriel ou résidentiel qui est serré dans le chiffrier Excel. La nuance, c’est que ce sont souvent des projets au centre de la ville, là où on veut redévelopper les terrains pour favoriser la densification et freiner l’étalement.
C’est un exemple précis, mais il y a une foule de programmes qui peuvent fonctionner si toutes les entreprises ont la même chance de gagner.
Mais au final, on fait quoi ?
Je chroniquais à BLVD lundi dernier pour parler de l’initiative du PLQ pour créer un Directeur parlementaire du budget à Québec. Je trouve l’idée excellente puisqu’on pourrait enfin mettre un chiffre sur les annonces politiques et surtout évaluer la valeur actualisée nette de l’ensemble des coûts à terme. It’s all about the data.
L’effort de plus, c’est d’évaluer aussi annuellement l’efficacité et les retombées économiques des programmes du gouvernement. Il y a des dizaines d’initiatives inconnues qui sont gérées par des fonctionnaires anonymes et qui ne servent pas, ou plus, à grand-chose. Peut-être étaient-ils une bonne idée au départ, peut-être que non, mais on ne peut pas accepter qu’ils soient immortels malgré une efficacité variable.
Une grande analyse économique des programmes existants et un bon coup de hache dans les inutiles pourraient avoir des résultats surprenants, tant sur l’argent directement décaissé que sur le nombre de brasseux de papiers requis dans les ministères.
Le directeur parlementaire du budget pourrait aussi se pencher sur l’équité des initiatives entre les entreprises ou les secteurs économiques. Ce serait plus compliqué, chaque projet a ses caractéristiques, mais il faudrait au moins démontrer d’une façon ou de l’autre la pertinence d’une intervention économique nouvelle et s’assurer que tous on la chance d’y participer.
Enfin bref, on ne refera pas le monde aujourd’hui, mais il faut impérativement que le prix politique d’une aventure aussi désastreuse que Lion redevienne élevé. Je ne suis pas partisan, je ne souhaite pas qu’un parti politique gagne plus qu’un autre. Je voudrais, bien simplement, que les élus soient imputables au même titre qu’ils souhaitent rendre les gestionnaires de Santé Québec ou de l’Agence des transports imputables.
Ce qui est bon pour minou doit être bon pour pitou.


