Depuis le début des années 2010, le Canada avait adopté une politique d’engagement accru envers la Chine, cherchant à diversifier ses marchés et à attirer des investissements. Le gouvernement conservateur de Stephen Harper avait notamment ratifié en 2014 l’« Accord de promotion et de protection des investissements » (FIPA) avec Pékin, fruit d’une signature secrète en 2012. Ce traité bilatéral, qualifié de « plus important accord commercial depuis l’ALENA » par ses promoteurs, visait à sécuriser les investissements réciproques. Il est entré en vigueur lors de la vente de Nexen, une société albertaine, à CNOOC (société pétrolière d’État chinoise) pour 15,1 milliards de dollars. Cet investissement massif chinois au Canada a alimenté les craintes sur l’ouverture consentie à Pékin, alors que l’on s’interrogeait sur l’impact sur les ressources nationales. Toutefois, Ottawa faisait valoir que ces rapprochements économiques « créent des emplois et des occasions pour les Canadiens dans toutes les régions du pays ».
Sur le plan commercial, la Chine était devenue un partenaire majeur pour le Canada. En 2017, Pékin était le premier marché d’exportation du Canada en Asie, même si les données de 2016 montrent un déficit commercial important (le Canada importait plus de 44 milliards de dollars de la Chine que ce qu’il lui vendait). Ce déséquilibre n’a pas ralenti les échanges et les tentatives de libre-échange : en 2012, la Chine et le Canada ont même entamé des négociations en marge de forums multilatéraux. Dans cet esprit, le Canada croyait que l’ouverture économique favorisait « la protection et la confiance » nécessaire pour ses entreprises à l’étranger.
Cependant, ce rapprochement au cours de la décennie 2010 n’allait pas sans limites. D’un côté, le Canada bénéficiait de débouchés pour ses ressources naturelles (pétrole, gaz, minéraux) et ses produits agricoles. Par exemple, la Chine importait une part croissante du canola canadien et était un marché important pour le porc et les produits de la mer. En 2023, plus de la moitié du canola canadien partait vers la Chine (évalué à environ 3,7 milliards de dollars). De l’autre, Pékin restait fermé sur des secteurs sensibles (technologie, infrastructures stratégiques) et gardait le monopole sur l’accès à son immense marché. Au fil du temps, nombre d’observateurs notaient également que le tournant commercial posait des risques : le gouvernement canadien en place appelait à diversifier les fournisseurs et conseillers (par exemple en invitant le gouverneur général au pavillon canadien de l’Expo 2010 à Shanghai) afin de ne pas dépendre d’un seul partenaire.
L’affaire Huawei (2018–2021) et ses conséquences durables
Le véritable décrochage dans les relations sino-canadiennes est survenu en décembre 2018, lorsque la police canadienne a arrêté Meng Wanzhou, directrice financière de Huawei, à la demande des États-Unis. Cet événement a été suivi immédiatement d’une réaction brutale de Pékin : en quelques jours, la Chine a détenu deux Canadiens, l’ex-diplomate Michael Kovrig et l’homme d’affaires Michael Spavor, dans ce qui a été largement interprété comme de l’« otage-diplomatie ». Ces arrestations survenaient « des jours plus tard » que celle de Meng, selon un compte rendu de l’époque. Pendant près de trois ans, les « Deux Michaels » sont restés emprisonnés en Chine, constituant une crise diplomatique sévère.
L’affaire s’est finalement dénouée en septembre 2021 : Meng a conclu un accord de plaider coupable négocié avec la justice américaine, et a aussitôt regagné la Chine. Quelques heures après cette résolution, Michael Kovrig et Michael Spavor ont été libérés et rapatriés au Canada. Dans un communiqué historique, Justin Trudeau s’est félicité de leur retour, affirmant que « les Canadiens seront ravis » de savoir que Kovrig et Spavor sont de retour au pays. Pour sa part, Meng a publiquement remercié les autorités canadiennes de « défendre l’état de droit » dans ses affaires juridiques.
Malgré cette conclusion heureuse pour les deux Canadiens, l’incident a durablement refroidi la confiance bilatérale. En conséquence, l’administration Trudeau a pris des mesures de sécurité préventives : en mai 2022, le premier ministre a annoncé que le Canada rejoindrait ses alliés (notamment les États-Unis et le Royaume-Uni) pour interdire Huawei des réseaux 5G nationaux. Cette décision, longtemps retardée, visait à protéger les infrastructures critiques contre un risque d’espionnage potentiel que les pays occidentaux imputaient à l’équipement de Huawei. En somme, l’affaire Huawei (2018–2021) a cristallisé la méfiance : au lieu de resserrer les liens, elle a incité Ottawa à renforcer sa vigilance sur les technologies chinoises sensibles.
Ingérence politique chinoise : révélations et perception publique
Pendant cette période, plusieurs révélations ont montré l’ampleur supposée de l’influence chinoise dans la politique canadienne. Au fil de 2022 et 2023, des médias ont publié des analyses de documents du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS/CSIS) faisant état de tentatives dirigées par Pékin pour influencer les élections fédérales. Ainsi, en avril 2024, un rapport officiel a confirmé que le CSIS avait conclu que « la RPC (République populaire de Chine) est intervenue clandestinement et de manière trompeuse dans les élections de 2019 et 2021 ». Selon ce même rapport, les activités d’ingérence chinoise visaient « principalement à soutenir » des candidats perçus comme « pro-RPC » ou « neutres » sur les questions prioritaires de Pékin.
De son côté, la publication d’extraits de documents confidentiels (par le biais de Global News et du Globe and Mail) a détaillé des tactiques complexes : elles comprenaient des campagnes de désinformation sur les réseaux sociaux, des dons occultes à des candidats favorables, et des pressions diplomatiques indirectes. Par exemple, en août 2023, le gouvernement a établi qu’un réseau de désinformation en ligne — notamment sur la plateforme chinoise WeChat — visait à saboter la réputation de l’élu Michael Chong, député conservateur critique de la Chine. Pékin a de son côté nié toute implication directe dans ces opérations. Chong lui-même a dénoncé publiquement ces manœuvres, les qualifiant « d’exemples graves » des tentatives du Parti communiste chinois d’« interférer dans notre démocratie ».
Le cas de M. Chong a été particulièrement emblématique : en mai 2023, il a appris par la presse qu’un rapport du SCRS mentionnait des menaces d’intimidation visant lui et sa famille en Chine. Ce scandale lui a valu d’exiger du gouvernement qu’il révise son protocole de communication : « Le gouvernement aurait dû m’informer de ce rapport », a-t-il déclaré, et il a demandé l’expulsion du diplomate en cause. Le premier ministre Trudeau a condamné cette intimidation d’un député comme « absolument inacceptable » et a promis que les institutions gouvernementales enquêteraient davantage.
Ces affaires ont profondément marqué l’opinion publique canadienne. Même avant les révélations les plus récentes, les sondages montraient une forte défiance : en 2021, à peine 14% des Canadiens voyaient la Chine d’un œil favorable. À l’inverse, une majorité jugeait Pékin comme une menace majeure pour le pays. Cet environnement de défiance a placé Ottawa sous pression : d’un côté, les partis d’opposition réclamaient une enquête publique approfondie sur les interventions étrangères, de l’autre les responsables gouvernementaux invoquaient la confidentialité des renseignements pour limiter le débat public. Le bilan net est un climat de méfiance généralisée — élus et citoyens perçoivent désormais la Chine comme un interlocuteur potentiellement hostile, ce qui complique toute normalisation rapide des relations.
Postes de police « clandestins » chinois au Canada
Un autre épisode révélateur a été la découverte de soi-disant « postes de police » clandestins opérant au Canada. Depuis 2021, des enquêtes policières ont examiné des centres communautaires en Ontario et au Québec soupçonnés d’intimider des Chinois d’origine, au nom des autorités de Pékin. En mai 2023, le ministre fédéral de la Sécurité publique, Marco Mendicino, a reconnu publiquement qu’il existait probablement plusieurs de ces antennes secrètes gérées par des agents chinois. Il a affirmé que la GRC avait pris « des mesures concrètes pour démanteler » les premières installations découvertes et promettait de frapper « de façon décisive » tout nouveau cas.
Les autorités canadiennes ont dénoncé ces « postes de police » comme des violations du droit international. Le gouvernement a exigé auprès de l’ambassadeur de Chine la fermeture de ces bureaux non autorisés et menacé de répercussions si Pékin ne s’y conformait pas. Officiellement, la GRC a déclaré que, d’après ses enquêtes, ces stations ne fonctionnaient plus sur le territoire canadien. Le sous-ministre des Affaires étrangères a même indiqué en juin 2024 que les dernières activités similaires avaient été stoppées et que les enquêtes étaient en cours.
Malgré cela, la population sino-canadienne est restée inquiète. Des journalistes ont constaté que certains centres soupçonnés tournaient « normalement », ce qui laissait entendre que le gouvernement n’avait pas scellé toutes les installations. En pratique, ces révélations ont mis en évidence un nouveau défi : elles ont montré comment les services de sécurité chinois cherchaient à surveiller et contrôler les dissidents à l’étranger, y compris sur sol canadien. Pour Ottawa, cela soulève un questionnement délicat sur la tolérance de telles pratiques dans la communauté internationale. D’autant qu’au plan diplomatique, ces affaires ont alimenté les « mesures de représailles » : par exemple, en mai 2023, Ottawa a expulsé la diplomate Zhao Wei, accusée d’avoir intimidé un politicien canadien, ce à quoi Pékin avait répondu en renvoyant notre diplomate à Shanghai.
Les défis sécuritaires pour Mark Carney : fermeté sur la scène mondiale
Depuis son entrée en fonctions en avril 2025, le premier ministre Mark Carney hérite de cet héritage complexe. Son premier grand défi est de naviguer entre la pression de ses alliés occidentaux et les attentes domestiques. D’un côté, les gouvernements amis, notamment Washington et Londres, s’attendent à une position ferme face à la Chine, dans l’ombre des États-Unis qui réorientent leur stratégie vers l’Indo-Pacifique. De l’autre, l’opinion publique canadienne, déjà rétive au modèle chinois, demande des garanties renforcées en matière de sécurité nationale. Carney a d’ailleurs adopté un discours clair pendant la campagne électorale : il a nommé « la Chine » quand on lui demandait quelle était la plus grande menace géopolitique pour le Canada. Il a spécifiquement fustigé les interférences étrangères de Pékin et son alignement avec la Russie dans le conflit ukrainien, affirmant que « la Chine est la plus grande menace d’un point de vue géopolitique » et qu’il fallait y réagir en conséquence.
Cette posture plus ferme tranche avec la diplomatie antérieure et souligne la méfiance croissante. Elle est saluée par certains comme nécessaire pour défendre la démocratie et les intérêts nationaux. Toutefois, elle oblige aussi le gouvernement à ajuster ses politiques : par exemple, Carney devra renforcer la cybersécurité et le contre-espionnage, en coordination avec ses services de renseignement, pour contrer les menaces chinoises (que ce soit via Internet, les réseaux ou des agents). La surveillance politique et économique chinoise a fait de la sécurité intérieure un sujet prioritaire. Par conséquent, on s’attend à ce que Carney maintienne ses alliés au courant et intensifie la coopération au sein des instances internationales comme le Five Eyes ou l’Alliance du Pacifique indo-américaine.
À la maison, Carney doit également apaiser les craintes des communautés concernées. La reconnaissance publique par le pouvoir exécutif de la réalité du problème — en rappelant l’expulsion de diplomates impliqués et en finançant les enquêtes — reste une question délicate. Les révélations sur l’ingérence ont fragilisé la confiance envers les gouvernements précédents, et Carney a intérêt à montrer qu’il ne tolérera aucun compromis sur la sécurité du pays. En somme, le nouveau Premier ministre doit équilibrer fermeté et transparence : il vient dans un climat où la Chine est perçue comme « un acteur perturbateur » (terme même employé dans la stratégie indopacifique de 2022), et il promet de contrer activement les menaces sans pour autant rompre tous les canaux diplomatiques.
Entre réalisme économique et impératifs de sécurité : l’équilibre délicat
Le gouvernement Carney fait face à un dilemme stratégique majeur : doit-il durcir sa position envers Pékin au risque de perdre des opportunités économiques, ou tenter de maintenir des relations commerciales solides tout en réagissant aux pressions sécuritaires? Cette question se pose particulièrement dans des secteurs sensibles.
Du côté économique, la Chine reste l’un des principaux partenaires commerciaux du Canada. Outre les ressources naturelles (minerais, combustibles) et les produits agricoles (le canola, le porc, les produits de la mer ont représenté plusieurs milliards de dollars de ventes annuelles vers la Chine), de nombreux projets touchent aux technologies vertes. Par exemple, la transition énergétique mondiale fait du Canada un fournisseur clé de minéraux critiques pour les batteries et l’électrification, domaines pour lesquels les entreprises chinoises sont aussi des acteurs majeurs. De même, la construction d’infrastructures (énergies renouvelables, télécommunications, transports) impliquait parfois des firmes chinoises ou des équipements chinois à des coûts compétitifs. La réciproque existe : plusieurs compagnies canadiennes cherchent des débouchés en Chine pour leurs produits ou participent à des investissements conjoints dans l’écotechnologie.
Toutefois, ces intérêts économiques creusent le fossé avec les impératifs de sécurité. L’expérience récente a montré que Pékin n’hésite pas à exploiter les leviers économiques. Ainsi, en mars 2025, la Chine a imposé des tarifs douaniers punitifs sur environ 2,6 milliards $ d’exportations agricoles canadiennes (huile de canola, tourteau, pois, fruits de mer, porc) en représailles aux droits canadiens sur les véhicules électriques chinois et l’acier. Ce geste de rétorsion illustre bien le coût politique pour Ottawa de s’aligner sur la politique commerciale américaine. Les élites agricoles canadiennes s’inquiètent naturellement de ces mesures : la moitié des exportations mondiales de canola était destinée à la Chine avant ces disputes, et certains produits (comme certaines coupes de porc) n’ont pas d’autres grands marchés de substitution immédiats.
Dans le même temps, le Canada doit aussi investir pour ses besoins domestiques et son rôle sur la scène internationale. Carney a promis d’augmenter la part du PIB consacrée à la défense pour respecter l’engagement de l’OTAN (2 % d’ici 2027), notamment pour moderniser les forces armées et préserver la défense arctique en coopération avec les États-Unis (NORAD). Ces dépenses, bien que séparées du dossier sino-canadien, pèsent sur les ressources budgétaires et diminuent les marges de manœuvre fiscale. Elles accentuent la nécessité de diversifier les partenaires commerciaux. À ce titre, Carney a souligné qu’outre la relation conflictuelle avec Washington, « le système commercial mondial est en train de se réorganiser » et qu’il existe « d’énormes opportunités en Europe, en ASEAN et au Mercosur » qu’Ottawa entend saisir. Cette ligne de « diplomatie diversifiée » vise à réduire la dépendance à l’égard de la Chine (comme du seul marché américain), tout en répondant aux inquiétudes sécuritaires.
Ainsi, la politique de Carney face à Pékin empruntera un juste milieu : maintenir un dialogue bilatéral (diplomatique, économique ou multilatéral) quand c’est opportun, mais en encadrant strictement la coopération dans les secteurs sensibles. Par exemple, les entreprises canadiennes de technologies de l’information et de communications sauront qu’elles risquent désormais un filtrage étatique renforcé sur tout partenariat avec des firmes chinoises. De même, les fermiers et industriels devront vivre avec une dose de relocalisation progressive de leurs exportations. Globalement, Ottawa semble s’orienter vers un « engagement conditionnel » : prêt à faire du commerce quand cela sert les intérêts nationaux, mais prêt à sévir économiquement en réaction à toute menace perçue. Cette posture sera d’autant plus scrutée que la balance entre gains commerciaux et sécurité nationale reste difficile à peser avec précision.
Le rôle du Canada au sein des alliances occidentales
Enfin, les choix canadiens envers la Chine s’inscrivent dans le cadre plus large des alliances internationales. Le Canada est membre fondateur du Five Eyes, réseau de renseignement anglo-saxon. Or, sous l’administration Trump, la place du Canada dans ce cercle a été menacée par les tensions commerciales : des responsables américains ont un temps suggéré d’exclure Ottawa du pacte à cause de ses différends tarifaires avec Washington. Cette hypothèse a suscité l’inquiétude des experts canadiens, qui considèrent une telle rupture comme une « erreur auto-infligée » pour les Américains compte tenu des capacités uniques du Canada (défense satellitaire, renseignement de l’Arctique). Carney devra donc rassurer ses partenaires : maintenir le cap sur le partage d’informations confidentielles, sans céder sur les questions de sécurité.
Sur le plan stratégique, le gouvernement Trudeau avait élaboré en 2022 une Stratégie Indo-Pacifique qui classe la Chine comme une puissance « perturbatrice » et vise à intensifier la présence diplomatique dans la région. Aujourd’hui, le Canada participe aux initiatives de coordination avec ses alliés (par exemple la Déclaration trilatérale AUKUS entre Australie, Royaume-Uni, États-Unis, qui envisage d’accueillir plus tard d’autres partenaires), et il entretient des liens avec les pays d’Asie du Sud-Est, du Pacifique et de l’Inde. Le résultat géopolitique est double : d’un côté, cela isole davantage Pékin, puisque le Canada s’aligne avec les démarches communes (sanctions, sommets, forums « contre le « modèle autoritaire » chinois) ; de l’autre, cela peut exposer Ottawa à des représailles économiques supplémentaires de Pékin, conscient de cette coopération renforcée entre Ottawa et d’autres démocraties.
Enfin, au sein de l’OTAN et du G7, le Canada plaide pour une réponse occidentale unifiée face aux défis posés par la Chine, tout en rappelant que ses priorités incluent aussi le maintien de la paix et la lutte contre le changement climatique. L’ampleur de ces engagements occidentaux souligne que les décisions bilatérales Ottawa-Pékin ont désormais une portée mondiale : chaque ton plus dur ou plus conciliant du Canada vis-à-vis de la Chine est observé dans le contexte d’une possible nouvelle « Guerre froide » sino-américaine. Dans ce jeu d’alliances, Carney doit donner l’impression de défendre fermement les valeurs communes (droits de la personne, sécurité démocratique) tout en essayant de maintenir un mode de relation stable et prévisible avec Pékin.
Depuis 2010, la relation Canada–Chine a oscillé entre opportunisme économique et défi sécuritaire. Sous le mandat de Mark Carney à partir d’avril 2025, cet équilibre devient plus périlleux que jamais : il s’agit de préserver les retombées économiques (donnant accès à des marchés stratégiques ou à des ressources essentielles) sans jamais compromettre la sûreté nationale et les institutions démocratiques. Les derniers événements — interférences politiques révélées, postes policiers clandestins, sanctions commerciales — ont creusé un fossé de confiance. Le gouvernement Carney se présente en arbitre de ce conflit d’intérêts. Sa diplomatie choisira la fermeté sur des bases factuelles (menaces numériques, espionnage, violations des droits), mais conservera des canaux économiques là où cela reste gagnant pour le Canada. Au final, Ottawa doit faire preuve de pragmatisme sans naïveté : dans le concerto stratégique du début de 2025, le Canada entend garder une place aux premières loges des alliances occidentales tout en ménageant ses atouts commerciaux, afin de ne pas se retrouver seul entre l’ours russe et le dragon chinois.


