David Chabot | Il y a quelque chose d’ironique à avoir vu Justin Trudeau se pavaner à Mar-a-Lago, lieu de haute luxure, avec Trump pendant que le Canada est au bord de l’épuisement financier. Notre premier ministre sortant, qui a passé près de 10 ans à distribuer l’argent des autres comme un père Noël en campagne électorale perpétuelle, nous laisse une dette nationale qui excède les 108% de notre PIB.
Pour mettre ça en perspective, c’est comme si une famille qui gagne 100 000$ par année devait 108 000$ sur sa marge de crédit. Pas la fin du monde quand tout va bien, mais sacrément inconfortable quand arrive une urgence ou que le taux d’intérêt monte.
Je ne suis pas de ceux qui croient que les gouvernements ne devraient jamais utiliser la dette et les déficits dans des cas précis. L’endettement national à des taux d’intérêt dérisoires permet souvent de lancer des phases d’infrastructures à faible coût et qui seront structurantes à long terme.
On pense évidemment à Hydro-Québec, mais à moindre échelle, ça peut s’appliquer à des usines de traitement d’eau ou des nouvelles routes sur une voie à haute fréquence, voire même (oh, j’ose) financer des projets de transport en commun.
Par contre, les politicos et les gauchistes oublient souvent que s’endetter publiquement doit se faire pour des raisons précises et mesurables, et pas seulement ‘’pour la justice sociale’’.
L’héritage Harper vs la folie Trudeau
Il faut se rappeler d’où on vient. En 2015, quand Stephen Harper a quitté le pouvoir, le Canada sortait d’une crise financière majeure avec un ratio dette/PIB d’environ 85%. Pas idéal, mais gérable, considérant comment 2008 avait fait mal. Harper, malgré tous ses défauts, avait compris qu’un pays, comme un ménage, doit garder de la marge de manœuvre pour les temps difficiles.
Entre en scène, Justin Trudeau avec son « le budget va éventuellement se balancer tout seul ». Neuf ans plus tard, on réalise que la seule chose qui a été balancée aux poubelles, c’est notre capacité à réagir aux crises. Même avant la COVID, le gouvernement libéral alignait les déficits comme s’il n’y avait pas de lendemain. La PCU et les autres mesures d’urgence n’ont fait qu’accélérer une tendance déjà bien établie.
Certains commentateurs et fans de dette publique mentionnent religieusement que John Maynard Keynes, le pape de l’économie moderne, prêchait l’endettement public en temps de crise. C’est vrai, et ils ont bien appris leur leçon – du moins, la première partie. Ce qu’ils oublient commodément, c’est que Keynes parlait d’un cycle complet: s’endetter quand ça va mal, mais rembourser quand ça va bien.
C’est comme quelqu’un qui ne lirait que la première moitié d’une recette de cuisine. Oui, il faut casser les œufs pour faire une omelette, mais si tu t’arrêtes là, tu te retrouves juste avec du jus jaune et froid pour déjeuner. Nos politiciens modernes sont devenus experts dans l’art de citer Keynes (s’ils le connaissent tout court) pour justifier les déficits, mais développent soudainement une amnésie sélective quand vient le temps de parler de remboursement.
Entre 2015 et 2019, avant la pandémie, l’économie canadienne tournait à plein régime. C’était le moment parfait pour rembourser la dette, exactement comme Keynes le prescrivait. Au lieu de ça, on a multiplié les programmes et creusé le déficit dans une nième déclaration de l’importance de ‘’soutenir la classe moyenne’’. C’est comme si on avait gardé le robinet d’eau ouvert même après que l’incendie avait été éteint – au cas où un autre feu se déclarerait.
Quand les comparables font mal
Regardons nos voisins et partenaires du G20. L’Allemagne, souvent citée comme exemple de rigueur financière, maintient un ratio dette/PIB de 62.9%. La Chine, qu’on accuse de tous les maux, est à 83.4%. Même le Royaume-Uni, qui s’est tiré dans le pied avec le Brexit, fait mieux que nous à 97.6%.
Bien sûr, les États-Unis sont à 122%, mais ils ont l’avantage d’imprimer la monnaie mondiale de référence, ce qui garde leur cote de crédit et la confiance derrière le dollar au plafond. C’est clairement un avantage incomparable, même pour un pays souverain qui a sa propre monnaie comme le Canada.
Là où ça devient gênant, c’est quand on regarde la Russie. Oui, Poutine est un autocrate qui fait la guerre à ses voisins. Oui, leur économie est basée pratiquement uniquement sur des ressources naturelles qu’ils exploitent sans grande considération environnementale. Mais leur ratio dette/PIB est de 14.9%.
Cette faible dette leur donne une liberté d’action que nous n’avons plus. Quand les sanctions occidentales sont tombées après l’invasion de l’Ukraine, la Russie a pu résister précisément parce qu’elle n’était pas étranglée par sa dette. Pendant ce temps, nous tremblons à l’idée que Trump impose des tarifs sur nos exportations. Il n’y a pas de plan B.
Ce serait absurde de comparer la guerre en Ukraine et un conflit commercial entre le Canada et les États-Unis, mais il y a quand même un fil conducteur. Comme dans nos vies privées, la gestion d’un pays est beaucoup plus simple si on ne se doit pas le cul aux banques et aux créditeurs.
Désolé maman, j’ai utilisé un gros mot.
Les ressources, ce mal nécessaire
On peut bien critiquer l’approche géopolitique russe, mais au moins ils ont compris quelque chose: les ressources naturelles, c’est du pouvoir qui dort. Le Canada a des richesses naturelles immenses – pétrole, gaz, minéraux critiques – mais on préfère les laisser dans le sol au nom d’une vertu environnementale qui ne change strictement rien au bilan planétaire.
Pendant qu’on bloque des projets comme GNL Québec, l’Europe achète du gaz russe ou brûle du charbon. Pendant qu’on hésite à développer nos mines de lithium, la Chine consolide son monopole sur les minéraux critiques. C’est comme refuser de vendre sa maison par principe pendant qu’on s’endette sur sa carte de crédit.
Comprenez-moi bien, l’environnement, c’est fucking important. Scrapper des écosystèmes en entier, ça ne se fait pas pour le kick et il faut que ça en vaille la peine. Je ne parle pas de quatre grenouilles en périmètre urbain, mais déplacer des rivières ou émettre des gaz nocifs, ce n’est pas banal. Il ne faut pas sous-estimer l’impact de notre mode de vie.
On est toutefois malheureusement destiné à exploiter la planète pour survivre, qu’en diront les bleeding hearts pour qui chaque quenouille a une valeur plus grande que leur voisin – humain. Il y a moyen d’encadrer cette exploitation ici pour éviter de le faire tout croche (et vraiment, c’est tout croche) comme ailleurs.
Il faut approcher la balance des inconvénients sur un angle environnemental planétaire tout en se réservant les profits et la réduction de l’endettement collectif pour le bénéfice local.
Je sais bien, on ne réinvente pas la roue à trois boutons en disant ça (salut Sam Hamad), mais c’est tristement nécessaire de le rappeler fréquemment.
La facture qui s’en vient
Trump menace d’imposer des tarifs de 25% sur tout ce qui traverse la frontière? En 2015, on aurait peut-être eu la marge de manœuvre pour encaisser le coup et riposter.
D’un point de vue microéconomique, chaque perte d’emploi est une catastrophe, mais d’un point de vue national, quand t’as de la place sur la dette, ce n’est pas stressant de prendre le coup pendant quelques années, quitte à avoir des programmes de type PCU en cas d’extrême-onction économique.
En 2025, avec une dette qui explose et des taux d’intérêt qui montent, on est à la merci de nos créanciers.
Les paiements d’intérêts sur la dette fédérale représentent maintenant 10% du budget national, ce qui est quand même fou raide. On doit générer 47G$, presque 1000$ par Canadien, juste pour payer l’intérêt. D’accord, ça ne va pas seulement dans les poches de Xi Jinping ou des boss de Wall Street, mais cet effort fiscal nous empêche par exemple de faire passer la dépense en défense à 2% du PIB annuel comme demandé par Trump et l’OTAN.
Le prix des promesses faciles
Le problème avec Trudeau, ce n’est pas tant qu’il ait dépensé pendant la COVID – tous les pays l’ont fait. C’est qu’il n’a jamais arrêté de dépenser comme si on était toujours en crise. Garderies nationales, soins dentaires, programmes pour les ainés – toutes des bonnes idées en soi, mais financées comme un étudiant qui s’achète une BMW sur sa carte de crédit.
Harper n’était peut-être pas le plus charismatique des leaders, mais au moins il comprenait une vérité fondamentale: un gouvernement qui n’a plus de marge de manœuvre financière n’est plus vraiment souverain.
Les prochaines élections ouvrent une porte d’espoir à ce sujet-là. On est encore loin du compte, mais ça s’enligne pour un affrontement Poilièvre vs Carney. Alors qu’on pensait le tout canné d’avance pour les Conservateurs, ça va chauffer plus qu’on l’aurait souhaité avec Carney qui semble s’imposer comme chef du PLC et premier ministre temporaire.
Ancien gouverneur de la Banque du Canada, il a un CV quand même garni. Par contre, son bilan économique n’est pas toujours encensé et je ne suis pas certain qu’il est le candidat de l’économie que tout le monde croit voir. L’establishment libéral sera en poste, peu importe qui est élu chef, et on ne changera probablement pas grand-chose à la façon dont on gère les finances du pays.
En conclusion : le temps des choix difficiles
Le prochain gouvernement, qu’il soit conservateur ou libéral, va hériter d’un pays financièrement vulnérable au moment même où l’environnement international se durcit. Les taux d’intérêt ne redescendront probablement pas aux niveaux historiquement bas qu’on a connus, et les menaces commerciales de Trump ne sont peut-être que le début. Le taux de change est en chute libre et sans voie de sortie alternative pour l’énergie, on va être dans le coin en punition un bon moment.
Il va falloir faire des choix difficiles. Soit on continue sur la voie actuelle jusqu’à ce qu’une crise nous force à des mesures d’austérité drastiques, soit on prend le taureau par les cornes maintenant. Ça veut dire repenser nos programmes sociaux, mais aussi avoir le courage d’exploiter nos ressources naturelles de façon responsable.
Parce qu’au final, la souveraineté d’un pays ne se mesure pas juste à ses lois ou à ses frontières, mais aussi à sa capacité de dire « non » quand il le faut. Et avec une dette de 108% du PIB, on n’est plus vraiment en position de dire grand-chose d’autre.
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David Chabot, professionnel des relations publiques et de la gestion politique, a d’abord été restaurateur avant de se réorienter vers la politique municipale, sa passion. Aujourd’hui Chef des communications et Directeur du bureau du président d’une grande entreprise immobilière, il collabore avec des décideurs politiques et économiques. Titulaire d’un baccalauréat en science politique, il complète une maîtrise en affaires publiques et un MBA en gestion immobilière à l’Université Laval. Pragmatique et stratège, il excelle en négociation, planification et influence.