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L’Union européenne, entre fédéralisme forcé et ambitions militaires 🔒

Cela fait trois ans que la guerre en Ukraine a été déclenchée. Selon les observateurs, l’Ukraine ne pourra pas vaincre la Russie. Donc, Donald Trump tente de signer un cessez-le-feu ou un accord de paix afin de mettre fin à ce conflit sanglant. Mais, l’Europe utilise cette guerre pour se donner une légitimité qu’elle a perdue depuis quelques années. Alors, elle veut que cette guerre se poursuivre afin de redonner à l’Union européenne sa grandeur passée.

Ghislain Benhessa est Docteur en Droit et expert de la politique française.  

Simon Leduc : Donald Trump veut mettre fin à la guerre en Ukraine. Il en a marre que son pays paie pour financer un conflit militaire lointain. Le président américain tente de négocier avec Vladimir Poutine afin d’arriver à ses fins. Quelle est la position de la France sur la guerre en Ukraine ?

Ghislain Benhessa : « Depuis deux ans, Emmanuel Macron a une position ferme et claire sur cette question. Ce dernier ne veut pas que l’Europe baisse la garde face à la menace russe. Depuis un an, il envisage d’envoyer des troupes françaises en sol ukrainien dans le cadre de cette guerre. Au début de ce conflit, le président Macron avait essayé de négocier avec le dirigeant russe, sans succès. Petit à petit, Macron est devenu le fer de lance d’un soutien européen fort à l’Ukraine et d’un scepticisme vis-à-vis du discours de paix de Donald Trump. La semaine dernière, le dirigeant français a affirmé clairement son opposition à l’acceptation d’une négociation qui serait favorable à la Russie. Il a clairement dit que la France va continuer de soutenir l’Ukraine même si cela mène à un éloignement avec les États-Unis. La France fait la guerre contre la Russie par forces interposées en utilisant l’Ukraine pour combattre la nation russe.

Donc, la France est en rupture avec les tentatives de paix et la volonté de négociation de Donald Trump. »

Tous les pays d’Europe de l’Ouest veulent que la guerre en Ukraine se poursuivre malgré le fait que l’Ukraine ne pourra pas la gagner contre l’agresseur russe. Est-ce que la rhétorique belliqueuse européenne pourrait mener à une escalade des tensions et à un troisième conflit mondial ?

Ghislain Benhessa : « Il faut dire qu’il y a une volonté européenne de continuer les combats afin d’ultimement renverser le régime de Poutine. Mais, un tel objectif n’est pas réaliste. Avant le début de la guerre, les hommes politiques et observateurs européens pensaient que la Russie n’envahirait jamais l’Ukraine. Le vieux continent a été stupéfait pas le geste de Vladimir Poutine. Depuis trois ans, il y a une escalade progressive de l’Union européenne dans un soutien inconditionnel à l’Ukraine. L’UE essaie à tout prix de se forger une cohésion contre la Russie. Il faut savoir que l’Union européenne est en déclin depuis des années. Les populations européennes remettent en question la légitimité de l’UE. On peut l’observer en France avec le Rassemblement national, en Italie avec Georgia Meloni et même en Allemagne avec Alternative pour l’Allemagne. Ces mouvements populistes rejettent l’intégration européenne. En conséquence, les nationalistes sont de retour en force en Europe.

Donc, l’Union européenne a besoin d’une force étrangère pour justifier son fédéralisme et son unité d’apparence. L’Ukraine est devenue son moteur d’union. C’est-à-dire que les européistes ont trouvé dans la force russe un vecteur de cohésion en la présentant comme une menace existentielle à l’Europe. En France, les élites politiques, comme Macron, pensent que les chars russes vont débarquer à Paris. Alors, l’Europe fait planer d’idée d’un danger existentiel pour justifier une réplique de sa part à travers la question militaire et de la défense européenne.

Il faut savoir que cela fait soixante ans que l’Union européenne fonctionne en se cherchant des crises, des menaces et des périls extérieurs afin de justifier son agenda idéologique. Par exemple, durant la pandémie de COVID-19, l’UE a utilisé ses instruments juridiques et économiques pour acheter des vaccins pour tout le monde. Donc, elle a fédéralisé la politique des vaccins et la question médicale. Normalement, ce sont les États européens qui auraient dû s’occuper de cela.

Par le passé, l’UE a récupéré des compétences qui étaient celles des États membres.

Aujourd’hui, le président français a un agenda profondément fédéraliste. Ce dernier est clairement européiste. Macron affirme que la menace russe est tellement importante que l’UE doit s’accaparer les compétences en matière de défense qu’elle n’avait pas jusque-là.   

Donc, il faut normaliser ces champs de compétences nouvelles au profit de l’Union européenne en utilisant le péril extérieur et la menace provenant de Moscou. En ce moment, il y a une potentielle désescalade et une discussion de paix entre Moscou, Kiev et Washington. Or, l’Union européenne n’a pas intérêt à négocier un cessez-le-feu parce que la guerre lui permet d’apeurer les populations européennes avec le péril russe. Donc, l’Europe désire que les peuples européens acceptent qu’elle prenne le contrôle des compétences en matière de défense et de la guerre.

Pour conclure, il faut dire que ce conflit militaire est une aubaine pour l’Union européenne, car cela lui permet de s’imposer face aux États membres qui jusqu’à présent étaient sceptiques vis-à-vis de son fédéralisme. »

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Simon Leduc
Simon Leduc
Titulaire d'un Baccalauréat en science politique a l'Université de Montréal. Il est chroniqueur et journaliste pour Libre Média, le Podcast Ian et Frank et de Québec Nouvelles. Vous pouvez le suivre sur Facebook.

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