Le Québec a perdu 49 000 emplois en septembre 2026. Entre janvier et septembre, le recul atteint 130 000, soit 2,8 %. Le chômage grimpe à 6 %. Ces chiffres de Statistique Canada devraient provoquer davantage qu’une conférence de presse où chacun promet de mobiliser les leviers de l’État.
Devant pareil bilan, la tentation est forte : réclamer un programme, une enveloppe, une stratégie. Nous avons appris à mesurer la volonté politique au nombre de millions annoncés. Mais avant de demander au gouvernement d’intervenir davantage, examinons ce qu’il coûte déjà aux gens qui investissent, embauchent et entreprennent.
Les chiffres ne dispensent pas de réfléchir
L’Institut de la statistique du Québec apporte une précision essentielle : en septembre, les baisses concernent surtout le secteur public, avec 40 400 emplois de moins, et les travailleurs autonomes, avec 33 100 de moins. L’estimation du salariat privé augmente de 24 100, sans variation statistiquement significative. L’enquête mesure des variations nettes de personnes en emploi, sujettes à l’incertitude statistique. Il serait donc abusif de transformer les 49 000 en autant de licenciements dans des entreprises privées.
La conjoncture compte également. Dans son enquête du deuxième trimestre de 2026, la Banque du Canada relève des intentions d’embauche inférieures à leur moyenne historique. Les entreprises évoquent une demande plus modérée, l’incertitude géopolitique et les coûts du carburant. Les intentions d’investissement restent pourtant solides dans l’ensemble. Le portrait canadien est contrasté, loin d’une paralysie générale.
Attribuer les pertes québécoises à la seule bureaucratie serait donc une conclusion prématurée. Mon hypothèse est plus précise : les obstacles publics peuvent réduire notre capacité à absorber les chocs et à créer les activités qui remplaceront celles qui déclinent.
Une fiscalité lourde mérite un examen
Selon le Bilan de la fiscalité au Québec, édition 2026, de la Chaire de recherche en fiscalité et en finances publiques de l’Université de Sherbrooke, le Québec affichait en 2024 le poids fiscal le plus élevé des provinces. Inséré parmi 32 économies avancées de l’OCDE, il se classait onzième. Il s’agit des prélèvements rapportés au PIB, et non du taux d’imposition de chaque entrepreneur.
Ce classement ne démontre aucune causalité avec septembre. Les impôts financent aussi des services et des infrastructures utiles. La Chaire souligne d’ailleurs que les prestations reçues rendent le portrait des ménages plus nuancé. Mais une dépense publique doit produire suffisamment de bénéfices pour justifier les ressources qu’elle prélève.
Pour un investissement hypothétique, le calcul demeure concret : quels revenus espérer, quels coûts supporter, combien conserver après impôt? Une charge supplémentaire peut faire abandonner un projet peu rentable. L’effet dépend des circonstances; il mérite d’être évalué. L’État ne rend pas un dollar gratuit en le faisant transiter par un ministère.
Ouvrir les marchés avant de distribuer les chèques
Dans son étude économique du Canada publiée en 2025, l’OCDE documente des barrières réglementaires à la concurrence, au commerce intérieur et à la mobilité professionnelle. Elle recommande notamment de faciliter la reconnaissance des qualifications entre provinces et de réduire certains obstacles à l’entrée. Ces constats concernent le Canada; leur portée québécoise exige d’examiner les règles applicables ici.
Le mécanisme économique est plausible : lorsqu’une règle protège les entreprises établies contre de nouveaux concurrents, elle peut affaiblir l’incitation à innover. Lorsqu’un travailleur qualifié doit refaire des démarches pour exercer ailleurs, une embauche peut être retardée. À nous de distinguer les protections nécessaires des privilèges bien administrés.
Une étude indépendante commandée par le Bureau de la concurrence, publiée en février 2026, estime que l’alignement sur les réglementations les plus favorables à la concurrence dans les secteurs étudiés pourrait augmenter la productivité canadienne de 10 % à long terme. C’est une projection issue d’un modèle, conditionnelle aux réformes, sans promesse de récupérer nos emplois dès demain.
Une subvention peut sauver une entreprise en grande difficulté; elle doit néanmoins être financée. Il faut comparer les emplois protégés aux investissements éventuellement découragés par les prélèvements, et vérifier si le projet aurait été réalisé sans soutien. Le ruban coupé devant les caméras se voit; l’entrepreneur qui renonce à s’agrandir reste invisible. Une politique économique sérieuse devrait examiner les deux, au lieu de confondre une annonce ministérielle avec une création de richesse.
Donner de l’espace à ceux qui entreprennent
Voilà un programme politique qui mérite discussion : simplifier les démarches redondantes, rendre les délais d’autorisation prévisibles, faciliter la reconnaissance des compétences et revoir les restrictions qui ferment des marchés. Chaque mesure devrait être évaluée selon ses effets sur l’investissement, les prix, la productivité et l’emploi.
Soutenir temporairement des travailleurs frappés par un choc peut se défendre. Former ceux dont les compétences sont devenues moins recherchées aussi. Cela ne dispense jamais de regarder les conditions dans lesquelles leur prochain employeur pourra ouvrir, grandir et payer des salaires.
Les 49 000 emplois perdus imposent une enquête sérieuse sur leurs causes. Ils devraient aussi nous pousser à examiner nos propres entraves. Avant d’annoncer le prochain plan pour stimuler l’économie, nos dirigeants pourraient commencer par laisser davantage de place à ceux qui la font vivre.
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