
Donald Trump ne donnera pas un pays au Québec. Mais il vient peut-être d’offrir à Paul St-Pierre Plamondon quelque chose dont le souverainisme manque cruellement : une occasion de déplacer le rapport de force. PSPP doit la saisir. Un mouvement qui réclame sa place dans le monde devrait commencer par accepter d’y faire de la politique.
Le 27 octobre, Trump félicite PSPP pour sa victoire et relaie un article présentant celle-ci comme un revers pour Mark Carney. Ces félicitations ne constituent ni une reconnaissance de l’indépendance ni une invitation officielle. Elles fournissent toutefois un prétexte pour ouvrir une conversation. Il faudrait être singulièrement coincé dans ses bonnes manières pour refuser même d’essayer. Le momentum se travaille maintenant, pendant que les intérêts des gouvernements divergent.
PSPP doit demander une rencontre avec Trump.
Qu’il l’aime ou qu’il trouve sa tronche insupportable ne change absolument rien. Trump demeure le chef d’État le plus puissant du monde, à la tête du pays qui exerce sur nous l’influence la plus directe. En 2025, les États-Unis recevaient 69,8 % des exportations internationales de marchandises du Québec, soit 84,8 milliards de dollars. Notre indignation ne déplace toujours pas la frontière.
Mon ami Francis Hamelin résumait parfaitement l’attitude nécessaire dans L’occasion ratée de PSPP : « Bon. Voilà la situation. Comment est-ce qu’on s’en sert? » Le souverainisme gagnerait à se poser cette question avant de commander une autre étude sur les conditions gagnantes.
De Gaulle a donné un formidable élan symbolique au Québec en 1967. Un appui américain concret aurait, à mes yeux, une portée stratégique supérieure. Mais cet appui reste à construire. Trump peut vouloir embarrasser Ottawa, obtenir des concessions commerciales ou simplement occuper les projecteurs. Il faudra négocier avec ses intérêts, pas fantasmer son affection pour notre folklore.
Qu’il arrive avec une délégation économique, des dossiers précis et des propositions réciproques : sécuriser les débouchés de nos entreprises, développer des investissements et discuter d’énergie. Qu’il défende nos intérêts sans promettre ce qui ne relève pas de ses pouvoirs. Une rencontre utile se prépare; elle ne se résume pas à une photo où chacun trouve son meilleur profil.
Le Québec devra décider démocratiquement de son avenir. Aucun président américain ne peut lui livrer une indépendance clés en main. En revanche, PSPP peut chercher des interlocuteurs, présenter nos intérêts et montrer à Ottawa que le Québec possède des options. Voilà précisément ce qui distingue une stratégie d’un pèlerinage devant le drapeau.
L’occasion est d’autant plus évidente qu’au moment même où Trump le félicite, Ottawa refuse à PSPP une tribune au sommet Canada–Union européenne à Montréal. Carney affirme l’avoir invité; Québec dénonce un rôle honorifique. Très bien : qu’il multiplie ses interlocuteurs plutôt que de rester suspendu aux permissions fédérales.
Le fédéralisme centralisateur possède cette élégance : il prétend respecter les provinces, puis cherche constamment à définir leurs priorités. Le PLC en a fait une spécialité politique. Programmes, conditions, annonces : Ottawa se présente comme le grand bienfaiteur, pendant que les gouvernements provinciaux administrent les conséquences et négocient leur propre marge de manœuvre.
L’immigration illustre cette impasse. Québec dispose déjà d’importants pouvoirs de sélection; les responsabilités sont partagées. Mais Ottawa conserve notamment la maîtrise de l’asile et du Programme de mobilité internationale. Le fédéral reconnaît lui-même que réduire les admissions doit soulager le logement, les services et les infrastructures. Ses reculs annoncés n’effacent pas les effets d’une politique mal calibrée.
On nous a vendu les volumes, puis laissé discuter de la capacité d’accueil après coup. PSPP doit exiger davantage de contrôle, une répartition cohérente des responsabilités et les moyens correspondants. Laisser Ottawa nous enfoncer ses choix dans la gorge pour ensuite mendier des compensations constitue une conception assez particulière de la dignité nationale.
Si un dialogue avec Washington permet de rendre le refus fédéral plus coûteux politiquement, tant mieux. Appelez cela du chantage politique si ça vous chante. Ottawa comprend très bien le langage du rapport de force. Les provinces gagneraient à le parler autrement qu’en déposant une lettre polie accompagnée de leur indignation réglementaire.
Éric Duhaime devrait participer à cette offensive. Lui qui revendique le flambeau autonomiste aurait raison de travailler avec PSPP pour rapatrier des pouvoirs. À mes yeux, l’autonomisme constitue un premier pas vers le souverainisme : apprendre à décider, à administrer et à répondre de ses choix. Duhaime peut soutenir cette étape sans partager la destination. PSPP doit saisir cette convergence.
Et rapatrier des pouvoirs à Québec ne devra pas servir à les confisquer davantage aux Québécois. La décentralisation doit descendre jusqu’aux régions, aux municipalités et aux citoyens. Remplacer la tutelle d’Ottawa par un guichet supplémentaire à Québec serait une victoire de fonctionnaires, pas une victoire de liberté.
Mais voici la condition qui donne un sens à toute cette démarche : les pouvoirs obtenus doivent servir à construire notre autonomie réelle.
Un Québec bardé de compétences supplémentaires, mais paralysé par ses propres interdictions, resterait un pays en papier. Face à Washington, notre crédibilité dépendra aussi de ce que nous pouvons produire, transformer et échanger. Énergie, mines, forêt, aluminium : nos ressources peuvent devenir des leviers si nous permettons aux projets rentables d’aboutir.
Cela exige des règles prévisibles, des délais définis, des droits respectés et une véritable prise en compte des coûts environnementaux. Une usine sous perfusion permanente ne devient pas rentable parce qu’un ministre lui accroche une fleur de lys. L’autonomie économique demande davantage que la capacité de subventionner notre dépendance.
La même logique impose de regarder nos barrières commerciales. Trump est protectionniste; ses tarifs nous nuisent. Cela devrait nous rendre plus lucides devant notre propre protectionnisme. La gestion de l’offre encadre la production, les prix et les importations. Une sortie graduelle et prévisible mérite un débat sérieux. Un quota de poulet n’a jamais constitué une fortification contre l’assimilation.
L’ouverture commerciale appartient aussi à notre histoire : Laurier défendait la réciprocité en 1911; Bourassa, Parizeau et Landry ont défendu le libre-échange. Protéger le français n’exige aucune fidélité éternelle aux cartels et aux marchés fermés. Une langue portée par des gens qui prospèrent possède des arguments autrement convaincants qu’une économie condamnée à se protéger de toute concurrence.
La portée de l’ouverture américaine se mesurera donc aux gains obtenus : une position plus forte face à Ottawa, davantage de pouvoirs et les moyens économiques de les exercer. Attendre que Trump disparaisse pour recommencer à parler d’émancipation reviendrait à demander au calendrier américain la permission d’exister.
Trump ne nous donnera pas un pays. Mais si PSPP refuse même d’aller chercher une chaise, qu’il cesse de nous promettre une place dans le monde.
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