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Présidentielle 2027 sans Le Pen : un scrutin vidé de son sens? 🔒

À deux ans de la prochaine présidentielle française, Marine Le Pen est la grande favorite pour devenir la première femme présidente de la France. Mais, une tempête politique vient de frapper le paysage politique de plein fouet. Mme Le Pen a été reconnue coupable de détournement de fonds publics. Mais, c’est l’exécution provisoire de l’inéligibilité qui va empêcher Mme Le Pen de se présenter. On vient d’exécuter politiquement la grande favorite à deux ans du scrutin. Comment le peuple français va-t-il réagir face à cet événement? Est-ce que la démocratie française va sortir affaiblie de ce jugement?

Je me suis entretenu avec Ghislain Benhessa qui est un observateur de la scène politique française.

Simon Leduc : Marine Le Pen a été condamnée à quatre de prison pour avoir utilisé du financement du Parlement européen à des fins politiques internes. Mais, c’est l’inéligibilité de cinq ans qui va empêcher la leader du RN de se présenter à la présidentielle de 2027. Est-ce que c’est une décision politique de la part de la justice française?

Ghislain Benhessa : « Tout d’abord, sur le détournement de fonds publics, elle s’attendait à être condamnée. Le fait d’utiliser l’argent, pour financer les activités du parti politique au lieu du travail des élus au Parlement européen, est une pratique courante en politique.

Ensuite, il y a un réel problème avec le jugement contre Mme Le Pen. Le juge a choisi de prononcer l’inéligibilité de cinq ans avec exécution provisoire. Cela veut dire que Marine Le Pen ne peut plus se présenter à la présidentielle de 2027, malgré le fait qu’elle va en appel. Il y a deux problèmes avec cette décision.

Premièrement, pour retenir l’inéligibilité immédiate, le magistrat a considéré qu’il y a un risque de récidive. Or, Marine Le Pen ne siège plus au Parlement européen. Donc, elle ne peut plus récidiver, car elle n’est plus membre du pouvoir législatif européen. Le risque de récidive est très discutable et carrément absurde.

D’autre part, le juge a pris cette décision parce qu’il y aurait un risque de trouble à l’ordre public lors de la présidentielle de 2027. Donc, permettre à une candidate condamnée de se présenter aux élections représenterait un risque de trouble à l’ordre public. C’est assez spécial comme raisonnement, car le juge, à deux ans du scrutin, se permet de prédire que la condamnation de Mme Le Pen aurait une influence sur le bon déroulement des présidentielles françaises. C’est totalement indéfendable et contestable comme propos. Donc, cette décision sur ce point précis est largement condamnable. »

Est-ce que le peuple français pourrait se révolter contre les élites et finalement ouvrir les portes de L’Élysée au Rassemblement national lors de la présidentielle de 2027?

Ghislain Benhessa : « Tout d’abord, le soutien à Marine Le Pen n’a jamais été aussi élevé. Elle obtiendrait 37 % des voix lors du premier tour si le scrutin avait lieu cette semaine.

Selon les sondages, une majorité de Français ne sont pas forcément contre le jugement rendu et que Mme Le Pen mérite d’être condamnée pour son geste. Une partie du peuple français affirme que la cheffe du RN est une politicienne corrompue comme les autres. Elle fait partie de l’élite politique.

Je pense quand même que petit à petit, les Français vont réaliser que la présidentielle de 2027 sera presque truquée, parce qu’on a éliminé la candidate qui est la favorite pour l’emporter. Je vais revenir rapidement de la stratégie utilisée par la classe politique pour barrer la route au RN.

En 2002, on a inventé le barrage républicain. C’est une façon de dire que toute la classe politique vote contre le RN. Cela a été implanté durant le règne de Jean-Marie Le Pen qui était le leader du Front national. Cette tactique oblige les électeurs à voter contre le mal incarné. Il y a le camp du bien et du mal. En 2017 et 2022, Marine Le Pen fut victime de ce barrage républicain.

D’autre part, en 2017, le candidat de la droite classique François Fillon était le favori dans la course présidentielle. Mais, sa candidature a été sabordée par le parquet national financier et par des cas de détournement de fonds publics. Il a dramatiquement chuté dans les sondages.

Subséquemment, en 2022, Macron a largement profité de la guerre en Ukraine et cela lui a permis d’obtenir un deuxième mandat. Avant cela, le président français avait du mal à se démarquer dans les sondages. Éric Zemmour était populaire et Mme Le Pen était bien placée dans les intentions de vote. La guerre en Ukraine a fait mal aux partis d’opposition et Macron s’est sauvé avec la victoire.

En prévision de 2027, je me demande comment réagira l’électeur moyen. Ce dernier aura le choix entre le successeur désigné de Macron, possiblement Édouard Philippe ou Gabriel Attal, et le candidat du RN. Jordan Bardella serait le favori pour succéder à Mme Le Pen. Mais, cet homme politique est très jeune (29 ans) et son manque d’expérience politique pourrait lui nuire.

Donc, personne ne peut prédire le degré d’exaspération et d’abstention si jamais la candidate des classes populaires ne peut pas se présenter. Selon moi, cela pourrait avoir un effet délétère sur la démocratie, sur la participation et peut-être même sur le regard que les Français portent sur la politique et sur le monde judiciaire. Si le taux d’abstention grimpe en 2027, on pourra se demander si le prochain président élu sera légitime.

En conclusion, la démocratie française pourrait sortir très amochée de la prochaine présidentielle. Le taux d’abstention est déjà élevé pour les élections municipales, législatives et européennes. Donc, l’exécution provisoire de l’inéligibilité contre Marine Le Pen risque de fragiliser la démocratie française qui est déjà très affaiblie. »

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Simon Leduc
Simon Leduc
Titulaire d'un Baccalauréat en science politique a l'Université de Montréal. Il est chroniqueur et journaliste pour Libre Média, le Podcast Ian et Frank et de Québec Nouvelles. Vous pouvez le suivre sur Facebook.

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