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Québec solidaire est déjà au pouvoir

Petite chronique d’une infiltration orange-pastèque dans les tuyaux municipaux

Pendant que la CAQ se pavane à Québec et que le PLQ compte ses fantômes, Québec solidaire (QS) a préféré la vieille tactique gramscienne : occuper les égouts, les ruelles et, ultimement, les conseils municipaux. Résultat? Sans même un coup d’État, la gauche solidaire pilote déjà Sherbrooke, façonne Québec et tient Montréal par la bureaucratie.

Sherbrooke : l’école-laboratoire

La mairesse Évelyne Beaudin, économiste de 36 ans, n’est pas qu’une « première femme » à l’hôtel de ville ; elle est surtout l’une des fondatrices d’Option nationale ; ce microparti indépendantiste absorbé par QS en 2017.

Depuis son élection en 2021, Beaudin applique les tables de la Loi solidaire : gels de taxes pour les « petits logements », verdissement agressif des artères et croisade permanente contre l’automobile. Les éditoriaux locaux gémissent, mais l’appareil administratif, nourri par des cohortes de jeunes militants solidaires fraîchement diplômés de l’UdeS, déroule le tapis vert. Sherbrooke sert ainsi de maquette grandeur nature à la plateforme provinciale : transport gratuit pour les moins de 18 ans, budget participatif « féministe », et bientôt un Office de la transition écologique qui ferait pâlir Steven Guilbeault.

Québec : l’avant-poste Transition

À Québec, l’ex-Option Capitale-Nationale a troqué son nom pour Transition Québec après la fusion ON-QS ; c’est littéralement la succursale municipale du parti orange-rouge.

Sa cheffe, Jackie Smith ;conseillère de Limoilou et désormais candidate officielle à la mairie — revendique « tramway or die », gratuité du transport en commun et péage urbain, exactement la feuille de route solidaire de 2018 recyclée en version locale. Même minoritaires (un seul siège), les transitionnistes imposent l’agenda : le maire Bruno Marchand a repris mot pour mot leurs propositions sur la carboneutralité des bâtiments municipaux. QS n’a pas besoin du titre de maire ; il lui suffit de devenir la bonne conscience verte d’une administration centriste en manque d’idées.

Montréal : la capitale idéologique

Projet Montréal, le « parti de terrain » de Valérie Plante puis de Luc Rabouin, est pour beaucoup d’élus une deuxième vie après QS ou ses satellites. Rien n’illustre mieux la porosité des étiquettes que Will Prosper : candidat QS en 2012, apôtre du définancement de la police, récupéré par Projet Montréal pour la mairie de Montréal-Nord.

La convergence est assumée : le soir de son triomphe électoral en 2021, Valérie Plante a reçu les félicitations officielles de Manon Massé et du bureau national de QS ; un communiqué qui sonnait moins comme un compliment que comme une confirmation de tutelle idéologique.

Au conseil, l’écurie Plante aligne une ribambelle d’anciens militants solidaires : comités exécutifs sur la « justice climatique », budgets genrés, règlements anti-Airbnb copiés-collés des motions déposées par QS à l’Assemblée. Pendant ce temps, le REM traîne, mais la ligne rose ; fantasme identitaire solidaire depuis 2018 ; reste dans le carnet de projets officiels de la Ville.

Ce que ça veut dire en pratique

Axe de politiqueVersion Québec solidaire au provincialeImplémentation municipale*
Transport« Révolution transport » : métro étendu, tramways, gratuité scolaire Tramway de Québec ; passes Famille 0-$ à Sherbrooke ; tarification sociale à Montréal
LogementContrôle obligatoire des loyers, taxe anti-speculationEnregistrement des baux (Sherbrooke) ; Bureau du logement abordable (Montréal)
EnvironnementMoratoire hydrocarbures, zéro plastique 2027Interdiction du gaz naturel dans les nouveaux bâtiments (projet Québec) ; bannissement des sacs dès 2026 (Montréal)

*Toutes ces mesures ont été votées ou annoncées depuis 2022 dans au moins une des trois villes.

Pourquoi personne ne crie au coup d’État?

Pas besoin d’écharpe bleue pour régner. Les leviers urbains — urbanisme, transport, fiscalité foncière ; recoupent 80 % du programme solidaire.

Le fédéralisme de compétences floues. Dès qu’un maire réclame un transfert fiscal à Québec, QS applaudit. On croirait un dialogue ventriloque.

Désertion des partis traditionnels. Le PLQ a fui les mairies, la CAQ les snobe ; QS ramasse les fauteuils vacants.

Donc le Québec, déjà solidaire (sauf sur la couleur des poubelles)

La légende veut que QS n’ait « jamais exercé le pouvoir ». C’est faux : il l’exerce par capillarité (peut-être avec des coupes sécateurs), à coups de règlements de zonage, de chartes de la participation citoyenne et de trottinettes électriques. Montréal, Québec, Sherbrooke : trois laboratoires suffisent pour imposer un pacte urbain ; et pour préparer l’assaut provincial.

La CAQ peut bien doubler les heures de prière à l’Assemblée, et le PQ ressusciter Duplessis dans les réseaux sociaux : pendant ce temps, la gauche solidaire déroule ses pistes cyclables, une voie à la fois.

N’oubliez pas de lever les yeux lors de votre prochaine séance du conseil municipal : le petit logo orange qui vous sourit depuis la galerie est peut-être déjà aux commandes.

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Samuel Rasmussen
Samuel Rasmussen
Samuel Rasmussen, alias Le Blond Modéré, est membre des Trois Afueras et collaborateur du podcast Ian & Frank. Titulaire d'une formation en relations internationales à l'Université de Sherbrooke, il s'intéresse particulièrement à la géopolitique, aux zones d'influence et aux différentes formes de pouvoir.

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