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Où sont les hommes? Où est la responsabilité? Où sont les pères?!

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Il y a des moments où le Québec bureaucratique se révèle dans toute sa splendeur molle : non pas comme une société civilisée, mais comme une salle d’attente climatisée où tout le monde tient un cartable, personne ne tient la ligne, et les enfants, eux, encaissent les coups.

À l’école secondaire Jean-Jacques-Rousseau de Boisbriand, selon les témoignages rapportés par mon amie Chloé, mère d’un élève de secondaire 1, des plus vieux organiseraient des combats entre plus jeunes. On appelle ça « les deux minutes », ou « Fight Club », parce que même la sauvagerie a maintenant son branding d’adolescent débile. Des jeunes sont encerclés, poussés, filmés, humiliés, puis on nous sert ensuite le grand sirop tiède de la « sensibilisation », de la « responsabilité collective » et de la « collaboration entre partenaires ».

Traduction du dialecte administratif : personne n’est responsable, mais tout le monde est préoccupé.

Le fils de Chloé, lui, n’a pas reçu une brochure. Il a reçu des coups. Il n’a pas été enveloppé dans une démarche de prévention inclusive. Il a été projeté dans un cercle, devant une nuée de petits vautours numériques, téléphone à la main, qui consomment la violence comme on consomme un Reel TikTok. On ne parle pas d’un conflit de corridor, d’un petit accrochage d’ego pubère ou d’une chicane de casiers. On parle d’une mécanique d’intimidation, d’un spectacle organisé, d’une arène improvisée où des enfants apprennent très tôt que la foule protège rarement la victime.

Et pendant ce temps, les adultes font quoi?

Ils écrivent, constatent, rédigent, collaborent, évaluent, mettent en place des mesures, envoient des courriels et tiennent des rencontres, bref, ils administrent l’impuissance pendant que les enfants encaissent les coups.

Ils disent que la sécurité est leur « priorité absolue », ce qui, dans le langage des institutions québécoises, signifie souvent : « Nous avons trouvé la phrase officielle qui nous protège le mieux. »

On connaît la chanson. C’est toujours la même opérette de l’impuissance publique. Quand il faut taxer, réglementer, culpabiliser, encadrer, remplir des formulaires, l’État québécois est un taureau sous amphétamines. Mais quand il faut physiquement protéger un enfant, tracer une ligne claire, expulser les petits caïds de cour d’école, responsabiliser les parents absents et dire : « Ça suffit », soudainement, la grande machine devient une tisane.

Le plus fascinant, c’est l’inversion morale. Une mère voit son enfant se faire démolir, constate que les mécanismes officiels ronronnent dans la mélasse, et décide de se présenter elle-même, d’organiser une vigie, de faire ce que les structures n’arrivent plus à faire : être là. Présente. Debout. Visible. Et là, miracle : ce n’est plus la violence qui inquiète le système, c’est la mère.

Car une mère courageuse dérange plus qu’une bande de petites brutes. Elle fait tache dans le décor. Elle rappelle que la protection des enfants n’est pas une conférence PowerPoint, mais une responsabilité incarnée. Elle met en lumière la nudité morale d’un système qui adore parler de bienveillance, mais qui semble incapable de produire l’acte élémentaire de civilisation : empêcher les forts de s’acharner sur les faibles.

Où sont les hommes?

Je ne parle pas ici des chromosomes, ni des moustaches, ni des discours de vestiaire. Je parle de la fonction masculine au sens noble : la présence, le courage, le mur, la limite. Le type d’autorité qui n’a pas besoin de brutalité parce qu’elle existe déjà dans la posture. Le « non » ferme. Le corps adulte entre la meute et l’enfant. Le garde de sécurité qui ne négocie pas avec un attroupement de 400 adolescents surexcités. Le père qui comprend que l’école n’est pas une garderie carcérale où l’on sous-traite l’éducation à des directions épuisées. Le policier qui ne confond pas prévention et décoration stationnée.

Où sont les hommes? Où sont les pères? Où sont les surveillants? Où sont les directions capables de suspendre massivement, de sanctionner clairement, de dire aux parents : « Votre enfant participe à une culture de violence, venez le chercher »? Où est la société adulte?

Parce que c’est cela, le fond du problème : nous avons créé une société où personne ne veut être l’adulte. Les parents négligents veulent que l’école élève leurs enfants. L’école veut que la police gère les débordements. La police veut que la prévention fasse des miracles. Les élus veulent que les partenaires collaborent. Et les enfants, eux, comprennent très vite que l’autorité est un hologramme.

On a remplacé l’autorité par des protocoles. La discipline par des plans de lutte. Le courage par des communiqués. La responsabilité par des « enjeux de société ». On ne dit plus : « Ce jeune a commis un acte grave. » On dit : « Il faut sensibiliser l’ensemble des acteurs. » On ne dit plus : « Des parents ont failli. » On dit : « Il faut travailler collectivement. » On ne dit plus : « Cette école n’est pas sécuritaire. » On dit : « La situation est prise très au sérieux. »

Le Québec contemporain est devenu un immense salon de thé pour gestionnaires du déclin.

Et pourtant, ce n’est pas compliqué. Une école doit instruire, oui. Mais avant d’instruire, elle doit protéger. Un enfant ne peut pas apprendre s’il doit d’abord survivre à l’heure du dîner. Une société qui tolère que des jeunes soient encerclés, filmés, battus et humiliés près d’une école n’a pas un problème de communication. Elle a un problème de civilisation.

Chloé n’aurait jamais dû devenir le pare-feu humain de son fils. Elle n’aurait jamais dû avoir à briser le silence publiquement. Elle n’aurait jamais dû faire le travail moral d’un établissement, d’une ville, d’un service policier et d’une communauté adulte tout entière.

Mais elle l’a fait.

Et c’est précisément cela qui est honteux.

Pas pour elle.

Pour les autres.

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Samuel Rasmussen
Samuel Rasmussen
Samuel Rasmussen, alias Le Blond Modéré, est membre des Trois Afueras et collaborateur du podcast Ian & Frank. Titulaire d'une formation en relations internationales à l'Université de Sherbrooke, il s'intéresse particulièrement à la géopolitique, aux zones d'influence et aux différentes formes de pouvoir.

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