IAN SÉNÉCHAL | L’économie canadienne tourne au ralenti en 2024, creusant l’écart avec les États-Unis et plaçant le dollar canadien sous pression sur les marchés des changes. Tandis que la croissance économique du Canada s’est limitée à 0,5 % cette année, celle des États-Unis atteint 2,8 %, illustrant une dynamique bien plus robuste au sud de la frontière. Cette divergence économique, combinée à des différences marquées dans les taux d’intérêt et l’endettement des ménages, pèse lourdement sur la compétitivité du dollar canadien (CAD).
Un ralentissement marqué au Canada
Le produit intérieur brut (PIB) du Canada reflète une stagnation économique, alimentée par une demande intérieure en baisse et une forte dépendance aux exportations de matières premières. En comparaison, l’économie américaine a bénéficié de sa diversification et de la résilience de sa consommation intérieure, soutenue par un marché de l’emploi solide.
Cette différence de performance économique se traduit dans les politiques monétaires des deux pays. La Banque du Canada a réduit ses taux d’intérêt plus rapidement que la Réserve fédérale américaine (Fed), afin de stimuler une économie au ralenti. Cependant, cette stratégie affaiblit le rendement des obligations canadiennes, les rendant moins attrayantes pour les investisseurs internationaux, ce qui accroît la pression à la baisse sur le CAD.
L’endettement des ménages : une vulnérabilité structurelle
Les ménages canadiens affichent un taux d’endettement élevé, atteignant 175 % de leur revenu disponible, selon les données récentes. Ce niveau dépasse celui des ménages américains et place le Canada parmi les pays les plus endettés au monde, aux côtés de la Norvège et des Pays-Bas. Ce fardeau limite la capacité de la Banque du Canada à maintenir des taux d’intérêt élevés, car cela pourrait accroître le coût de la dette et freiner davantage la consommation.
En revanche, les ménages américains, moins endettés, bénéficient d’une plus grande marge de manœuvre face aux hausses des taux d’intérêt. Cela soutient non seulement leur économie mais également l’attractivité des obligations américaines, qui offrent des rendements supérieurs à ceux des obligations canadiennes.
Taux de change et pression sur le CAD
L’écart croissant entre les rendements obligataires des deux pays favorise les flux de capitaux vers les actifs américains, augmentant la demande pour le dollar américain (USD) au détriment du CAD. Par exemple, en novembre 2024, les obligations à 10 ans des États-Unis offrent un rendement de 4,29 %, contre seulement 3,06 % pour celles du Canada. Cet écart rend les obligations canadiennes moins compétitives et accentue la faiblesse du dollar canadien sur les marchés des changes.
Perspectives et défis
Le dollar canadien se retrouve dans une position délicate. Une reprise économique plus forte sera nécessaire pour regagner la confiance des investisseurs et réduire la pression sur le taux de change. Cependant, avec une croissance anémique et un endettement élevé des ménages, les marges de manœuvre restent limitées.
Pour stabiliser sa monnaie, le Canada devra non seulement stimuler sa croissance économique, mais aussi gérer prudemment son endettement et son marché obligataire. En attendant, le dollar canadien reste vulnérable, reflétant les défis structurels et conjoncturels auxquels l’économie canadienne fait face.
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