La protection GRC de Justin Trudeau se poursuit même depuis son départ de la vie politique. Il n’est plus premier ministre. Il n’est plus chef du Parti libéral. Il n’est même plus député. Depuis son départ de la vie politique, il voyage, fréquente Katy Perry, apparaît dans les coulisses de ses spectacles et mène, somme toute, la vie qu’il veut.
Grand bien lui fasse.
Mais une question beaucoup moins glamour demeure : jusqu’où les contribuables canadiens doivent-ils financer la protection d’un ancien premier ministre lorsqu’il parcourt le monde pour des activités entièrement privées?
La question n’est pas de savoir si Trudeau mérite d’être protégé. Elle est de savoir qui doit payer lorsque la protection publique commence à suivre un train de vie privé.
La GRC ne fonctionne pas sur demande
Commençons par évacuer une caricature.
Justin Trudeau ne téléphone pas à la GRC le vendredi après-midi pour réserver trois gardes du corps avant de partir faire la fête.
L’article 14 du Règlement de la Gendarmerie royale du Canada permet au ministre compétent de désigner un citoyen canadien devant recevoir une protection, au Canada ou à l’étranger. La nature de cette protection est ensuite déterminée par la GRC selon son évaluation de la menace ou du risque.
Et les risques ne sont pas imaginaires. Trudeau a fait l’objet de menaces explicites lorsqu’il était premier ministre; la GRC a notamment annoncé en 2024 des accusations contre un Montréalais relativement à des menaces de mort publiées en ligne.
Un homme ne cesse pas magiquement d’être une cible le lendemain de son départ du pouvoir.
Protéger un ancien premier ministre peut donc parfaitement être justifié.
Mais cela ne répond pas à la question de la facture.
Trudeau n’a exactement rien d’un nécessiteux
La situation serait différente si l’État imposait une protection coûteuse à un ancien dirigeant incapable de l’assumer.
Ce n’est manifestement pas le cas ici.
Bien avant son arrivée au pouvoir, Trudeau avait lui-même rendu publique la valeur de la société gérant son héritage : environ 1,2 million de dollars en 2011. Il avait également gagné plus d’un million de dollars grâce à ses activités de conférencier au fil des années.
Depuis qu’il a quitté la politique, sa notoriété internationale n’a certainement pas disparu. Il a désormais accès au marché extrêmement lucratif des conférences, conseils, événements et activités réservés aux anciens chefs de gouvernement.
Autrement dit, nous ne parlons pas d’un retraité qui hésite entre payer Hydro-Québec et engager Garda.
Protéger Trudeau ou protéger son mode de vie?
Voilà où devrait se situer le débat.
La GRC doit déterminer combien d’agents sont nécessaires. Certainement pas les chroniqueurs, encore moins Twitter.
Mais le Parlement peut déterminer qui paie quoi.
Lorsque Trudeau était premier ministre, même ses déplacements privés entraînaient nécessairement des dépenses de sécurité. Sécurité publique Canada explique d’ailleurs que ces coûts varient énormément selon les destinations, l’hébergement, le transport, le carburant et les exigences logistiques.
Normal : le premier ministre ne peut pas simplement abandonner sa fonction pendant une semaine.
Mais Trudeau est maintenant un citoyen privé.
Lorsqu’il accompagne Katy Perry en tournée en France, assiste à ses spectacles ou traverse les frontières pour des activités personnelles — déplacements abondamment documentés publiquement depuis 2025 — il n’exerce aucune fonction constitutionnelle canadienne.
Alors pourquoi le principe devrait-il être automatiquement : voyage privé, protection publique, facture publique?
Une règle simple : le risque à l’État, le luxe à l’individu
Il serait absurde de demander à Trudeau de choisir ses propres agents ou de diminuer lui-même son dispositif de sécurité.
Ce serait transformer une décision professionnelle en concours de popularité.
Il serait cependant parfaitement raisonnable d’établir une règle générale pour tous les anciens premiers ministres : l’État assume le niveau minimal de protection jugé nécessaire par la GRC, tandis que certaines dépenses marginales provoquées par des déplacements privés extraordinaires peuvent être remboursées par l’ancien dirigeant.
Billets d’avion supplémentaires. Hôtels. Déplacements internationaux discrétionnaires. Certaines dépenses logistiques directement attribuables au voyage.
Pas parce que Trudeau est riche.
Parce qu’un mandat public terminé ne devrait pas constituer un abonnement à vie permettant de privatiser les loisirs tout en socialisant systématiquement leurs coûts périphériques.
Il existe d’ailleurs un précédent historique intéressant : après son départ du pouvoir, Pierre Elliott Trudeau avait discuté avec la GRC de la diminution de sa propre protection. Dès 1985, celle-ci n’était plus jugée nécessaire en permanence et était notamment concentrée autour des événements officiels ou de menaces particulières.
Quarante ans plus tard, la question mérite au minimum d’être reposée.
Justin Trudeau peut fréquenter qui il veut, voyager où il veut, assister à autant de concerts qu’il veut et faire les fanfarons sur autant de tapis rouges qu’il lui plaît.
C’est précisément cela, redevenir un citoyen privé.
Mais être un citoyen privé comporte également un détail longtemps oublié à Ottawa : commencer à payer davantage pour sa propre vie privée.
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