L’Alberta est devenue une province canadienne le 1er septembre 1905. Le séparatisme albertain a fait son apparition dans les années 1930 durant la plus grave crise économique de l’histoire du monde occidental. Ce sentiment indépendantiste a évolué à travers les époques. Le peuple albertain a toujours pensé que son identité culturelle et économique était différente de celles du Québec, de l’Ontario et des Maritimes. Je vais faire un survol de l’histoire du mouvement indépendantiste albertain qui est aujourd’hui aussi populaire que celui-ci du Québec.
Le 24 octobre 1929, un énorme krach boursier a été observé à la bourse de New York. Cela a causé la Grande Dépression des années 30. Tous les pays occidentaux ont été frappés de plein fouet par cette crise économique. Le taux de chômage a atteint des niveaux historiques. Le Canada ne fut pas épargné par cette catastrophe économique et financière. L’Alberta a vu son taux de chômage exploser et le niveau de vie de la population a baissé significativement. Le Parti Crédit social a pris le pouvoir dans cette province en 1935. C’est dans cette optique que le séparatisme albertain a fait son apparition. Le nouveau gouvernement voulait aider financièrement la population qui souffrait à cause de la crise économique. Le Crédit social désirait expédier de l’argent directement aux citoyens. Mais, le gouvernement libéral de William Lyon Mackenzie King a jugé que la législation albertaine violait l’article 56 de l’Acte de l’Amérique du Nord britannique de 1867. En conséquence, la loi albertaine fut supprimée. De plus, le premier ministre du Canada a déclaré qu’il n’allait pas aider financièrement les provinces qui n’étaient pas dirigées par des libéraux[1]. Cela a soulevé la colère des Albertains et la première manifestation séparatiste de l’histoire de la jeune province a vu le jour. Les sympathisants du premier ministre William Aberhart ont prôné la sécession de leur province du Canada. Or, ce dernier a rejeté le projet de séparation et a conseillé la modération. Le sentiment souverainiste s’est dissipé peu à peu.
Dans les années 40 et 50, on a découvert des gisements de pétrole en Alberta. C’était le début de l’expansion pétrolière qui a permis à cette province de devenir le moteur économique du Canada.
Dans les années 1970, Pierre Elliot Trudeau était au pouvoir à Ottawa. Ce dernier voulait implanter le multiculturalisme, le bilinguisme et le Programme énergétique national d’un océan à l’autre. La nation albertaine a perçu cela comme une attaque contre ses valeurs et ses ressources pétrolières. Les Albertains n’adhéraient pas aux idéaux libéraux de l’Est du Canada qui étaient centrés sur un gouvernement fédéral fort et centralisateur. En conséquence, le séparatisme était de retour sur ce territoire. Le mouvement séparatiste a formé l’Independant Alberta Association. La rhétorique de cette organisation politique était centrée sur le fait que l’Alberta envoyait des milliards de dollars à Ottawa sans une représentation politique équivalente que celle de l’Est du Canada. Il dénonçait les visées centralisatrices du gouvernement Trudeau et sa politique économique qui nuisait à l’industrie pétrolière albertaine. Mais, l’Independent Alberta Association n’est jamais devenu une formation politique.
Il y a deux événements internationaux qui ont eu un impact sur le pétrole albertain, la guerre du Yom Kippour de 1973 et la révolution iranienne de 1979.
Cette crise fut causée par la décision des États-Unis d’appuyer l’État hébreu dans cette guerre contre une coalition de pays arabes. La Syrie et L’Égypte ont puni les Américains en imposant un embargo pétrolier. En conséquence, l’Alberta a obtenu un prix moindre pour son pétrole comparativement au prix du marché mondial.
D’autre part, la Révolution iranienne de 1979 a eu lieu et l’Iran est devenu une république islamique hostile à l’Amérique. Cela a causé une hausse importante du prix du pétrole. Certains États membres de l’OPEP ont arrêté d’exporter son pétrole vers les États-Unis et les pays sympathiques à Israël. Alors, le prix de l’or noir a explosé en Amérique du Nord.
C’est dans cette optique que le fédéral et l’Alberta ont réagi concernant la conservation des richesses de pétrole du pays. Le gouvernement albertain a fondé un ministère de l’Environnement afin de gérer et maintenir son précieux or noir albertain. Tandis que le fédéral a créé l’Office of Energy Conservation. Cela a causé des tensions entre le fédéral et le gouvernement albertain au sujet de l’administration, de la répartition du pétrole et de la prospérité financière de cette province. Cela a mené à un regain du séparatisme.
En 1979, les conservateurs de Joe Clark ont pris le pouvoir et formé un gouvernement minoritaire. Mais, ce régime fut éphémère, car il est tombé après seulement neuf mois en poste. Lors des élections de 1980, les libéraux de Pierre E. Trudeau ont obtenu une majorité parlementaire. Dans les années 1970, l’Alberta a connu un boom économique incroyable par l’entremise des prix du pétrole qui ont connu une hausse importante. Donc, le gouvernement libéral de Trudeau a mis en place le Programme énergétique national (PEN). L’objectif de cette mesure était d’assurer la souveraineté énergétique du Canada[2].
Le mécontentement et la colère des Albertains envers cette politique nationaliste ont monté en flèche. Le PEN fut désastreux pour l’économie albertaine : hausse du taux de chômage, augmentation des faillites et une perte de revenus importante. Cela a plongé l’économie albertaine dans une grosse récession. Le terme « aliénation de l’Ouest » est apparu après la mise en place du PEN. La ferveur indépendantiste est réapparue et son premier député, Gordon Kesler, a été élu à l’Assemblée législative en 1982 par l’entremise d’une élection partielle. Mais, l’élection du Parti conservateur en 1984 a ramené le séparatisme dans les marges.
La colère des Albertains s’est dissipée quand le nouveau gouvernement conservateur de Brian Mulroney a fait disparaître cette législation. Les citoyens albertains pensaient que le gouvernement fédéral serait plus ouvert à leur province sous la gouverne d’un conservateur. Or, les habitants de ce territoire ont été déçus, car la priorité de Brian Mulroney était le Québec. Ce dernier a concentré ses efforts pour ramener la belle province dans le giron constitutionnel avec l’Accord du lac Meech. Ce fut un échec retentissant. D’autre part, dans le cadre de l’attribution d’un contrat d’entretien d’avions de chasse F-18, le gouvernement conservateur l’a donné à une entreprise montréalaise, Bombardier. Or, une corporation de l’Ouest avait offert une meilleure soumission. La grogne des Albertains a monté d’un cran. Cet événement a mené à l’apparition du Parti réformiste de Preston Manning et à la quasi-disparition du Parti progressiste-conservateur. Ce nouveau parti politique fédéral voulait défendre les intérêts de l’Ouest à Ottawa. Lors des élections de 1993, ce parti a obtenu 18,69 % des voix et a fait élire 52 députés. En 2000, ce parti est devenu l’Alliance canadienne. En 2004, le Parti progressiste-conservateur et l’Alliance canadienne ont fusionné et le nouveau Parti conservateur a vu le jour.
Lors du règne de Stephen Harper de 2006 à 2015, le mouvement séparatiste est resté marginal. Cependant, celui-ci est revenu en force lors du règne de Justin Trudeau de 2015 à 2025. Sous le régime Trudeau, les intérêts de l’Alberta ont été ignorés par le gouvernement Trudeau. Celui-ci n’a pas voulu donner son accord à la construction de nouveaux pipelines pour acheminer le pétrole albertain vers l’Est du pays.
Les Albertains espéraient une éclatante victoire du Parti conservateur du Canada lors des prochaines élections fédérales. Ce dernier a promis de donner son accord à la construction de pipelines et de favoriser l’exploitation des ressources naturelles. Les conservateurs menaient largement dans les sondages. Mais, l’arrivée de Mark Carney et la crise tarifaire, déclenchée par le président Trump, ont changé la donne. Alors, selon un sondage de Rasearch Co, 38 % des Albertains pensent que leur province serait plus performante si elle devenait un pays souverain contre 35 % au Québec.
En conclusion, le séparatisme albertain est de retour en force. Si jamais le Parti libéral obtient un quatrième mandat, l’Alberta pourrait décider de devenir un pays souverain ou le 51e État américain. Une victoire libérale menacerait l’unité canadienne. En tout cas, c’est le point de vue de l’ancien chef du Parti réformiste Preston Manning. Est-ce que le Canada pourrait éclater après une victoire de Carney lundi prochain ? Seul le temps nous le dira.
[1] Berton, Pierre (1990). La Grande dépression, 1929-1939. McClelland et Stewart.pp. 54-70, ISBN 00-7710-1270-5.
[2] Par l’entremise qu’une hausse de la participation canadienne dans le secteur pétrolier et la mise en place d’un prix juste de l’énergie pour les citoyens du pays.


