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Trump, le George Washington du 21ième siècle?

DAVID CHABOT | Oui, le titre de mon premier texte ici est pompeux. Trump, au niveau du père fondateur ultime des États-Unis d’Amérique? C’est un peu tiré par le toupet, on en conviendra, mais j’aime beaucoup ramener la politique moderne aux fondements idéologiques connus avant de déchirer une proverbiale chemise sur l’autel du scandale.

Suivez-moi, on part.

Pouvoirs européens, gérez-vous!

Voyez-vous, de façon volontaire ou par un simple alignement d’éléments aléatoires, la position de Donald Trump par rapport aux relations internationales et à la géopolitique se rapporte assez franchement avec la vision des pères fondateurs américains. Le texte du discours de fin de mandat (farewell address) de Georges Washington en 1796 nous le démontre assez clairement.

The great rule of conduct for us in regard to foreign nations is, in extending our commercial relations, to have with them as little political connection as possible. So far as we have already formed engagements, let them be fulfilled with perfect good faith. Here let us stop.[1]

En somme, l’objectif de l’Union à ses débuts visait le commerce, la liberté et le maximum de latitude dans la gestion des affaires externes. C’est une position qu’a notamment repris Thomas Jefferson quelques années plus tard avec un peu plus de clarté lors de son discours inaugural.

About to enter, fellow citizens, on the exercise of duties which comprehend every thing dear and valuable to you, it is proper you should understand what I deem the essential principles of our government, and consequently those which ought to shape its administration. I will compress them within the narrowest compass they will bear, stating the general principle, but not all its limitations […] peace, commerce, and honest friendship with all nations, entangling alliances with none. [2]

On se ramène quelques secondes au contexte de l’époque afin de mieux comprendre, si vous le voulez bien. Jadis une colonie vassalisée du grand Empire britannique, on sait bien que les États-Unis ont combattu pour leur liberté après un party de théière à Boston. Or, le contexte géopolitique du temps était une guerre perpétuelle entre la France et la Grande-Bretagne.

Napoléon était encore adolescent à l’époque où Washington traversait le Delaware, mais le bon vieux George avait vu les effets de la guerre de Sept Ans personnellement quelques années plus tôt. Jeune officier de la colonie (mais jamais pour les Red Coats!), il s’était cassé les dents sur des forts français lors d’escarmouches locales.

En réalité, la colonie se foutait bien d’une guerre européenne, mais le grand maelstrom colonial a forcé la guerre sur le nouveau continent. En Europe, près d’une dizaine de pays se faisaient la guerre alternativement, ce qui n’était pas bon pour personne.

Bref, long story short, le fondement idéologique de l’Union était isolationniste et axé sur la croissance économique et le libre commerce.

Seul au monde jusqu’à Wilson

La philosophie d’exclusion volontaire des États-Unis est restée forte pendant des siècles. La doctrine Monroe, qui dictait notamment que toute l’Amérique, du sud au nord, était la sphère d’influence américaine, faisait un certain pas géopolitique vers l’avant. Les États-Unis ont toutefois résisté à se mêler des problèmes des autres avec un certain succès jusqu’à la Première Guerre mondiale.

On connait l’histoire, le RMS Lusitania voguait paisiblement vers l’Europe en 1915 quand il a reçu une torpille allemande en pleine poire un beau soir de mai. Le bateau coule, entrainant 1 195 personnes avec lui, dont 128 Américains. Scandale en Amérique, on est choqué que des ressortissants d’un pays neutre occupent les bas-fonds de l’Atlantique pour l’éternité.

Bien que le président Woodrow Wilson ait tout fait pour se tenir très loin des tranchées boueuses de l’Alsace, les événements lui ont forcé la main. Un corps expéditionnaire a été déployé en Europe pour supporter la Triple Entente (sans jamais s’allier formellement!). C’était la goutte de trop dans le vase de l’Empire du centre et tout ce beau monde s’est retrouvé dans un wagon de train pour signer l’armistice en novembre 1918.

Wilson souhaitait que l’humanité ne revive plus jamais une guerre aussi folle, que ce soit ‘’la Der des Ders’’. Il a supporté avec vigueur l’idée de la Ligue des nations, l’ancêtre de l’ONU, pour favoriser la collaboration entre les États et éviter les jeux de dominos qui ont abouti à une guerre mondiale. C’était un pas très clair vers une vision plus mondialisée de la diplomatie et de la géopolitique, ce qui a fait vibrer les colonnes du temple au Congrès.

Dans l’entre-deux-guerres, les États-Unis ont délaissé leur pouvoir militaire pour mettre l’emphase sur le commerce et l’enrichissement collectif. Les fameuses années folles étaient certainement un bon moment pour être en vie jusqu’au krach boursier de 1929. Roosevelt est arrivé plus tard avec le New Deal et tout ce qu’on en connait.

Ce qu’on oublie cependant, c’est que les États-Unis n’étaient pas préparés fuckall pour la Deuxième Guerre mondiale. Avant Pearl Harbor, l’armée américaine était équipée comme l’Ouganda, avait des avions en papier mâché (okay j’exagère, mais pas loin) et n’était généralement pas capable de défendre plus qu’un tiroir à sous-vêtements. La mobilisation massive à la suite de l’attaque japonaise a réveillé l’Oncle Sam, bien sûr.

Roosevelt avait, lui aussi, tout fait pour éviter d’envoyer des bons p’tits gars de l’Alabama se battre à Guadalcanal ou dans les Ardennes. Le pays était encore en mode isolationnisme, ne voulait généralement rien savoir de s’impliquer personnellement et se limitait, au mieux, à envoyer de l’armement à l’URSS et la Grande-Bretagne en cachette.

Tout ça a bien changé par la suite avant de tomber en mode full patch arbitre de la planète.

L’aigle au gilet barré

Mon prof d’histoire de secondaire quatre (salut, Normand Boily!) aimait dire que les États-Unis étaient l’arbitre de la planète. Quand j’étais dans sa classe, avec ma moustache molle et mes chemises hawaïennes, j’avais peu d’outils pour comprendre le monde qui allait drastiquement changer en ce beau matin du 11 septembre 2001. On a écouté à la radio les moments les plus critiques de l’attaque terroriste contre la Grosse pomme. C’était excitant pour un kid, mais ça allait changer des choses pas mal, disons-le.

Ce que ma pilosité faciale approximative n’a pas compris à l’époque, c’est que les barbus qui ont lancé des avions sur des buildings réagissaient à un changement profond dans la posture américaine depuis les années 1960. Pendant le combat épique entre l’URSS et le bloc américain, le voisin du Sud avait son nez fourré partout. De l’Iran au Guatemala, d’Israël aux Philippines, les présidents successifs se relançaient d’ingéniosité pour influencer les affaires mondiales selon leur vision. En gros, la planète était un immense jeu de Risk dans lequel l’Amérique devait toujours gagner.

Cette vision interventionniste a mené à la création de dizaines d’alliances, dont l’OTAN est le symbole le plus visible. Régulièrement, on créait un nouvel organe d’influence pour contrer la menace soviétique. Ça fonctionnait bien et tout ça a abouti à un mauvais point de presse d’un simple soldat qui avait mal compris les ordres en 1989, causant des dommages irréparables au Rideau de fer soviétique.[3]

Après ce moment, le bloc américain n’avait plus d’ennemi clair et se laissait aller à ses aventures de grand sage géopolitique. C’était de bon goût, pour les présidents successifs (et surtout pour Georges Bush jr.) de se lancer dans une Nième intervention de contrôle. En gros, on se mêlait de tout, partout.

L’affaire, c’est que toute la planète s’y est habituée. Les alliés naturels de l’Amérique, dont le Canada et l’Europe, ont tenu pour acquis que la toute puissante armée américaine allait régler tous leurs problèmes. S’en est suivi entre autres un désengagement de la plupart des États dans leur propre défense.

Arrives-tu à Trump, man?

Oui, parlons de Donald Trump maintenant. Une des grandes caractéristiques de sa politique en relations internationales est une volonté affirmée de se désengager partout au monde. Il a menacé très clairement de retirer les États-Unis de l’OTAN, de laisser tomber Taiwan et de stopper le support à l’Ukraine dans les dernières années.

Au-delà du dernier clip scandaleux, la vision de Trump n’est pas novatrice. Elle reprend, simplement, les concepts fondamentaux de l’Union. Le rôle de l’État américain est de faire du commerce, rester en bonne relation avec tout le monde et généralement vivre en paix sur le continent.

Je ne crois pas que Donald Trump ait la finesse intellectuelle pour comprendre ce qu’il représente avec cette vision. En fait, ce n’est pas vraiment important puisque le président américain remplit généralement un rôle de porte-parole des nombreux intérêts de la nation et, surtout, des membres de son entourage. Qu’il sache pourquoi ou non, il défend une vision ancestrale et fondée sur des principes isolationnistes.

Personnellement, je crois que le retrait de l’Amérique du réseau d’influence planétaire serait une grave erreur. Il y a un monde de nuance entre ne rien faire et swingner les Marines à gauche et à droite sans raison. Le pays a encore beaucoup à apporter pour la stabilité mondiale, notamment avec son pouvoir économique toujours majoritaire et, oui, la force de son armée. Comme le dit le meme, ce n’est pas pour rien que les Américains n’ont pas encore l’accès universel à la Santé, il faut bien que ça serve!

J’ai l’impression que c’est Donald Trump qui prendra la parole le 20 janvier prochain à Washington. Qu’il ait la plus grande foule de l’histoire ou non, ses paroles seront lourdes de conséquences. Il misera beaucoup sur les enjeux locaux, c’est l’essence de sa plateforme nationaliste, mais sa vision géopolitique influencera des milliards de personnes.

Ira-t-il jusqu’à casser l’OTAN et fermer les livres sur l’influence américaine dans le monde? Sera-t-il, paradoxalement, le Georges Washington du 21ième siècle qui remettra le train sur les rails à une époque où l’Amérique se cherche et se perd dans ses propres intentions?

On verra bien!

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David Chabot
David Chabot
David Chabot, professionnel des relations publiques et de la gestion politique, a d’abord été restaurateur avant de se réorienter vers la politique municipale, sa passion. Aujourd’hui Chef des communications et Directeur du bureau du président d’une grande entreprise immobilière, il collabore avec des décideurs politiques et économiques. Titulaire d’un baccalauréat en science politique, il complète une maîtrise en affaires publiques et un MBA en gestion immobilière à l’Université Laval. Pragmatique et stratège, il excelle en négociation, planification et influence.

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