Les Plus Populaires

À lire aussi

Un parti politique n’est pas une secte idéologique

On confond de plus en plus la ligne politique d’un parti avec les opinions personnelles de ceux qui portent sa bannière.

Un parti peut avoir des positions claires et fermes sans exiger que chacun de ses candidats ait toujours pensé exactement la même chose. Il peut être pro-choix, favorable aux droits des personnes LGBT et opposé à la discrimination, tout en acceptant qu’un candidat ait déjà défendu des positions différentes sur ces sujets.

La question fondamentale est simple : adhère-t-il aujourd’hui au programme du parti et s’engage-t-il à le défendre s’il est élu?

Si oui, pourquoi faudrait-il exiger une biographie idéologique immaculée?

Un parti politique est d’abord une coalition réunie autour d’un projet commun. Ses candidats n’ont pas besoin d’avoir le même parcours, les mêmes expériences ni les mêmes opinions sur chaque enjeu. Ils doivent pouvoir se rallier à une plateforme et accepter les règles nécessaires à son application.

Et oui, les gens changent d’idée. Ce n’est ni automatiquement une qualité ni nécessairement de l’opportunisme. La véritable question est de savoir pourquoi ils ont changé.

Un candidat capable de dire : « J’ai déjà pensé cela, mais j’ai changé d’avis pour telle raison et je défends maintenant cette position » mérite au moins qu’on écoute son explication. À l’inverse, une ancienne position peut parfois révéler une conception plus profonde et durable du pouvoir, des droits ou de l’autorité.

C’est pourquoi il faut distinguer la vérification de la cohérence de la chasse à la pureté idéologique.

Le passé peut éclairer le présent. Il ne devrait pas automatiquement le condamner.

Un parti a également le droit de filtrer ses candidats. Il porte une marque politique et doit pouvoir s’assurer que ceux qui la représentent ne contredisent pas fondamentalement son projet. Mais cela ne signifie pas que chaque candidat doit avoir obtenu 100 % à un test de conformité idéologique.

On peut être pro-choix et favorable à la liberté d’expression. Ce n’est pas contradictoire.

Défendre le droit à l’avortement ne signifie pas vouloir faire taire ceux qui s’y opposent. Défendre les droits des personnes LGBT n’oblige pas non plus à considérer toute opinion critique comme illégitime.

La liberté d’expression perd son sens si elle ne protège que les opinions jugées acceptables.

C’est également là que le rôle des médias mérite d’être questionné.

Le journaliste politique doit-il chercher à savoir ce que le parti propose et ce qu’il fera du pouvoir, ou déterminer si chacun de ses candidats a toujours eu les « bonnes » opinions?

Il est parfaitement légitime de ressortir une ancienne déclaration et de demander au candidat de l’expliquer. C’est même parfois nécessaire. Mais il existe une différence entre informer les électeurs et déterminer qui est idéologiquement assez pur pour porter une bannière.

À force de remonter quinze ans en arrière à la recherche de la phrase compromettante, on finit parfois par sélectionner non pas les personnes dotées du meilleur jugement politique, mais celles présentant le profil le plus lisse.

Et c’est probablement là le véritable problème : une vieille publication est facile à citer. L’évaluation d’un programme, du jugement d’un candidat et de l’usage qu’il fera du pouvoir demande beaucoup plus de travail.

Le passé doit donc servir à éclairer le présent, le programme à indiquer ce que le parti propose, et les électeurs doivent décider s’ils font confiance à ceux qui le portent.

Un parti peut être ferme sur ses idées sans exiger la conformité absolue de ses membres.

Et la politique devrait être davantage une affaire de projet et de jugement qu’une confession de foi.

Au bout du compte, la question qui devrait nous intéresser le plus demeure assez simple :

Que fera cette personne du pouvoir qu’on lui confiera?

Autres articles sur Pilule Rouge

Tous contre le PCQ : la drôle de panique d’une campagne québécoise

Samuel Rasmussen — Sur la chasse aux anciennes déclarations, les tests de pureté imposés aux candidats et la préférence médiatique pour les scandales faciles au détriment des programmes.

Voter conservateur quand on est progressiste

Francis Auclair — Le parcours d’un électeur progressiste qui refuse de réduire un parti ou ses candidats à une parfaite conformité idéologique.

L’impartialité nous fait-elle vraiment faire du surplace?

Francis Auclair — Une réflexion sur l’hyperpartisanerie, le jugement politique et la nécessité de soumettre ses convictions à l’examen des faits.

Jacinthe-Ève Arel dérange… beaucoup

Ian Sénéchal — Un texte sur le pluralisme idéologique et la difficulté croissante à tolérer les voix qui sortent du consensus médiatique dominant.

Le mépris médiatique, obstacle au débat démocratique

Joey Aubé — Quand la caricature d’un parti et de ses électeurs remplace l’évaluation sérieuse de ses idées et de son programme.

Vous avez apprécié cette chronique ?

L'information indépendante a une valeur inestimable, mais sa diffusion a un coût. Chez Pilule Rouge, nous avons fait le choix de laisser tous nos articles en libre accès. Aucun mur de paie, aucune censure corporative.

Derrière cet article, il y a le travail d'une équipe qui opère ce site de façon 100 % bénévole et indépendante. Si ce texte vous a informé, fait réfléchir ou vous a apporté de la valeur, envisagez de soutenir notre mission.

Chaque contribution, même minime, aide directement à payer nos frais technologiques et assure la survie d'une plateforme d'information libre au Québec.

Vous ne pouvez pas faire de don pour le moment ? Aidez-nous énormément en partageant cet article sur vos réseaux sociaux !
Article précédent
Francis Hamelin
Francis Hamelin
Francis Hamelin, #MakeThePLQLiberalAgain, est membre des Trois Afueras et écrivain amateur. Technicien en génie mécanique et industriel, il s'intéresse particulièrement aux politiques publiques, l'économie et à la productivité des entreprises et des individus.

Du Même Auteur