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CAPITAINE QUÉBEC ET L’INTELLIGENCE ARTIFICIELLE

Ça fait un bout que je veux m’exprimer là-dessus.

Et la « nouvelle » d’’avant-hier sur le livre Destination Autonomie d’Éric Duhaime a été la goutte qui a fait déborder le vase.

Son livre aurait été écrit avec l’aide de l’intelligence artificielle.

SCANDALE!

Mais… sérieusement?

On dirait que certains viennent de découvrir l’intelligence artificielle en 2026. Ou bien nous avons affaire à de sacrés hypocrites.

Et évidemment, en pleine campagne électorale, ses adversaires politiques sautent là-dessus comme la misère sur le pauvre monde et essaient de présenter ça comme si on venait de prendre Duhaime en train de commettre un péché mortel.

Guys, tout le monde utilise l’intelligence artificielle.

Les politiciens l’utilisent. Les entreprises l’utilisent. Les étudiants l’utilisent. Les journalistes l’utilisent.

Et vous savez quoi?

Ça m’est égal.

Parce que l’IA, c’est un outil.

C’est d’ailleurs pour ça que la comparaison avec Thélyson Orélien est ridicule et intellectuellement malhonnête.

Le Prix Goncourt, c’est un prix littéraire. La plume, le style, l’originalité, la forme : c’est justement ce qu’on récompense. Dans son cas, on parle en plus de plagiat à outrance.

Un pamphlet politique comme Destination Autonomie?

Je n’en ai que faire du style littéraire d’Éric Duhaime.

Ce que je veux savoir, c’est : est-ce que ce sont ses idées? Sa vision politique? Ce qu’il pense réellement?

Si oui, qu’il se serve de l’intelligence artificielle pour l’aider à écrire, vérifier des informations ou gagner du temps, je cherche encore où est le scandale.

Pour moi, l’intelligence artificielle, c’est un peu la calculatrice de notre époque.

Si tu connais tes mathématiques, une calculatrice te permet d’aller plus vite et plus loin. Si tu ne comprends rien aux mathématiques, elle ne fera pas de toi un mathématicien.

L’IA, c’est pareil.

Si tu es brillant, que tu travailles fort, que tu réfléchis par toi-même et que tu maîtrises ton sujet, l’IA va te rendre encore meilleur, plus efficace et plus productif.

Si tu es paresseux et que tu lui demandes de réfléchir à ta place, elle va simplement te rendre encore plus paresseux.

Mais ça reste un outil.

Ce qui me fascine surtout, c’est de voir à quel point deux milieux semblent particulièrement réfractaires à cet outil : les médias traditionnels et le monde académique.

Moi, j’ai une théorie assez simple.

Ça menace leur modèle.

Aujourd’hui, quelqu’un qui a de bonnes idées, qui connaît son sujet et qui sait faire ses recherches peut publier, analyser, vulgariser et même faire du journalisme citoyen.

Tu n’as plus besoin d’avoir un bac en journalisme et une chronique dans un grand média pour apporter quelque chose d’intelligent au débat public.

Ça ne veut pas dire que les médias ne servent plus à rien. Il y a d’excellents journalistes qui font un travail essentiel.

Mais il y a aussi une sacrée gang de chroniqueurs et de journalistes qui font une job de merde et dont la valeur ajoutée devient de plus en plus difficile à percevoir.

Même chose dans le monde académique.

Combien de programmes universitaires de pure foutaise existent aujourd’hui parce qu’ils sont subventionnés à l’os?

Des bacs en écologie lesbo-queer avec majeure en féminisme autochtone intersectionnel; des programmes tellement nichés, tellement déconnectés du marché du travail et offrant tellement peu de valeur ajoutée qu’on peut légitimement se demander pourquoi les contribuables financent ça.

Pendant longtemps, les universités ont eu le monopole de l’accès à certaines connaissances.

Ce monopole est en train de s’effriter à vitesse grand V.

Aujourd’hui, tu peux apprendre énormément de choses par toi-même. Avec l’intelligence artificielle, cette capacité vient de faire un bond gigantesque.

Ça ne veut pas dire que les universités vont disparaître.

Mais certains programmes, certains départements et certaines universités vont éventuellement devoir répondre à une question assez simple :

Vous servez à quoi?

Même chose pour le marché du travail.

Oui, l’intelligence artificielle va remplacer des emplois. Mais surtout, ceux qui vont rester vont devoir apprendre à travailler avec elle.

Parce que je suis convaincu d’une chose : ne pas savoir se servir de l’intelligence artificielle va très bientôt devenir un handicap professionnel.

C’est déjà en train de le devenir.

Si ton collègue fait en une heure ce qui t’en prend six parce qu’il maîtrise ces outils et que toi, tu refuses de t’en servir, devine lequel des deux devient le plus utile — et lequel des deux a le plus de chances de conserver son emploi.

Et nos gouvernements devraient être parmi les premiers à comprendre ça.

Imaginez les gains d’efficacité et les milliards qu’on pourrait éventuellement économiser, dans une bureaucratie aussi lourde que la nôtre, en automatisant intelligemment une partie du travail.

Mais non.

L’important, c’est de passer un livre politique dans un détecteur d’IA pour découvrir si Éric Duhaime a utilisé ChatGPT.

Comme si on venait de découvrir un scandale.

Comme si les journalistes eux-mêmes ne s’en servaient pas.

C’est ça que je trouve pathétique.

Prendre quelque chose qui est déjà en train de devenir parfaitement normal, profiter du fait qu’une partie de la population connaît encore mal l’intelligence artificielle et essayer d’en faire une arme politique pour salir quelqu’un.

Vous êtes désespérés.

L’intelligence artificielle est là et ne va pas disparaître.

On peut passer les dix prochaines années à essayer de détecter qui s’en est servi.

Ou on peut apprendre à bien s’en servir nous-mêmes.

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