
Les démocrates reprennent la Chambre des représentants et le Sénat, selon les projections d’Associated Press et de Reuters. Ils délogent aussi des gouverneurs républicains au Texas, en Géorgie, en Iowa, en Ohio et au Nevada. À Washington, le changement le plus concret se mesurera dans les crédits que le Congrès consentira, les nominations qu’il acceptera et les décisions présidentielles qu’il soumettra à enquête.
Dans mon éditorial d’hier, je posais une question simple. Qui surveille ceux qui gouvernent? Le 3 novembre, les électeurs ont confié ce travail à un Congrès dont les majorités seront opposées à Donald Trump. Ce choix aura des conséquences dès que les nouveaux élus prendront leurs fonctions. Il faudra alors juger ces majorités à leur tour, notamment sur leur volonté d’appliquer à un président adverse des limites qu’elles accepteraient pour le leur.
Les chiffres du matin
Le tableau reprend un même instantané de Decision Desk HQ. Il combine les sièges déjà détenus et ceux dont le bureau a annoncé le vainqueur. Les chiffres du Sénat incluent donc les sièges qui ne se jouaient pas mardi. Un vainqueur annoncé par un média demeure une projection. Les États certifient leurs résultats à l’issue de leurs propres procédures.
| Scrutin | Démocrates | Républicains | Encore sans vainqueur selon DDHQ |
|---|---|---|---|
| Chambre des représentants | 241 | 149 | 45 |
| Sénat | 52, plus 2 indépendants qui siègent avec eux | 44 | 2 |
| Gouverneurs des 50 États | 27 | 20 | 3 |
À la Chambre, DDHQ relève 32 sièges pris par les démocrates et deux par les républicains, soit un solde provisoire de 30 bascules en faveur des démocrates. Le seuil de 218 est franchi. Au Sénat, sept gains portent le groupe démocrate à 54 sièges en comptant les indépendants Bernie Sanders et Angus King. Les deux courses encore ouvertes dans ce tableau, en Alaska et au Mississippi, peuvent modifier la taille de la majorité. En Alaska, Dan Sullivan menait par 1 796 voix au premier choix. Au Mississippi, Scott Colom devançait Cindy Hyde-Smith de 2 169 voix.
Pourquoi la Chambre et le Sénat ont basculé
À la Chambre, une majorité républicaine étroite était exposée à des reculs simultanés dans plusieurs régions. Le sondage électoral d’AP indique qu’environ sept votants de moins de 30 ans sur dix ont choisi le candidat démocrate dans leur circonscription. Ce groupe était à peu près partagé entre Trump et Kamala Harris en 2024. Environ la moitié des votants jugeaient le coût de la vie ou la corruption déterminants dans leur choix au Congrès. La comparaison porte sur deux scrutins différents. Elle éclaire le changement de coalition, sans permettre de mesurer à elle seule combien d’électeurs ont changé de parti ou sont restés chez eux.
En Iowa, le recul s’est traduit par trois circonscriptions perdues sur quatre pour les républicains. Dans la troisième, la sénatrice d’État Sarah Trone Garriott a battu le sortant Zach Nunn. Au Sénat, où seulement 35 sièges se jouaient, la percée exigeait de gagner à l’échelle d’États entiers. Les démocrates ont défendu la Géorgie et le Michigan tout en prenant les deux Carolines, le Texas, l’Ohio, le Kansas, l’Iowa et le Maine.
Le Kansas aide à comprendre comment. Selon l’enquête d’AP, environ sept électeurs modérés sur dix y ont appuyé le démocrate Adam Hamilton. Le républicain Roger Marshall n’en a obtenu qu’environ le quart, contre quatre sur dix lors de sa précédente élection, en 2020. Au Texas, le relevé préliminaire du secrétaire d’État consulté donnait 4 546 036 voix à James Talarico, contre 3 567 899 à Ken Paxton. Le contexte national a favorisé les démocrates, et le résultat du Kansas montre comment une candidature capable d’élargir sa coalition peut transformer ce contexte en siège.
Les gouverneurs et le poids des campagnes locales
Sur les 36 postes de gouverneur d’État en jeu, le tableau de DDHQ arrêté à 5 h 55 comptait 21 victoires démocrates et 12 républicaines. AP avait aussi annoncé la victoire d’Aaron Ford contre le sortant républicain Joe Lombardo au Nevada. Les deux bureaux n’avaient donc pas le même état d’avancement. En Alaska, le démocrate Jonathan Kreiss-Tomkins menait avec 49 % des premiers choix dans le relevé consulté. Sans majorité au premier tour, le dépouillement préférentiel est prévu le 18 novembre.
Au Texas, Gina Hinojosa devançait Greg Abbott de plus de 610 000 voix dans le relevé préliminaire de l’État. AP rapporte qu’Abbott disposait d’un avantage d’environ cinq contre un en publicité. En Géorgie, l’ancienne mairesse d’Atlanta Keisha Lance Bottoms a battu Rick Jackson malgré les dépenses considérables de son adversaire. En Iowa, le vérificateur d’État Rob Sand disposait déjà d’un profil connu à l’échelle de l’État. Ces victoires ont bénéficié d’un climat national favorable, avec des candidatures et des rapports de force locaux bien différents.
Les référendums ont suivi leur propre logique
Au Missouri, la proposition A demandait aux électeurs d’approuver la loi de 2025 qui redessinait les circonscriptions de l’État à la Chambre des représentants des États-Unis. La nouvelle carte aurait réparti Kansas City entre plusieurs circonscriptions, ce qui aurait favorisé les républicains dans leur tentative de gagner un siège de plus. Avec 61,8 % de non d’après le décompte provisoire, les électeurs ont rejeté ce redécoupage et maintenu la carte de 2022.
Toujours au Missouri, l’amendement 3 a été rejeté avec 55,5 % de non d’après les voix rapportées. Son rejet maintient la protection constitutionnelle des droits reproductifs adoptée en 2024. Les deux résultats du Missouri restent à certifier.
En Ohio, l’Issue 3 est un amendement qui inscrit dans la Constitution de l’État l’obligation de présenter une pièce d’identité officielle avec photo pour voter en personne. Cette exigence figurait déjà dans la loi. Son inscription dans la Constitution signifie qu’une future majorité à l’Assemblée générale ne pourra plus l’abolir par une simple modification de la loi. Pour le vote par correspondance, l’amendement permet à la loi d’autoriser une signature accompagnée d’un autre identifiant reconnu. AP a annoncé la victoire du oui, qui recueillait 65,9 % au décompte consulté. La démocrate Amy Acton, élue gouverneure selon AP, appuyait elle aussi la mesure.
En Californie, AP donne gagnante la proposition 37, avec 60,7 % de oui. Elle autorise jusqu’à 25 milliards de dollars américains en obligations pour financer des prêts d’aide à la mise de fonds sur des logements neufs. Les pourcentages sont provisoires.
Le pouvoir de dire non
Le nouveau Congrès entre en fonction le 3 janvier 2027. Les démocrates pourront fixer le programme des commissions, convoquer des témoins, demander des documents et négocier les crédits nécessaires au fonctionnement du gouvernement. Le Sénat pourra refuser de confirmer des candidats de Trump à la magistrature fédérale ou à de hauts postes. Le président conserve son veto, que les deux chambres ne peuvent surmonter qu’aux deux tiers, ainsi que les pouvoirs que les lois délèguent à l’exécutif. Le premier test sera la capacité de négocier des crédits sans transformer chaque échéance en menace de paralysie.
Pour le Québec et le Canada, le résultat ouvre surtout un autre lieu de négociation. Les droits sur l’acier, l’aluminium et le bois d’œuvre dépendent des mesures en vigueur. En juillet, Washington a refusé de prolonger l’ACEUM dans sa forme actuelle, et l’accord demeure en vigueur. Un Congrès plus disposé à interroger l’administration sur le prix des intrants américains peut peser sur le débat commercial. Une baisse des droits exigera toutefois une décision de l’administration, une entente ou une modification de la loi selon la mesure visée. C’est dans ces décisions que les exportateurs d’ici pourront mesurer l’effet du scrutin.
Autres articles sur Pilule Rouge
Le 3 novembre, Trump ne sera pas sur le bulletin de vote. Son pouvoir, oui.
Ingérence électorale : Washington réclame le monopole
La société civile, gardienne oubliée de l’ordre politique
Des millions d’Américains dans les rues contre Trump : que se passe-t-il aux États-Unis?

