Peu importe leurs opinions ou leurs idéologies, les gens ont le droit de travailler. La nouvelle qui fait beaucoup jaser est, bien évidemment, la nomination de Jacinthe-Ève Arel au poste de directrice de cabinet du ministre délégué à l’Efficacité gouvernementale et à l’Allègement réglementaire de l’État, au sein du gouvernement péquiste.
Rapidement, les hyènes médiatiques et politiques se sont précipitées pour prendre leur part du festin. Ruba Ghazal réclame son congédiement. Mais pourquoi, au juste ? Elle n’a même pas encore effectué une seule journée de travail ! N’a-t-elle pas le droit de faire ses preuves ? Pourtant, elle possède une expérience parlementaire et est reconnue pour une certaine rigueur.
Mme Ghazal lui reproche ses propos sur Donald Trump et la politique américaine, ou encore ses déclarations concernant l’extrême droite au Québec. Mme Arel soutient qu’il n’y a pas d’extrême droite au Québec. Et alors ? Au fond, la camarade Ghazal lui reproche essentiellement d’avoir une opinion différente de la sienne.
Imaginons un instant que Jacinthe-Ève Arel exige la démission de Ruba Ghazal simplement parce que cette dernière défend des idées de gauche avec lesquelles elle est profondément en désaccord. Ce serait parfaitement ridicule. Pourtant, c’est précisément la logique qui semble prévaloir ici.
Mme Ghazal a le droit d’être de gauche, tout comme Mme Arel a le droit d’avoir des idées différentes. Elles ont toutes les deux le droit de défendre leurs convictions politiques. Depuis quand une divergence d’opinions constitue-t-elle une raison suffisante pour réclamer le congédiement de quelqu’un ?
Mme Ghazal n’aime pas Trump et Mme Arel le trouve sympathique. Fin de la grande controverse.
Mme Ghazal, il existe une pluralité d’opinions dans l’espace public québécois. Il va falloir vous y faire.
Quand les opinions deviennent des pièces à conviction
Même tableau à Radio-Canada, où Sébastien Bovet interviewait Catherine Gentilcore, du Parti québécois. Les points chauds de l’entrevue consistaient à ressortir de vieux gazouillis de Jacinthe-Ève Arel dans lesquels elle exprimait ses opinions politiques.
Des mots salés, certes ! Mais encore ?
Premièrement, les gens ont le droit de dire ce qu’ils pensent et, deuxièmement, d’avoir des idées différentes. Je comprends que Mme Arel ne pense pas comme Radio-Canada, mais Bovet me faisait bien davantage penser à un inquisiteur qu’à un journaliste.
Une entrevue digne de ce nom aurait plutôt cherché à comprendre les véritables raisons de sa nomination et ce qu’elle entend accomplir à ce poste. Mais non !
Voilà donc ce que deviennent les médias lorsqu’ils entrent en campagne : on fouille les anciennes publications et on s’indigne des déclarations qui ne sont pas conformes à la doctrine de sa propre chapelle.
Je comprends parfaitement que Mme Arel ait retiré ses publications sur X, puisque la classe journalistique semble davantage intéressée à fouiller dans ses poubelles qu’à évaluer son travail.
Une chasse aux sorcières plutôt qu’une évaluation des compétences
Ce qu’il faut donc retenir de cette chasse aux sorcières, c’est qu’on semble se moquer éperdument de ses compétences et des raisons de sa nomination.
Chez les journalistes, on fouille les poubelles et on cherche les messages compromettants, tandis que ses adversaires politiques réclament son congédiement parce qu’elle exprime des opinions divergentes.
Et pendant ce temps, je cherche toujours les féministes qui pourraient normalement se réjouir de voir une femme accéder à un tel poste.
Après tout, voilà un gouvernement péquiste qui confie des responsabilités importantes à une femme. Une nomination plutôt progressiste, non ?
Mais visiblement, ce n’est pas suffisant.
Moi, c’est dans ce sens que le Québec, parfois, me fait peur.
Stéphan Lemieux
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