Je vois passer sur les médias sociaux, en ce moment, de grands soupirs de soulagement à la suite des résultats des élections de mi-mandat aux États-Unis. Je suis de ceux qui, bien honnêtement, poussent également un soupir de soulagement.
Ça va faire du bien de voir la politique américaine respirer un peu et de constater que le curseur de l’attention ne sera plus constamment braqué sur le président Trump.
Je ne suis absolument pas de la chapelle anti-Trump, pas plus que je ne suis MAGA. J’essaie de regarder le président Trump avec le même regard que je porte sur les autres politiciens. J’examine ses politiques sans me laisser séduire par les deux chapelles polarisées qui s’affrontent à son sujet.
Mais je constate que les gens, en général, tombent dans l’éternel panneau : celui de sous-estimer l’intelligence de cet homme.
La moralité des dirigeants : une illusion historique ?
Je ne parlerai pas tant de ses politiques, car, comme je l’ai dit, et comme si j’étais à la confesse, je suis d’accord avec lui sur certaines questions, alors que, sur d’autres, il m’a profondément déçu.
Quant à la condamnation perpétuelle de sa moralité, je laisse cela aux prêtres de salon.
Mais ce qui me consterne, c’est ce cri de victoire que nous entendons déjà dans l’Empire du Sud. Un cri provenant des milieux démocrates américains, dont le discours consiste souvent en deux choses : diaboliser Donald Trump et sous-estimer son intelligence.
Trump est une personne corruptible, je le crois. Mais l’historien et philosophe amateur que je suis se demande, en ouvrant un livre d’histoire et en remontant jusqu’à l’Antiquité : où sont réellement les incorruptibles ?
De l’Athènes antique aux seigneurs du Moyen Âge, des grands monarques et des grandes sociétés bourgeoises de la Renaissance aux dirigeants communistes de l’ère postindustrielle, et ce, jusqu’à aujourd’hui, rien de ce que représente Donald Trump ne me fait tomber en bas de ma chaise.
D’où nous viennent cette condescendance et cette prétention de croire que nous vivons dans un monde bon et juste, où les dirigeants devraient être moralement irréprochables ?
Nous vivons dans un monde humain et tragique. Je garde la morale pour ma vie personnelle et spirituelle.
Les démocrates et leurs propres contradictions
Maintenant, dans l’entourage démocrate américain, où certains croient déjà être débarrassés de ce « bandit », il faudrait peut-être aussi regarder dans sa propre cour.
Prenons le cas du sénateur démocrate Robert Menendez, condamné à 11 ans de prison pour corruption. Des centaines de milliers de dollars en liquide, des lingots d’or et une voiture de luxe en échange de faveurs politiques. Voilà un véritable exemple de corruption chez les démocrates.
Et que dire de notre grand socialiste Bernie Sanders ?
Celui qui, pendant des années, a mené sa croisade contre les « millionnaires et milliardaires » américains est lui-même devenu millionnaire, notamment grâce au succès commercial de ses ouvrages dénonçant les dérives du capitalisme.
Curieusement, depuis son accession au club des millionnaires, sa croisade semble s’être davantage concentrée sur les milliardaires. Il faut croire que le million est devenu moralement plus acceptable !
Quant à Bill Clinton, sa fortune personnelle était estimée, selon plusieurs sources, à moins d’un million de dollars avant son accession à la présidence. Depuis son départ de la Maison-Blanche, sa fortune et celle de son épouse auraient considérablement augmenté, certaines estimations les situant à plus de 120 millions de dollars.
Comment savoir si toute cette fortune est blanche comme neige ?
Au-delà de ces personnages, bien naïf serait celui qui affirmerait que les démocrates n’ont aucun squelette dans le placard.
J’ai toujours trouvé que le système américain avait ce qu’il y a de meilleur, mais aussi ce qu’il y a de pire. Démocrates et républicains sont, pour moi, une même créature à deux visages.
L’idée n’est pas de comparer qui est le plus corrompu, mais de reconnaître que la corruption et les contradictions humaines accompagnent la vie politique depuis que la politique existe.
Sous-estimer Trump : une erreur stratégique
Revenons maintenant à la prétendue bêtise de Trump.
Je crois qu’une des choses que les militants démocrates et les anti-Trump du monde entier devraient véritablement cesser de faire, c’est de sous-estimer son intelligence et de le prendre pour un débile ou un fou.
Je pense que c’est simplement de la paresse intellectuelle.
Ce faux constat ne fait que le servir, après près de six années cumulées au pouvoir, et il le sait très bien. Comme cela servait Jean Chrétien, à une certaine époque, lorsque les gens le sous-estimaient.
Il lui reste deux ans à la Maison-Blanche, malgré son échec aux élections de mi-mandat, et espérons aussi que les gens cesseront de le regarder uniquement à travers le prisme de la morale.
Regardez dans le rétroviseur de l’histoire et cherchez les hommes ou les femmes politiques à la tête de grands empires historiques qui auraient été moralement irréprochables ou totalement incorruptibles. Vous n’en trouverez peut-être que quelques-uns, voire aucun.
Combattez plutôt dans l’arène politique et cessez d’espérer sa chute en vous persuadant qu’il suffit de présenter Trump comme un monstre à abattre, d’accumuler les preuves de ses déviances morales et de croire que tous les Américains vont se mettre à chanter, à danser et à applaudir sa chute comme s’il s’agissait de celle de Sauron !
C’est le pragmatisme et la constance qui permettront à ses adversaires de le combattre efficacement.
Un adversaire qu’il serait imprudent de mépriser
Le président Trump n’est pas un homme bon. C’est un être humain qui fait de la politique comme il l’entend, avec ses travers et ses défauts, et Dieu sait qu’il en a !
Mais il y a une chose qu’on ne pourra jamais lui enlever, comparativement à certains autres dirigeants comme Macron, Trudeau ou même Biden : ce n’est pas un eunuque politique et il est extrêmement combatif.
Il lui reste deux ans et, comme le dit un vieux dicton du baseball :
It’s not over till it’s over.
Autres articles sur Pilule Rouge
Tarifs douaniers : comment répondre efficacement ?
Maxym Perron-Tellier
Donald Trump : de l’isolationnisme au faucon néoconservateur ?
Simon Leduc
Donald Trump est un Péquiste
Patrice Côté
Trump, les urnes et le brouillard : ce que son discours prouve et ce qu’il ne prouve pas
Samuel Rasmussen
Stratégie, communication et campagne électorale
Nicolas Drolet

