Lundi, mars 2, 2026

Les Plus Populaires

À lire aussi

PQ : après avoir nationalisé l’électricité, voici la nationalisation de l’air

Le Parti québécois dépose un projet de loi sur la pollution de l’air, et il faudrait apparemment saluer ce moment historique où l’Assemblée nationale découvre que l’on respire.

Personne n’est contre l’air pur. C’est justement ce qui rend l’opération politiquement confortable. Quand on choisit un objet moralement inattaquable l’air, l’eau, les enfants, la planète on s’assure que toute critique pourra être disqualifiée comme suspecte. Qui oserait s’opposer à « une meilleure qualité de l’air »? Question rhétorique parfaite.

Le problème, c’est que le Québec ne vit pas dans un vide réglementaire. Il existe déjà un arsenal environnemental dense : normes d’émissions industrielles, permis, certificats d’autorisation, plafonds, règles sur les particules fines, encadrement des foyers au bois, normes sur les carburants, réglementation du transport lourd, évaluations environnementales. On n’est pas en 1952.

Donc, qu’ajoute concrètement ce projet ? Une clarification ciblée d’un angle mort juridique précis ? Une correction technique d’une faille documentée ? Ou bien une couche supplémentaire de pouvoir administratif plus large, plus floue, plus discrétionnaire ?

Dans ce genre d’initiative, on retrouve souvent la même mécanique : élargir les marges d’intervention de l’État sous couvert de modernisation. On ne précise pas toujours le problème exact ; on élargit la boîte à outils. Le résultat, ce n’est pas nécessairement un air plus pur, mais un environnement juridique plus incertain.

Car l’enjeu n’est pas seulement environnemental, il est aussi institutionnel. Quand les règles deviennent plus malléables, plus interprétables, plus évolutives au gré de directives administratives, les acteurs économiques naviguent dans le brouillard. Une entreprise conforme hier peut devenir problématique demain non parce qu’elle a modifié ses pratiques, mais parce que la définition réglementaire s’est déplacée.

Le Québec produit une électricité largement hydroélectrique. Ses émissions industrielles sont déjà encadrées. La qualité de l’air, malgré des enjeux ponctuels (transport, feux de forêt, zones urbaines), s’est améliorée sur plusieurs indicateurs à long terme. Est-ce parfait ? Non. Est-ce l’apocalypse industrielle qu’on suggère parfois ? Non plus.

Ce qui est frappant, c’est le réflexe : un enjeu → une nouvelle loi. On ne commence pas par se demander si les outils existants sont mal appliqués, sous-utilisés ou simplement mal coordonnés. On ne pose pas d’emblée la question coûts-bénéfices. On ajoute.

Or, chaque ajout réglementaire a un coût. Coûts de conformité, d’expertise, d’adaptation technologique, de rapports, d’audits. Ces coûts sont rarement spectaculaires pris isolément. Mais cumulés, ils pèsent sur les PME, sur les manufacturiers, sur le transport. Et ce poids ne se voit pas dans un communiqué de presse.

Politiquement, en revanche, le bénéfice symbolique est immense. On peut affirmer : « Nous agissons pour l’air. » Le signal moral est fort, même si l’effet marginal réel est incertain.

Autre angle rarement évoqué : l’air ne s’arrête pas aux frontières administratives. Une part significative de la pollution atmosphérique dans certaines régions provient de sources hors Québec : feux de forêt, activités industrielles ailleurs, transport longue distance des particules. L’efficacité d’une loi provinciale a donc des limites physiques évidentes.

On a ainsi une tendance à légiférer localement sur un phénomène partiellement global, comme si la volonté parlementaire suffisait à discipliner l’atmosphère.

Le vrai débat devrait être technique : quelles sources précises ne sont pas adéquatement couvertes par le cadre actuel? Quels indicateurs montrent un échec mesurable des normes existantes? Quelle amélioration quantifiable est attendue? À quel coût économique?

Sans ces réponses, on ne fait pas une politique publique rigoureuse ; on fait un geste de positionnement.

Il y a aussi une dimension plus profonde : la croyance que chaque problème social ou environnemental exige un accroissement du rôle centralisé de l’État. Rarement l’inverse. Rarement une simplification, une harmonisation, une rationalisation de l’existant. L’expansion normative devient presque un réflexe.

Et toute critique est moralement suspecte. Si vous soulevez la question de la redondance, vous seriez « contre l’environnement ». Si vous interrogez les impacts économiques, vous seriez « allié des pollueurs ». C’est la stratégie classique d’un débat verrouillé par la vertu.

Or, protéger l’environnement et exiger de la rigueur législative ne sont pas incompatibles. On peut vouloir un air de qualité tout en refusant la multiplication automatique des lois.

Une société adulte ne confond pas proclamation morale et efficacité concrète. Elle exige des diagnostics précis, des objectifs mesurables, des mécanismes proportionnés.

Si le projet du Parti québécois corrige une faille démontrée avec des outils calibrés, qu’on le démontre clairement. Mais si l’essentiel réside dans l’élargissement du pouvoir réglementaire et dans la valeur symbolique de « faire quelque chose », alors l’absurdité n’est pas dans l’objectif l’air pur, mais dans la méthode.

À force de vouloir purifier l’atmosphère par décret, on risque surtout d’épaissir l’air administratif.

Et ça, ironiquement, c’est une pollution bien réelle.

YouTube
Rejoignez notre communauté !

Ne manquez aucune de nos vidéos et plongez dans nos podcasts captivants ! Abonnez-vous dès maintenant à notre chaîne YouTube et activez la cloche pour rester informé des dernières sorties.

Patreon
Contenu exclusif pour vous !

Accédez à des épisodes inédits, des coulisses et des bonus exclusifs en rejoignant notre communauté sur Patreon. Votre soutien nous aide à créer encore plus de contenu de qualité !

PayPal
Soutenez-nous avec un don !

Aidez-nous à continuer à produire du contenu de qualité en faisant un don via PayPal. Chaque contribution, grande ou petite, fait une énorme différence pour notre projet !

Abonne-toi au Patreon pour débloquer :

🎙 Tous les podcasts en version intégrale
⏱ Accès en primeur, parfois sans délai
📬 Contenus exclusifs et sans publicité
💬 Accès au Discord privé
🤝 Soutien direct à Ian & Frank

Samuel Rasmussen
Samuel Rasmussen
Samuel Rasmussen, alias Le Blond Modéré, est membre des Trois Afueras et collaborateur du podcast Ian & Frank. Titulaire d'une formation en relations internationales à l'Université de Sherbrooke, il s'intéresse particulièrement à la géopolitique, aux zones d'influence et aux différentes formes de pouvoir.

Du Même Auteur