Depuis la nuit des Temps, le Japon et la Chine sont des ennemis jurés. Durant la Seconde Guerre Mondiale, les fascistes japonais ont occupé militairement la Chine et commis des atrocités contre les Chinois. Aujourd’hui, c’est la Chine qui est l’antagoniste du camp occidental. Le nouveau gouvernement japonais veut renforcer sa sécurité en haussant son budget de la Défense. Selon Roromme Chantal, cela risque d’accentuer les tensions entre les deux pays.
Roromme Chantal est professeur de science politique à l’Université de Moncton et expert de la question chinoise.
Entretien
Simon Leduc : Comment décrivez-vous les relations entre la Chine et le Japon depuis la fin de la Deuxième Guerre Mondiale?
Roromme Chantal : « Il y a encore des tensions entre les deux pays. Il faut savoir que le Japon a livré deux guerres à la Chine. À la fin du 19e siècle, l’impérialisme japonais était présent et en force. Ce conflit s’est terminé par l’occupation de Taiwan par les troupes japonaises. Durant le deuxième conflit mondial, le Japon a envahi et occupé militairement la Chine. Cela a mené au massacre de Nankin (décembre 1937 à janvier 1938) où les impérialistes japonais ont tué environ 300 000 Chinois durant cette attaque, les Japonais ont perpétré des atrocités comme des viols de femmes chinoises. Cela a laissé des souvenirs douloureux dans l’opinion publique chinoise. »
La nouvelle première ministre du Japon a dit que son pays pourrait intervenir militairement pour défendre Taiwan si la Chine tentait de l’envahir. Que pensez-vous de cela?
Roromme Chantal : « Au Japon, le Parti libéral démocrate domine le paysage politique japonais depuis les années 1950. C’est une formation politique conservatrice. Le nationalisme japonais peut varier d’un dirigeant à un autre. La nouvelle première ministre Sanae Takaichi s’inspire directement de l’ancien premier Shinzo Abe qui était un faucon. Ce dernier avait présenté la question de Taiwan comme un point important de la sécurité nationale du Japon. Mme Takaichi a la même position sur cette question délicate. La leader japonaise estime que la paix dans le détroit de Taiwan relève de la sécurité et de la survie du Japon.
En Chine, cela donne l’impression que les Japonais sont en train de renoncer au pacifisme post Guerre Froide. Dans sa constitution actuelle, le Japon ne peut pas avoir de forces armées. Le gouvernement de Sanae Takaichi veut hausser les budgets de la Défense afin de doter son pays d’une véritable armée. La première ministre n’exclut pas une intervention militaire pour protéger Taiwan en cas d’une agression chinoise.
Pour la Chine, cela veut dire que le Japon risque de franchir une ligne rouge qu’elle a tracée. Le régime communiste chinois a toujours considéré Taiwan comme un territoire chinois. En 1972, le Japon a même reconnu que Taiwan faisait partie de la Chine, Les Chinois n’aiment pas la nouvelle position de son ennemi sur cette question et les tensions risquent de se poursuivre entre ces deux pays asiatiques.
La Chine a mise en place des mesures de rétention. Par exemple, le gouvernement chinois a déconseillé aux touristes chinois d’aller en territoire japonais. La Chine a aussi limité les exportations de terres rares au Japon. Le gouvernement a ralenti les exportations japonaises sur le marché chinois.
Il faut savoir que la nouvelle première ministre a remporté une énorme victoire lors des dernières élections législatives japonaises. Elle a le soutien populaire pour mettre en place une politique de fermeté envers la Chine. Le peuple japonais soutient la force du gouvernement envers l’ennemi chinois.
Pour conclure, on peut craindre une escalade des tensions entre le Japon et la Chine dans les prochaines années. »
Le nouvel ordre mondial est dominé par trois grands empires : la Russie, la Chine et les États-Unis. Dans ce contexte, pourrait-on voir le retour d’un impérialisme japonais?
Roromme Chantal : « Le désengagement américain en Europe a poussé les principales puissances européennes à envisager une hausse de leurs capacités militaires. L’Allemagne est dans une logique similaire que le Japon. C’est-à-dire que le budget militaire a explosé malgré son pacifisme d’après la Deuxième Guerre Mondiale. Le président Trump a dit que son pays ne pouvait plus continuer de financer la sécurité de ses alliés. C’est pour cela que le Japon a augmenté le financement de la Défense afin d’assurer sa sécurité. Il estime que la Chine est une menace dans la région Indo-Pacifique. Le Japon a fait un partenariat avec l’Inde et la Corée du Sud pour endiguer la menace chinoise. Il y a des débats au Japon afin de remettre en question le pacifisme qui est inscrit dans la constitution du pays et qui fut adopté après 1945. À la place de l’impérialisme, le Japon risque d’assurer sa sécurité en renforçant ses forces armées et sa défense. On pourrait assister à une course aux armements dans la région avec des conséquences insoupçonnables. »


