Vendredi, avril 3, 2026

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Caron et Charlebois versus le triomphe des médiocres

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La leçon est tombée dans le silence clérical des tribunaux officiels : on préfère désormais l’incantation militante à la discussion raisonnée. Dans un Canada où le vacarme militant vient d’étouffer deux voix remarquables : le politologue Jean-François Caron et l’analyste agroalimentaire Sylvain Charlebois, on voit bien comment l’Église du politiquement correct impose ses psaumes. Le professeur Caron, invité par un comité parlementaire des Affaires étrangères, a vu sa voix interrompue deux heures avant l’audition, sans aucune justification. Au motif qu’une « collègue militante » de Carleton ne partageait pas ses opinions, la commission s’est fait tribunal de l’ordre moral et l’a purement rayé de l’agenda. Caron, qui avait traversé la planète depuis le Kazakhstan pour témoigner, n’a reçu en réponse que d’hypocrites circonvolutions bureaucratiques. Résultat : ses frais de déplacement restent en suspens et son allocution jamais prononcée, pendant que la « cancel culture » canadienne triomphe de la liberté d’expression.

Le cas du Professeur Caron : un déraillement parlementaire

Voici notre premier exemple : un expert invité à Ottawa, pris dans les rouages d’un tribunal invisible de la vertueuse censure. Jean-François Caron est professeur à l’étranger et politologue engagé. Fin janvier 2024, le Comité permanent des Affaires étrangères l’invite à parler de politique internationale. Deux heures avant le début de la séance, patatras : son audition est rayée du programme. Aucune explication officielle. Le scoop vient d’un média anti-censure : c’est la professeure militante Stéphanie Carvin (Carleton) qui a exigé d’annuler Caron, menaçant de boycotter elle-même le comité si on refusait. On reste éberlué : la machine politicienne plie devant la jalousie doctrinale d’un professeur. Caron s’est défendu d’accuser quiconque dans l’immédiat, mais il a souligné le malaise de voir la culture de l’annulation guider nos institutions. Avec son humilité scientifique, il note surtout que la démocratie ne peut survivre si l’on enferme les débats dans les préjugés d’un camp moral — exactement le constat qui faisait le cœur de l’épure argumentative chère à Habermas, cette idée que la légitimité vient du débat vif, pas de la cabale. Ici, ce sont les militants de cour qui donnent l’encensoir aux mandarins : on s’indigne de l’anathème, mais on garde le tuyau de l’excommunication sur la tempe, prêt à cracher les flammes du bannissement. État de santé de la démocratie? Pharaonique.

Sylvain Charlebois, l’« Épidote » suspendu de La Presse

Autre martyr de la pensée libre : le professeur Sylvain Charlebois, alias « The Food Professor », voix longtemps respectée sur les enjeux alimentaires. Après 25 ans et plus de 1 000 colonnes volontaires dans La Presse, il découvre au matin du 2 avril 2026 sa propre mise à l’index. La direction du journal suspend son billet hebdomadaire sans préavis — motus sur sa voix, sans plus d’explications. Officiellement, c’est pour des raisons éditoriales. Officieusement, on sait que la censure est tombée juste après qu’il ait critiqué ouvertement le paysage médiatique canadien et ses subventions d’État. Comme il l’a lui-même tweeté : « My regular column with La Presse has been suspended indefinitely… This was not my decision. The decision is linked to recent public comments I made on social media regarding the evolving media landscape… my remarks may not have aligned with the publication’s perspective. » Autrement dit, il a osé réfléchir à voix haute sur l’empire médiatique gouvernemental et payé le prix fort.

Le professeur Charlebois ne s’apitoie pas : il rappelle qu’il est bénévole, non rémunéré pour écrire dans La Presse, et qu’il a lui-même épluché 25 ans de cartes d’abonnement en signe de fidélité. Mais pour nos grands prêtres du conformisme, ce n’était qu’un faux pas condamnable. Cette suspension montre comment un commentateur rigoureux sur la science de l’alimentation peut soudainement perdre sa plateforme parce qu’il a trop bien vu le jeu : Charlebois disait en février qu’« on mérite un journalisme de fond plus fort, surtout sur les chaînes d’approvisionnement et la résilience économique ». Or ce n’est pas gentil, visiblement. La morale médiatique préfère qu’on lui chante des slogans inoffensifs plutôt que d’approfondir la réflexion. En somme, l’« expert » a été rayé comme un combustible indésirable — la démocratie se porte si bien qu’on n’a même plus besoin de financement pour payer ces têtes pensantes : on les fait taire gratuitement.

Médias en perfusion étatique et concurrence éteinte

Ce cas médiatique n’est pas un incident isolé, mais le symptôme d’un paysage clos. La presse canadienne, asphyxiée financièrement, a troqué son indépendance contre un croissant de subventions. Les gouvernements libéraux comme conservateurs ont lancé des programmes de centaines de millions, puis de milliards de dollars pour financer les journaux privés et la CBC — jusqu’à 1,7 milliard par an selon un think tank. Le résultat? Dans nos salles de rédaction dépendantes, la parole officielle fait figure de gospel. On applaudit ceux qui nous arrosent, on tait ceux qui les dérangent. Et l’on feint de croire que cela ne biaise pas le débat. Le Subventionneur-en-Chef du Québec ou d’Ottawa fait logiquement de nos journaux ses disciples : la revue The Hub note que pendant la dernière élection, bon nombre de médias publics clamaient leur faveur pour leur parent politique qui les engraisse.

Pendant la pandémie de COVID, cette logique s’est muée en carcan, enfermant la couverture sous une seule bannière. Les experts dissidents ont été ostracisés au nom de la « responsabilité », tandis qu’un discours consensuel, encouragé par le pouvoir sanitaire, régnait sans concurrence. Sans pluralisme, la société s’habitue à confondre expertise et prêchi-prêcha : chacun assène son catéchisme sanitaire comme une doctrine, et ceux qui osent douter se font vite traiter de « négationnistes ». En somme, la « période de guerre » médiatique a mis en lumière l’étroitesse du cercle qui compte — une poignée de voix officielles, unies dans le verrouillage, et tous les autres dans le silence. Un vrai concours de pensée unique.

Subventions massives : En 2024-2025, le gouvernement fédéral engloutira environ 325 millions pour la presse privée (subventions, crédits d’impôt), en plus des 1,4 milliard annuels à la CBC.

Journalisme d’État : Plusieurs journaux vantent publiquement les « bienfaits » de ces aides, esquivant l’indépendance sacrifiée.

Pandémie uniforme : Les « experts » relayés à l’antenne étaient triés sur le volet gouvernemental, et la concurrence des opinions s’est trouvée étouffée.

Chaque entrée dans ce temple médiatique se fait au bon vouloir des inquisiteurs du récit unique. De peur de froisser le clergé du Ministère de la Vérité, on préfère souvent se prosterner devant la parole officielle plutôt que de cultiver un débat pluriel. C’est ce champ de ruines que Charlebois dénonçait et qui lui a coûté son perchoir journalistique.

Universités-synagogues : le ronron moraliste

Notre dernier arrêt est l’Université moderne : de facto, une chapelle de la vertu militante. Loin du débat libre promis par la tour d’ivoire, nos campus se sont transformés en séminaires de la bien-pensance. Code de conduite sur le dress-code linguistique, décrets sur « les sujets interdits », procédures expéditives pour haranguer le non-conformisme — la liste est longue. On en a vu annuler un cours sur les discours de haine… parce que le professeur en a prononcé, par malchance, un mot hors de contexte. L’institution académique n’est plus le foyer de la recherche audacieuse, mais l’église de l’intolérance envers le doute. Derrière les discours de rassemblement, ce sont les prêtres de la « justice sociale » qui tiennent l’encensoir : il vaut mieux avoir la langue de velours du militant correct plutôt que de revêtir l’habit de la raison.

Même dans les départements scientifiques, la lutte contre le « fascisme » finit parfois par brûler ses chercheurs : préférer la censure aux argumentations rationnelles est devenu la règle. Comme je le notais dans un précédent article au sujet de l’épisode avec l’ancienne députée Dorion en observant les dérapages rhétoriques : « on prétend détester l’anathème, mais on garde l’encensoir prêt pour l’excommunication prochaine ». On pourrait l’appliquer aussi bien à cette université autocratique où, pour des idées jugées « dangereuses », on préfère clore un débat plutôt que de l’affronter. L’indépendance académique, déjà fragile, se meurt sous les applaudissements moutonniers des étudiants-activistes qui scannent le campus avec leurs radars d’infamie.

La démocratie chétive que voilà : plus inquiète de sacrifier quelques plumes que de mettre à nu un discours, elle préfère faire le vide plutôt que d’entendre des voix dissonantes. Devant ces deux cancellations récentes, un professeur sanctionné pour l’indépendance de son jugement et un autre écarté pour la lucidité de ses chroniques, la question demeure entière : voulons-nous encore d’une société où le guide spirituel militant décide qui mérite de parler, pendant que l’expert, lui, doit presque demander pardon d’avoir pensé sans permission?

La posture actuelle est claire. On a vu pendant la pandémie que la compétition d’arguments s’effiloche, que même la recherche scientifique devient une cour de claque. Médias, universités et gouvernements se coalisent en un seul autel : la vérité officielle. À nous de voter d’ici peu, mais surtout de ne pas oublier que la seule démocratie vivante est celle qui débat, se dispute et se corrige, pas celle qui sort l’encensoir à la moindre dissidence. Liberté de penser ou foie du berger, il faut choisir.

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Samuel Rasmussen
Samuel Rasmussen
Samuel Rasmussen, alias Le Blond Modéré, est membre des Trois Afueras et collaborateur du podcast Ian & Frank. Titulaire d'une formation en relations internationales à l'Université de Sherbrooke, il s'intéresse particulièrement à la géopolitique, aux zones d'influence et aux différentes formes de pouvoir.

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