Les Plus Populaires

À lire aussi

Fréchette dresse un programme sans en préciser le financement

Christine Fréchette a tenu son premier point de presse à titre de première ministre désignée du Québec, le 13 avril 2026, au lendemain de sa victoire à la chefferie de la Coalition avenir Québec (CAQ). Debout dans l’édifice de l’Assemblée nationale où elle a décroché son premier emploi en 1997, elle a dressé la liste de ses priorités immédiates. Un programme ambitieux, aux contours encore largement indéfinis, dont les modalités de financement restent à préciser.

Coût de la vie : des annonces « bientôt »

Trois engagements ont été présentés comme prioritaires dès les premières heures du gouvernement Fréchette. D’abord, une mesure pour « réduire le coût du panier d’épicerie » — dont les détails, notamment la liste des produits visés, n’ont pas été précisés lors du point de presse. Ensuite, le remboursement de la taxe de bienvenue pour les premiers acheteurs immobiliers, afin d’« aider la jeune génération à devenir propriétaire ». Enfin, le remboursement de la taxe carbone aux agriculteurs.

Sur les modalités concrètes, Mme Fréchette a répété le mot « bientôt » à plusieurs reprises, sans confirmer de date précise pour aucune de ces annonces. La question de savoir comment les prix des produits d’épicerie seraient réduits — par exemption de taxe, subvention ou autre mécanisme — n’a pas obtenu de réponse. Par ailleurs, la première ministre désignée a indiqué qu’elle n’avait « pas encore rencontré le ministre des Finances » et que la réflexion sur l’utilisation de l’enveloppe disponible — évaluée à 250 millions de dollars annuellement — n’était « pas encore terminée ».

PME et appels d’offres : un objectif chiffré, une mécanique à définir

En matière économique, Fréchette s’est engagée à rendre les appels d’offres gouvernementaux plus accessibles aux PME québécoises, notamment en réduisant leur valeur unitaire pour abaisser le seuil d’entrée. L’objectif annoncé : porter à 60% la part des contrats d’approvisionnement de l’État octroyés aux PME, contre moins de la moitié actuellement. Le mécanisme précis par lequel cette cible serait atteinte — et les contraintes que cela imposerait aux règles d’approvisionnement en vigueur, dont certaines découlent d’accords interprovinciaux et internationaux — n’a toutefois pas été abordé.

Langue française : extension de la Charte

Fréchette a confirmé son intention d’étendre l’application de la Charte de la langue française à la formation aux adultes et à la formation professionnelle, ce qui permettrait, selon elle, de franciser 10 000 personnes supplémentaires. Cet engagement avait déjà été annoncé la veille lors du discours de victoire, et il s’inscrit dans la continuité de la politique linguistique du gouvernement Legault. Fréchette a toutefois précisé que son gouvernement serait « nationaliste » et non souverainiste, en réponse aux appels du Parti québécois à rallier les militants caquistes déçus.

Santé : des intentions, pas encore de programmes

En santé, la nouvelle cheffe a promis d’accélérer le déploiement de la téléconsultation et des salles d’attente virtuelles dans les urgences. Bien qu’elle ait promis pendant la course à la chefferie un ajout d’un million d’heures de services en soutien à domicile, cet aspect n’a pas été abordé. Lors du point de presse, Mme Fréchette a toutefois encadré ces engagements technologiques comme des exemples de mesures « pour lesquelles on va vous revenir avec des annonces » — sans calendrier ni enveloppe budgétaire confirmés. Il convient de rappeler que la téléconsultation et les salles d’attente virtuelles existent déjà au Québec sous diverses formes ; l’enjeu est celui de leur déploiement à grande échelle, dont le coût et l’échéancier restent à préciser.

PEQ : une position issue d’une volte-face de campagne

Questionnée sur le sujet, Fréchette a évité de reconfirmer publiquement son engagement de relancer le Programme de l’expérience québécoise (PEQ) avec une clause de droits acquis, indiquant plutôt que des initiatives doivent d’abord être prises par le ministère et viendront « dans quelques jours ». Ce dossier mérite qu’on rappelle le contexte : c’est après avoir été directement interpellée par son rival Bernard Drainville que Mme Fréchette a adopté cette position, en février 2026, alors qu’elle n’en avait pas fait une priorité au départ de la course. La candidate qui avait dirigé le ministère de l’Immigration de 2022 à 2024 — et dont le bilan à ce poste a été marqué par une réduction significative des seuils d’immigration — propose désormais d’ouvrir une voie de régularisation. La conciliation de ces deux postures reste à expliquer.

Troisième lien : la porte se ferme

Sur le dossier du corridor central du troisième lien entre Québec et Lévis, Fréchette a été catégorique : « Pas sous ma gouverne ». Elle n’était pas encore assermentée au moment du point de presse, mais a confirmé que l’appel d’offres international ne serait pas lancé. Cette position enterre l’un des projets phares — et l’un des plus controversés — des deux mandats de François Legault, un projet qui avait déjà été annulé puis relancé sous différentes formes depuis 2018.

Constitution québécoise : les travaux continuent, le bâillon n’est pas envisagé

En ce qui concerne le projet de constitution québécoise, Mme Fréchette a indiqué vouloir laisser la Commission parlementaire poursuivre ses travaux, en espérant une conclusion avant la fin de la session parlementaire. Elle a par ailleurs exclu le recours au bâillon pour accélérer l’adoption de ce texte. Lors de la course à la chefferie, elle avait exprimé des réserves sur certains aspects du projet, notamment l’article 29, qui avait depuis fait l’objet de modifications. Le fait qu’elle soutienne désormais le processus — sans toutefois s’y engager de façon contraignante — illustre une posture de continuité prudente.

Relations fédérales-provinciales : un premier contact

Mme Fréchette a indiqué avoir eu, le 13 avril, des échanges téléphoniques avec le premier ministre fédéral Mark Carney ainsi qu’avec plusieurs homologues provinciaux. Elle a mentionné avoir évoqué avec Carney la nécessité d’investissements fédéraux au Québec dans le secteur de la défense et les renouvellements de permis de travail pour les travailleurs étrangers temporaires en région. Ces discussions, décrites comme des appels de courtoisie, n’ont débouché sur aucun engagement. Une rencontre de travail est prévue, sans date confirmée.

Conseil des ministres : exercice d’équilibriste

La composition du Conseil des ministres, que Fréchette elle-même a qualifiée d’« exercice d’équilibriste », n’était pas arrêtée au moment du point de presse. Elle a confirmé vouloir viser la parité hommes-femmes et la représentativité des régions, tout en souhaitant réduire la taille du Cabinet — sans toutefois atteindre le seuil de 20 ministres proposé par Drainville. La question de la place de Bernard Drainville au sein du gouvernement a été esquivée ; Fréchette a simplement indiqué qu’elle le rencontrerait « en fin de journée ».

Ce qui n’a pas été dit

Plusieurs engagements pris en campagne n’ont pas été abordés lors du point de presse : la réduction des frais d’immatriculation pour les automobilistes, la protection du financement des écoles en fonction de l’inflation, l’introduction d’une loi sur la divulgation des antécédents de violence conjugale (inspirée de la Loi de Clare) et la question des PPP pour la construction d’établissements scolaires.

Mme Fréchette doit être assermentée aujourd’hui. Les élections générales québécoises sont prévues à l’automne 2026. Selon les sondages disponibles, la CAQ demeure nettement derrière ses adversaires. Le gouvernement Fréchette disposera d’une fenêtre limitée pour convaincre.

YouTube
Rejoignez notre communauté !

Ne manquez aucune de nos vidéos et plongez dans nos podcasts captivants ! Abonnez-vous dès maintenant à notre chaîne YouTube et activez la cloche pour rester informé des dernières sorties.

Patreon
Contenu exclusif pour vous !

Accédez à des épisodes inédits, des coulisses et des bonus exclusifs en rejoignant notre communauté sur Patreon. Votre soutien nous aide à créer encore plus de contenu de qualité !

PayPal
Soutenez-nous avec un don !

Aidez-nous à continuer à produire du contenu de qualité en faisant un don via PayPal. Chaque contribution, grande ou petite, fait une énorme différence pour notre projet !

Abonne-toi au Patreon pour débloquer :

🎙 Tous les podcasts en version intégrale
⏱ Accès en primeur, parfois sans délai
📬 Contenus exclusifs et sans publicité
💬 Accès au Discord privé
🤝 Soutien direct à Ian & Frank

Maxym Perron-Tellier
Maxym Perron-Tellier
Maxym Perron-Tellier est journaliste pour PiluleRouge.ca. Passionné de politique depuis plus de dix ans, il s'est impliqué à plusieurs reprises sur la scène provinciale. Entrepreneur en informatique, il allie rigueur journalistique et regard critique sur l’actualité. Son approche analytique et son sens de l’humour apportent une perspective unique aux sujets qu’il couvre.

Du Même Auteur