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La Presse a trouvé sa nouvelle vocation : mépriser le contribuable, puis pleurer quand il répond

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Il y a quelque chose de profondément comique, presque attendrissant, dans cette séquence de La Presse du 14 et du 17 avril 2026. D’abord, on nous sert une chronique expliquant que la suspension temporaire de la taxe fédérale d’accise sur l’essence décidée par le gouvernement Carney serait une décision « insensée ». Ensuite, quelques jours plus tard, on nous offre le second service : le chroniqueur (Francis Vailles) qui se scandalise d’avoir reçu des réactions brutales et se présente en victime de la plèbe motorisée. Autrement dit, la vieille liturgie du clergé médiatique : frapper le monde ordinaire avec un ton de surplomb, puis découvrir avec horreur que le monde ordinaire n’aime pas se faire gifler avec un dictionnaire de morale.

Remettons les choses dans l’ordre. Le 14 avril 2026, Mark Carney a annoncé la suspension de la taxe fédérale d’accise sur l’essence et le diesel du 20 avril au 7 septembre 2026. La mesure doit retirer 10 cents le litre sur l’essence et 4 cents sur le diesel, pour un coût budgétaire estimé à 2,4 milliards de dollars. Le gouvernement l’a justifiée par la flambée des prix liée aux perturbations mondiales de l’approvisionnement pétrolier et par la pression que cela exerce sur les ménages, le transport, l’agriculture, la construction et la livraison.

Et voilà qu’une partie de notre petite noblesse journalistique se dresse, la main sur le cœur, pour expliquer au peuple que payer moins cher son essence est en fait une mauvaise nouvelle. Pourquoi? Parce que le déficit. Parce que le climat. Parce que, voyez-vous, l’essence chère serait un merveilleux outil pédagogique pour corriger les mauvais réflexes des classes trop mobiles. On reconnaît ici le vieux socialisme de salon reconverti en technocratie environnementale : tout ce qui soulage immédiatement le contribuable est suspect, sauf quand cela prend la forme d’un programme opaque, d’une subvention ciblée, d’un crédit mal compris ou d’un nouveau ministère avec brochure en quadrichromie.

Ce qui rend cette posture particulièrement grotesque, c’est qu’elle repose sur un double numéro d’hypocrisie. D’un côté, on feint de découvrir qu’une baisse de taxe coûte de l’argent à l’État. Merci, Socrate. De l’autre, on oublie commodément que si Ottawa a lui-même rappelé en 2026 avoir déjà suspendu la taxe carbone fédérale à la consommation à compter du 1er avril 2025, c’est précisément parce que cette fiscalité faisait grimper le prix à la pompe et frappait directement le coût de la vie. La Banque du Canada a ensuite indiqué que la suppression de cette taxe abaissait temporairement l’inflation et réduisait le niveau des prix à la consommation d’environ 0,7 %. Statistique Canada a d’ailleurs noté qu’en avril 2025, la baisse du prix de l’essence avait été « principalement » causée par le retrait de cette tarification fédérale à la consommation.

Donc résumons la logique du moraliste de service. Quand la taxe fait monter les prix, il faut l’accepter au nom de la vertu. Quand on l’enlève et que les prix baissent, il faut s’en inquiéter au nom de la vertu. Et si les automobilistes, les PME, les travailleurs qui doivent se déplacer, les camionneurs, les producteurs agricoles et les familles en région se réjouissent un instant de voir l’État desserrer un peu l’étau, il faut encore leur expliquer que leur soulagement n’est pas éclairé. C’est toujours le même réflexe : le citoyen qui paie est un enfant ; le chroniqueur qui le sermonne est un adulte.

Le plus savoureux, toutefois, arrive trois jours plus tard. Après avoir traité les contribuables comme des êtres inférieurs incapables de comprendre leur propre intérêt, Vailles découvre la colère que sa posture a provoquée. Et le voilà qui transforme cette réaction en sujet. Il raconte que, dans l’ensemble, environ 60 % des nombreux courriels reçus appuyaient sa chronique, tandis que sur X c’était « 99 % contre » et « souvent belliqueux et vulgaire ». C’est ici que le spectacle devient délicieux : l’homme qui vient d’écrire, en substance, qu’aider les gens à payer moins cher leur énergie est économiquement et moralement douteux s’étonne maintenant que les gens n’aient pas répondu par une sonate pour clavecin.

Évidemment, la grossièreté gratuite n’élève personne. Mais il y a une indécence particulière à vouloir profiter sans cesse du prestige de la tribune, du confort idéologique de la salle de rédaction et de l’impunité sociale qui vient avec, tout en réclamant ensuite le statut de victime dès que le public répond avec colère. C’est la combinaison parfaite du privilège et de la fragilité. On peut accuser des millions d’automobilistes d’être au fond des irresponsables climatiques ou des ignorants budgétaires, mais il ne faudrait surtout pas que ces gens-là répliquent avec le vocabulaire que produit naturellement l’exaspération. Un beau manque d’humanisme par ailleurs… La gauche égocentrique et bien confortable avec un salaire de 100 000 $ par année.

Le problème de fond n’est pas que ce chroniqueur se soit trompé. Tout le monde peut se tromper. Le problème, c’est l’arrogance structurelle qui transpire de cette école de journalisme économique. Une école où l’on parle des contribuables comme d’une variable de correction, des taxes comme d’un instrument de dressage, et du réel comme d’un obstacle à la bonne conscience. L’essence n’est pas un vice exotique de banlieusard caricatural. C’est un intrant diffus dans toute l’économie. Quand le carburant grimpe, le transport grimpe, la logistique grimpe, l’alimentation grimpe, les coûts de chantier grimpent, et la facture retombe partout. Reuters rapportait justement que la suspension visait aussi les coûts d’exploitation du transport, de l’agriculture, de l’alimentation, du logement, de la construction et de la livraison. Il faut être enfermé dans un aquarium idéologique pour traiter cela comme une simple concession démagogique à la barbarie automobile.

Au fond, ces deux réactions puériles, de ce journaliste de 30 ans d’expérience, ne parlent pas tant d’essence qu’ils parlent d’une caste. Une caste persuadée que ses abstractions valent plus que les fins de mois des gens. Une caste qui confond constamment morale publique et punition fiscale. Une caste qui adore les hausses de prix quand elles ont l’odeur du bien, puis qui se met à trembler dès que le public lui rappelle brutalement qu’il existe encore. Le premier papier disait : supportez la taxe, c’est pour votre bien. Le second disait : supportez aussi mon mépris, mais plus poliment. Il fallait oser.

Vailles voulait faire la leçon. Il a surtout offert une démonstration involontaire de ce qui ne va plus dans une certaine presse : plus le raisonnement est déconnecté du réel, plus le ton devient professoral ; plus la réaction populaire est prévisible, plus on la recode ensuite en récit de victimisation. Ce n’est pas seulement absurde. C’est petit. Et, dans ce cas-ci, c’est même presque généreux de parler d’erreur. Il s’agit plutôt d’un réflexe de caste, d’une grimace idéologique, d’une de ces chroniques qui donnent envie de rappeler à leurs auteurs qu’entre l’économie vécue et l’économie prêchée, il y a un plein d’essence à 2 dollars le litre. Et ce plein-là, contrairement à leur vanité, quelqu’un doit vraiment le payer.

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Samuel Rasmussen
Samuel Rasmussen
Samuel Rasmussen, alias Le Blond Modéré, est membre des Trois Afueras et collaborateur du podcast Ian & Frank. Titulaire d'une formation en relations internationales à l'Université de Sherbrooke, il s'intéresse particulièrement à la géopolitique, aux zones d'influence et aux différentes formes de pouvoir.

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