Depuis des décennies, le système public de santé québécois est couteux et inefficace. Ce dernier est étouffé par l’énorme machine bureaucratique qui est hors de contrôle. Notre réseau n’est plus capable de soigner les Québécois dans des délais raisonnables. Est-ce que le système de français est gangrené par les mêmes problèmes? Je me suis entretenu avec Ghislain Benhessa qui est un Docteur en droit public, avocat, essayiste et observateur de la politique française.
Entretien
Simon Leduc : Comment fonctionne le système de santé en France?
Ghislain Benhessa : « Il repose sur la sécurité sociale qui a été mise en place à la fin de la Deuxième Guerre Mondiale. Ce système se caractérise par un droit aux soins qui est maintenant global. En France, tout le monde a accès à la sécurité sociale, même les étrangers en situation irrégulière. L’accès aux soins est général et son principe commun est une prise en charge de la sécurité sociale par le biais d’une couverture sociale qui est offerte à tout le monde. L’État rembourse grandement les sommes qui sont nécessaires pour soigner les gens. Mais, les Français doivent quand même payer un reste à charge de 274 euros par année pour ses soins de santé. Tout le reste est assuré par l’État par le biais d’une assistance directe des patients.
Concernant les soins particuliers comme les lunettes et les dents, les gens doivent cotiser à une mutuelle privée qui prend en charge les frais complémentaires de santé qui s’ajoutent aux coûts principaux.
Auparavant, le système de santé français était très efficace et généreux. Néanmoins, selon des experts, jusqu’aux années 2000, le système de santé de la France était valorisé, car il y avait un équilibre entre la générosité et la maitrise des dépenses publiques. Or, depuis les vingt-cinq dernières années, on peut observer une lente dégradation de notre système qui est devenu dysfonctionnel parce qu’il est trop généreux et ne réussit plus à trouver un équilibre dans ses comptes publics. »
Quelles sont les causes du déclin du système de santé français?
Ghislain Benhessa : « Tout d’abord, il faut savoir que le déficit public annuel français était de 152,5 milliards d’Euros en 2025. Il y a 3,2 % du déficit pour la Défense nationale, 41,5 % qui concerne la protection sociale et 15,6 % pour la santé. Cette dernière est le deuxième poste de dépense publique en France. À l’intérieur de ce portefeuille budgétaire, le déficit de la sécurité sociale est de sept milliards d’Euros pour 2025. La santé financière de notre système de santé est en mauvais état.
D’autre part, la Cour des Comptes, qui est chargée d’évaluer la maitrise des dépenses de l’État, estime que si la France continue dans cette voie, le déficit de la sécurité sociale va passer de 6,7 à 24,1 milliards d’Euros en 2028. En seulement trois ans, le déficit annuel de la sécurité sociale va tripler. Ce sera dramatique pour l’État des finances publiques françaises.
Depuis la Seconde Guerre Mondiale, le rythme de croissance des dépenses de santé a été plus rapide que le PIB, qui représente la richesse globale du pays.
Dans les années 80, le chômage de masse et le ralentissement de la croissance ont empêché l’État français d’absorber l’augmentation des dépenses en santé.
Troisièmement, il y a eu la crise de la COVID-19. Durant la pandémie, il y a eu une prise en charge extrêmement généreuse et globale de toutes les dépenses en santé qui étaient liées au virus : les campagnes de sensibilisation, la prise en charge du vaccin et hospitalière, etc. Cela a causé un raz-de-marée dans les dépenses de santé.
Subséquemment, l’article L 1411.1 du Code de la santé publique a comme définition de la politique de santé : « La nation définit sa politique de santé afin de garantir le droit à la protection de la santé de chacun ». Cela a comme conséquence qu’il y a un soutien global des citoyens français, des étrangers en situation régulière, mais aussi ceux en situation irrégulière. Tout le monde bénéficie de l’aide médicale d’État qui permet un remboursement massif des soins, y compris ceux des étrangers en situation irrégulière sous la seule condition d’une résidence de trois mois en sol français.
Alors, en France, la totalité des personnes a le droit aux soins de santé, même les immigrants réguliers et irréguliers. Donc, le panier de soins de santé explose, car l’aide médicale d’État bénéficie aussi aux étrangers irréguliers et elle a été adoptée en 1999-2000. Cela correspond au début du déclin du système de santé de la France et de l’explosion des dépenses publiques du gouvernement. Le réseau de santé est engorgé à cause de sa trop grande accessibilité.
Également, depuis 2000, on peut observer une hausse importante du nombre de bureaucrates qui travaillent dans le système de santé. Cela a aussi contribué à la croissance forte des dépenses en matière de santé. Il faudrait faire un ménage afin de le dégraisser.
Il faut savoir que l’attente aux urgences est entre six et huit heures dans les hôpitaux français. Le réseau hospitalier est gangrené par son dysfonctionnement. »
Est-ce que le gouvernement pourrait réformer en profondeur son système de santé pour le rendre plus efficace?
Ghislain Benhessa : « Tout d’abord, je pense que la débureaucratisation du système de santé français est primordiale pour le désengorger. Mais, le gouvernement ne semble pas vouloir en ce sens. C’est valable pour toute la fonction publique française.
Ensuite, tous les immigrants irréguliers bénéficient de la gratuité de leurs soins de santé. Ces derniers ne paient pas de reste à charge que les citoyens français doivent débourser tous les ans. Entre 2004 et 2023, le nombre de bénéficiaires (les immigrants irréguliers) de l’aide médicale d’État est passé de 150 000 à 500 000. À cause de cela, le gouvernement français ne sera jamais capable de reprendre le contrôle des dépenses publiques.
L’État français diminue la prise en charge de certains soins de santé, comme les lunettes, car c’est une façon pour lui de compenser l’explosion des dépenses en santé.
Pour conclure, le gouvernement pourrait faire des coupures massives dans la bureaucratie afin de baisser drastiquement ses dépenses publiques. Je ne pense pas que cela va arriver dans les prochaines années, car le gouvernement ne semble pas vouloir s’atteler à régler ce gigantesque problème d’explosion des dépenses de l’État. Ce dernier pourrait difficilement exclure les irréguliers de l’aide médicale d’État, car c’est un droit à la santé qui est inscrit dans le code de la santé publique.
Le déclin du système de santé française va se poursuivre dans les prochaines années. L’avenir semble sombre pour le système bureaucratique français. »


